10.03.2010
reprise de la pièce de Kazem Shahryari ...
ART STUDIO THEATRE
120 bis, rue Haxo
75019 PARIS
M° St-Fargeau ou Télégraphe.
Loc. 01 42 45 73 25
Pl. 12 & 9€
les jeudi, vendredi et samedi à 20h.30
jusqu'au 3 avril 2010.
Après un mois passé au Lucernaire (voir chronique du : 31 janvier 2010 en empruntant le moteur de recherches situé à gauche de l'écran, il suffit pour cela de taper le titre de la pièce : L' AUTOMNE PRECOCE) les comédiens ont retrouvé ce lieu qu'ils connaissent bien puisque c'est en quelque sorte le leur et le résultat se traduit par une fluidité qui ira n'en doutons pas en grandissant au fil des représentations.
Lors de la première j'avais trouvé Lélé Matelo époustoufflant dans le rôle d'Africa " L'homme noir suspendu " tellement son jeu est particulier mais je voudrais cette fois ajouter une mention spéciale pour Elisabeth Commelin qui joue ici deux personnages, Kobi (la mère) et Madame Vesta, alias Jeannine (la gardienne) la première tout en douceur et la seconde dont l'autorité fait merveille. Bel exemple de contre-emploi réussi sans oublier Geneviève Esménard dans le rôle de Mali (la tante) belle autorité là aussi ainsi que Gilles Ikrelef qui est Bo, le père tour-à-tour drôle et attendrissant.
Que les autres ne se croient pas oubliés car chacun investit son personnage avec justesse ce qui est une façon détournée de rendre hommage à la direction d'acteurs ...
Une pièce à voir et revoir avec un plaisir constant.
Simone Alexandre
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LOS DEMONIOS de Valérie Boronad
Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières
75020 PARIS
(M° Ménilmontant)
Loc. 01 43 66 01 13
Pl. 24, 19 & 12€
Du mercredi au samedi à 19h.
Dimanche à 15h.
Jusqu'au : 25 avril 2010
Texte et dramaturgie : Valérie Boronad
Mise en scène : Philippe Boronad.
avec : Philippe Boronad, Moana Ferré et Luis Jaime-Cortez.
Même en pensant les connaître, chacun de nous va - à un moment donné de son existence - partir à la recherche de ses origines. Chaque écrivain fait cela, chaque exilé est hanté par cela,Tango alias Samuel plus que tous. Sa mère vient de mourir après avoir vainement attendu le retour de celui qui a disparu, tombé d'un avion sans doute quelque part en Argentine; les militaires avaient coutume de survoler l'océan afin d'y précipiter le passager politique. Beaucoup de destins s'achevèrent de la sorte après la prison et la torture. Luis, le père a sans nul doute fini ses jours ainsi. Mais faute de preuves, Samuel ne peut qu'imaginer ce qui s'est passé. Devenu définitivement orphelin, il va retourner dans l'hôtel de son enfance et là, convoquer les fantômes de son existence afin de coucher leur histoire sur le papier.
Symboliquement l'espace scénique est composé de deux écrans comme les deux pages d'un livre ouvert ou d'un cahier sur lequel tout va s'écrire à mesure ...
L'écriture est belle, poétique, et le comédien Philippe Boronad l'accompagne de tout son corps en une presque chorégraphie, pliant sa voix et son jeu (ce qui peut créer une impression d'inégalité) à tous les registres nécessaires afin de nous faire voir ce que Tango a vécu ou imaginé.
Augusto Angel Zapatas interprété avec maestria par Luis Jaime-Cortez est celui qui accueille le petit garçon qui a grandi et une fois arrivé à l'âge adulte, veut comprendre ce qui s'est passé afin d'exhumer ce que d'autres ont voulu enfouir.
Augusto évoque lui aussi un être disparu (sa femme) à laquelle il s'adresse en quasi permanence ...
Samuel s'est fixé la tâche de témoigner à la face du monde de façon non oculaire bien sûr, mais affective et pour se retrouver aussi tout simplement.
Ce n'est donc pas un livre politique qu'il a entrepris d'écrire mais l'histoire d'une famille broyée par l'engrenage d'une époque.
Moana Ferré est Ana la mère mais également Camilia puisque le fils désigne la ressemblance cause de son attirance sans doute ? La comédienne est belle a une indéniable présence scénique et apporte la part de tendresse indispensable à cette histoire que les militaires ont rendue effroyable.
La musique de scène signée Philippe Laccarrière habille le spectacle en nous permettant d'adhérer complètement au texte tandis que les effets visuels font le reste. Vous l'avez compris, la mise en scène est belle, le propos intéressant, que demander de plus ?
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
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24.02.2010
Puissants & Miséreux de Yann Reuzeau.
MANUFACTURE des ABBESSES
7, rue Véron 75018 PARIS.
(M° Abbesses)
Loc. 01 42 33 42 03
Pl. 24€ - TR : 13€
en février : vendredi, samedi, dimanche à 21h.
en mars & avril : vendredi & samedi à 21h.
dimanche à 19h. (relâche 19, 20, 21 mars)
jusqu'au : 25 avril 2010.
Assistante à la mise en scène : Sandra Poirier
avec : Jean-Luc Debattice, Marine Martin-Ehlinger, David Nathanson, Morgan Perez, Damien Ricour, Romain Sandere, Sophie Vonlanthen.
Un abri, quelque part, sous le périphérique ... quelques toux pour le moins avinées montent de la pénombre. Deux hommes partagent ce territoire depuis assez longtemps et une femme est venue accidentellement se joindre à eux, ce que Bariton réprouve avec véhémence. La rue, il connaît puisqu'il y fut condamné il y a de cela 30 ans; pour un homme c'est déjà galère, alors pour une femme ! ...
En fait, c'est Hector qui a ramené la fille et s'est quelque peu saoulé hier en sa compagnie. Elle se nomme Mélanie est à la dérive et même l'existence de ses enfants ne peut parvenir à lui donner le courage qui lui fait défaut pour remonter la pente sur laquelle elle dégringole. Trop fragile, trop seule surtout.
Dylan va à son tour faire son apparition, brouillon comme d'habitude mais plus acharné que les autres à s'en sortir. Cà, c'est le monde d'en bas. Celui que ceux d'en haut ne rencontreront jamais sinon au détour d'un fait divers lu dans la presse.
Le seul lien entre ces deux univers se créera au pied de la scène, à la fin de la première partie du diptyque, quand face au public, Jean-Luc Debattice quittera la défroque du clochard pour endosser l'habit de magnat de l'industrie. La métamorphose aura alors lieu en direct, sous nos yeux.
Nous quittons la meute pour aborder l'univers des requins.
Daniel est ce PDG qui a un temps levé le pied, suite à un accident de santé et sa fille Carole s'est empressée de prendre l'affaire en mains. Bien entendu, elle a des idées nouvelles, veut les imposer et le maître des lieux de retour ne voit pas cela d'un très bon oeil. Alain le fils et le frère a décidé d'abandonner le monde des affaires pour celui de la politique. Et puis il y a Eric, cet ancien trader pièce rapportée certes mais qui s'est investi et pense avoir son mot à dire ...
Les deux extrêmes de la société actuelle sont dépeints ici, crûment avec un indéniable jusqu'au-boutisme qui ne fait hélas que traduire la réalité.
Les comédiens semblent s'être investis, corps et âme et ce qu'ils disent sonne terriblement juste. La présence et l'envergure surtout de Jean-Luc Debattice, sa puissance d'expression sans égale est porteuse bien évidemment. Et s'ils sont tous visiblement au meilleur de leur forme, je voudrais souligner l'intéressante composition réalisée par Sophie Vonlanthen. C'est à la fois subtil, intelligent et elle rend naturel quelque chose de très compliqué à faire par une élocution tout spécialement mise au point. (du travail d'orfèvre en quelque sorte mais d'où l'émotion se dégage.)
Une pièce dont le thème ne nous quitte pas en sortant mais reste bien au contraire présente à l'esprit quand on l'a vue.
A voir et revoir même !
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
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22.02.2010
GOUTTES DANS L'OCEAN de R.W.FASSBINDER
THEATRE MOUFFETARD
73, rue Mouffetard
75005 PARIS
(M° Place Monge)
Loc. 01 43 31 11 99
Pl. 22€ - TR. 15€
du mercredi au vendredi à 20h.30
samedi à 21h. dimanche à 15h.
Jusqu'au : 6 Mars 2010.
Texte français de Jean-François Poirier
Mise en scène : Matthieu Cruciani
avec Yann Métivier, Julien Geskoff, Laetitia Le Mesle, Emilie Beauvais ou Christel Zubillaga.
Certains connaissent peut-être le film de François Ozon,
" Gouttes d'eau sur pierres brûlantes " ? ...
Pour ma part, j'ai voulu le visionner à nouveau après avoir assisté à la représentation théâtrale et il me semble évident que cette dernière a mille fois plus d'impact sur le spectateur.
C'est plus dérangeant aussi ... preuve que c'est réussi.
Quelque soit l'admiration que l'on puisse nourrir pour ce génie qu'était R.W. Fassbinder, beaucoup seront tentés d'assimiler Léopold à l'auteur et sans doute auront-ils (partiellement) raison. Mais que le Ciel nous préserve de rencontrer un jour semblable manipulateur !
Un jeune homme (Franz) ayant croisé son chemin, sera irrémédiablement attiré par lui et tombera dans le piège, comme tous ceux qui l'ont précédé et même ceux qui suivront quelque puisse être la conséquence des événements.
La mise en scène de Mathieu Cruciani ajoute un indéniable impact à l'action qui se déroule sous nos yeux tandis que le vécu des personnages nous tétanise.
Certains êtres ne se sentent vivre que dans le conflit, c'est bien connu créant des situations paroxystiques afin d'alimenter leur névrose. En même temps, on est tenté d'expliquer cela comme une tentative désespérée de compensation.
En effet, cet homme dont l'activité semble être celle d'un voyageur de commerce, convaincu du dérisoire de son existence a besoin de se sentir vivre intensément dès qu'il a quelque temps libre devant lui. Il fera alors feu de tout bois.
Bisexualité doublée de schizophrénie vont transformer ceux et celles qui l'approchent en victimes de ce féroce rituel.
Chaque comédien ou comédienne incarne son personnage de façon quasi parfaite et pour une fois, l'utilisation de la vidéo ne saurait être confondue avec un alibi au manque d'imagination comme c'est trop souvent le cas. Pas ici, bien au contraire !
A voir par conséquent et plutôt deux fois qu'une car Fassbinder avait indéniablement le don de nous rendre un peu plus intelligent chaque fois qu'il nous interpellait.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
16:40 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.02.2010
La botte secrète de Dom Juan. pièce de Grégory Bron.
THEATRE RANELAGH
5, Rue des Vignes
75016 PARIS
loc. 01 42 88 64 44
www.theatre-ranelagh.com
les mercredi, jeudi, vendredi,
samedi à 19h.
dimanche à 15h.
jusqu'au : 28 mars 2010.
par la Cie AFAG Théâtre.
avec Jean-Baptiste Guintrand, Grégory Bron, Benjamin Dubayle, Claudia Fleissig, Vincent Dubos, Virginie Rodriguez, Charlotte Rondelez, Simon-Pierre Boireau.
" capédédiou, ma caillou ! " ...
Tous les amoureux de Féval et Dumas vont adorer ce texte écrit en alexandrins, " si vous plèt " comme on dit dans le Sud-Ouest car encore plus que Dom Juan, il y a du D'Artagnan dans cette pièce là ...
Certes, Léonard avec sa face embroussaillée ressemble quelque peu à un homme des bois, on l'imagine troussant allègrement les soubrettes mais quand sa main rencontre une épée, c'est le noble chevalier qui apparaît, grand coeur, et bras vaillant !
Le mollet est vif, le geste précis et puis ... il y a la fameuse botte secrète que nous, public attentif, attendons impatiemment.
En dépit des sbires et des reîtres, et même d'un Tancrède de Mondragon qui n'est pas à une traîtrise près ... nous suivons haletants les péripéties et les plus jeunes ne sont pas les derniers à s'esclaffer de joie. Leurs rires spontanés font plaisir à entendre. Passés de mode, les vers à 12 pieds ? Allons donc ! en voici la preuve, et il n'est pas exclu qu'un spectateur peu rompu à cette discipline, porté par l'enthousiasme ne s'y mette aussi. Les dames sont belles et courtisées, très sportives également. Bref, c'est à une parenthèse épique que vous êtes invités en ce siècle où le panache semblait pourtant oublié.
Que nenni ! puisque nous répondons " présent " Les duels sont remarquablement mis au point, l'interprétation dans son ensemble d'une belle qualité. Ah ! cela fait du bien ...
Tenez, pour peu, si leur engagement à tous n'était aussi physique, on crierait volontiers " bis. "
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
17:17 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
ALEXANDRA DAVID-NEEL, mon Tibet de Michel LENGLINEY.
PETIT MONTPARNASSE
31, rue de la Gaité
75014 PARIS
(M° Gaité ou Edgar Quinet)
loc. 01 43 22 77 74
Pl. de 18 à 34€
du mardi au samedi à 21h.
Matinée le dimanche à 15h.
Mise en scène : Didier LONG
avec Hélène VINCENT et Emilie DEQUENNE.
Beau duo de choc !
Alexandra David Néel était indéniablement une femme de tête. Tout son parcours en témoigne. Par contre, si l'on en croit Michel Lengliney ce fut également à la fin de sa vie ( et sans nul doute avant ) une femme dont l'autoritarisme frisait le despotisme.
Car Louise, Eugénie, Marie David épouse Néel vécut durant les 101 années qui constituèrent son existence comme un homme, en décidant de tout.
Par conséquent, se frotter à ce personnage relevait de l'exploit sportif.
Marie-Madeleine Peyronnet nommée ici, " Tortue " partagea les dix dernières années de la vie de cette femme exceptionnelle et ce ne fut pas on l'imagine, de tout repos.
En revanche pour une jeune femme avide d'apprendre, il ne pouvait exister un être au monde qui soit plus apte à combler ses voeux. Engagée comme secrétaire, en 1959 elle demeurera auprès de ce bourreau admirable, jusqu'à la fin.
Elle restera dévouée au delà de la mort à celle qui prônait l'ivresse de n'obéir qu'à soi-même tout en se comportant en autocrate.
Hélène Vincent incarne cet être hors normes, aux dimensions mythiques avec une fougue absolument sidérante. Face à elle, Emilie Dequenne résiste, tout comme son personnage, cramponné à sa détermination d'être utile, sans pour autant abdiquer son autonomie morale.
Ce climat de tension pourrait sembler insupportable sans l'humour qui émaille le texte de bout en bout. La mise en scène de Didier Long rend le propos encore plus percutant et nous vivons les péripéties évoquées avec une fascination tout aussi admirative que celle à qui les récits s'adressent.
On assiste ici à un grand moment de théâtre servi par deux excellentes comédiennes. A voir ou revoir, bien évidemment.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
(photos : Lot)
15:59 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.02.2010
La lutine (La dama duende) de Calderon
THEATRE de L'OPPRIME
78, rue du Charolais
75012 PARIS
(M° Montgallet)
Loc. 01 43 40 44 44
Pl. 16€, TR : 12€
Du mercredi au samedi à 20h.30
Matinée le dimanche à 17h.
jusqu'au 7 mars 2010.
Mise en scène et adaptation : Hervé Petit
(La pièce est publiée aux Editions de l'Amandier.)
avec Karim Abdelaziz, Charlotte Adrien, Caterina Barone, Béatrice Laout, Jean-Claude Fernandez, Jean-Marc Menuge, Antoine Roux.
Les armoires servent généralement à cacher les amants, le rôle de cette armoire-vedette est ici un peu plus complexe mais ne sommes nous pas au Siècle d'Or ? ! ...
Cette comédie baroque nous parle des sentiments qui régnaient alors parmi la noblesse espagnole où la notion d'honneur était prioritaire. Une entorse à l'ordre établi et la main se trouvait promptement engagée dans la coquille de l'épée.
Autres temps, autres moeurs, autre langage aussi et celui de Calderon adopte facilement ce ton lyrique qui fit dire à Wagner que les tendances idéalistes de l'auteur étaient bien proches de l'opéra. Sans aller jusque-là il est évident que Pedro Calderon de la Barca avait une haute notion de l'art théâtral, transcendance qui s'est quelque peu perdue à l'époque actuelle. Tout le travail d'Hervé Petit tend à nous rapprocher de cette perception et ce, sans emphase aucune.
Quant on connaît les convictions religieuses de l'auteur, le scepticisme de don Manuel n'en est que plus savoureux tandis que son valet Cosme fait plus que dépasser le stade de la superstition. Ce dernier est disons le, un franc trouillard caractéristique doublée d'une nette tendance à l'alcoolisme, état qui aggrave ses craintes.
Les hommes étaient les maîtres à l'époque et un frère était garant de l'honneur de sa soeur fut elle veuve ce qui n'empêchait nullement les gentes dames de mener à part leurs petites intrigues ... Cette histoire est de prime abord celle d'une fratrie doublée d'une amitié et parfois il advient que deux frères puissent tomber amoureux de la même femme. L'élégance et la beauté de dona Béatrice justifient du reste, amplement leur choix.
Karim Abdelaziz est un don Manuel tout à fait séduisant. J'ai déjà évoqué la beauté de Charlotte Adrien quant à Caterina Barone cette dernière est une Angela aussi active qu'efficace et nous souhaitons tout au long de la pièce que ses habiles hardiesses soient couronnées de succès.
Calderon respectant les formes classiques du théâtre, Isabelle (Béatrice Laout) sera donc la suivante de dona Angela mais l'impact du rôle n'aurait pas été moins grand si son costume avait été féminin ...
Il semble en effet que Caroline Mexme n'ait pas fait un choix précis de l'époque en ce qui concerne l'habillement et c'est peut-être un peu dommage car cela confère à l'ensemble un caractère un peu hybride. En outre, tirer l'épée avec un costume contemporain peut créer certains problèmes ... mais je chipote allez vous dire ?
Jean-Claude Fernandez qui apparemment a repris le rôle de Cosme n'a pas exactement une nature de comique ce qui ne l'empêche pas de s'acquitter avec un certain brio de la tâche, porté en cela par un texte savoureux. Le personnage fait penser au Sosie de Molière dans ses scènes de peur panique.
Les deux frères Jean-Marc Menuge pour don Luis et Antoine Roux en ce qui concerne don Juan illustrent bien les deux caractères de nobles d'âge différent, le premier entraîné par la fougue amoureuse et le second en pleine possession de la maîtrise de soi. De belles études de caractères par conséquent.
Il est seulement dommage que les lumières ne cadrent pas plus avec ce que l'on entend et une pénombre plus grande ajouterait de la crédibilité à l'action.
Nonobstant ces quelques petites réserves, chacun et chacune s'acquitte de sa tâche avec conviction et nous passons en leur compagnie une excellente soirée.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
(photos Nicolas Brackez)
11:06 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.02.2010
Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux de Mateï Visniec
Théâtre du Lierre
22, Rue du Chevaleret
75013 PARIS
Réserv. 01 45 86 55 83
www.letheatredulierre.com
Texte de Mateï Visniec
Mise en scène : Jean-Luc Paliès.
avec Philippe Beheydt, Jean-Luc Paliès, Katia Dimitrova, Estelle Boin, Claudine Fiévet, Alain Guillo, Miguel-Ange Sarmiento
et la voix enregistrée de Mateï Visniec pour les didascalies.
Du 3 au 7 Février 2010 à 20h.30
& les 16 et 19 Mars 2010
Salle Jacques Brel à Fontenay-sous-Bois.
Quand il m'arrive de penser à Mateï Visniec, j'ajoute aussitôt mentalement, - " l'auteur qui a les titres de pièces les plus longs de tout le répertoire. "
Au départ, c'était une gageure, la première réaction étant : qui pourra jamais se souvenir de titres aussi longs ? C'était compter sans le talent de notre auteur car cela marche ! Certains d'entre nous sont même capables de les énumérer un à un en un long chapelet de rendez-vous qui ont frappé leur imagination. Finalement, la stimulation commence dès le titre car si un auteur ne méprise pas son public, c'est bien lui. La barre est mise très haut mais on y accède avec une facilité déconcertante tout simplement parce que le verbe fait mouche à tous coups !
La guerre des Balkans, Matteï Visniec nous en avait déjà parlé avec " Du sexe de la femme comme champ de bataille " il revient sur cette période car malheureusement le sujet ne risque pas de s'épuiser. Ici, après un exode bien compréhensible, un couple de parents est de retour au pays et découvre la maison ravagée. D'autres ont été détruites complètement. Ils vont donc s'accrocher au peu qui leur reste. Que sont devenus les enfants ? Le fils est sans doute mort mais pour s'en persuader, pour " faire son deuil " comme on dit, encore faudrait-il retrouver le corps ? Alors le père creuse inlassablement, un peu partout. La fille, elle s'est exilée à Paris et a sombré dans la prostitution car il faut bien survivre ... Pour nous narrer tout cela, l'auteur utilise tous les modes d'expression envisageables, l'humour quand par exemple nous croisons ce travesti ... le mysticisme onirique quand nous voyons le fantôme du fils qui suit les parents qui ne devinent pas sa présence et la satire politique bien entendu.
Ce qui s'est produit là-bas c'est-à-dire à notre porte, l'apathie des peuples qui ont feint très longtemps d'ignorer ce qui se passait méritait que l'on revienne sur le thème. Ce que Mateï Visniec fait avec la puissance évocatrice que nous lui connaissons car il fallait que certaines choses fussent dites.
La mise en scène de Jean-Luc Paliès crée le support idéal pour nous permettre de voir ce que nous entendons. La pièce hélas est jouée durant très peu de temps sur le grand plateau du théâtre du Lierre mais sera reprise les 16 et 19 mars prochains à Fontenay sous Bois, salle Jacques Brel.
Souhaitons lui de se fixer en un lieu durant une période plus longue afin qu'un maximum de spectateurs puisse la voir et longue vie à la compagnie Influenscènes qui fête (déjà) ses cinq lustres.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
(photo : Eric Prat)
11:21 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.02.2010
Je l'aimais de Anna Gavalda.
THEATRE DE L'ATELIER
1, Place Charles Dullin
75018 PARIS
(M° Anvers)
Loc. 01 46 06 49 24
Du mardi au samedi à 21h
matinées : samedi à 17h.30
& dimanche à 16h.
Places : 39/34/25/15/8€
Adaptation et mise en scène : Patrice Leconte
avec Irène Jacob, Gérard Darmon, Noémie Kocher.
La notion de couple diffère t-elle au fil des temps ? ...
Sans doute.
Anna Gavalda relayée par Patrice Leconte nous en fait la démonstration par le biais d'une confrontation entre deux personnages, le troisième interprété fort élégamment par Noémie Kocher ayant ici valeur de fantôme idéalisé par l'absence.
Nous sommes à la campagne, dans une maison qui possède une longue et lourde histoire, l'un de ces lieux porteur de vécu.
Pierre (Gérard Darmon) y a emmené sa belle fille plaquée par son fils laquelle passe son temps à pleurer. Le père va jouer les consolateurs ce qui n'est pas facile mais qui mieux que lui, l'homme d'expérience pourrait expliquer l'inexplicable ?
Chloé (Irène Jacob) se cabre bien entendu, rejette même parfois sa rancoeur sur celui qui lui fait face en essayant patiemment de mettre quelque baume sur les plaies.
On s'endort quand on a trop confiance et les événements nous prennent au dépourvu ... Pierre va l'obliger à se restaurer et ce dans tous les sens du terme.
Pour cela, sans tricher, en prenant toute la culpabilité sur lui, il va raconter sa propre histoire car il a finalement fait exactement l'inverse de son fils, préservant son foyer pour vivre ce qu'il croyait n'être qu'une aventure en toute quiétude. Qui a tort, qui a raison ? Il est bien difficile de le dire.
C'est un huis-clos tumultueux auquel nous assistons.
Gérard Darmon est parfait dans ce rôle, Noémie Kocher apporte tout son charme à l'évocation de Mathilde quant à Irène Jacob sans doute la vie l'a t-elle préservée - ce dont nous ne pouvons que nous réjouir - mais son personnage m'a paru insuffisamment alimenté d'un vécu indispensable à l'interprétation.
Le théâtre se nourrit aussi de cruauté alors que la musique de scène qui se faufile entre chaque tableau tente d'adoucir le propos en l'enveloppant d'une subtile nostalgie.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
15:10 Publié dans THEATRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.02.2010
PERTHUS de Jean-Marie Besset
VINGTIEME THEATRE
7, Rue des Plâtrières
75020 PARIS
(M° Ménilmontant)
Loc. 01 43 66 01 13
Du mercredi au samedi à 21h.30
le dimanche à 17h.30
Pl. 24/19/12€
jusqu'au : 28 février 2010
Mise en scène : Gilbert Désveaux
avec Alain Marcel (Marianne) - Laurent Spielvogel (Irène) - Sylvain Dieuaide (Jean-Louis) - Brice Hillairet (Paul) -
Il existe un âge qui n'est plus tout à fait l'adolescence mais pas encore l'âge adulte et qui correspond à la période de tous les espoirs, des premières désillusions aussi. Jean-Louis et Paul ont cet âge là.
C'est le moment de la vie où l'on est le plus sujet à l'admiration et si on admire on aime forcément puisque l'on voudrait ressembler à l'autre, être l'autre ...
Période indécise où l'être humain, n'a pas encore fait choix de sa sexualité mais se cherche parfois désespérément. Cependant, il faut tenir compte de la société et de la famille en priorité. Ces deux garçons n'ont chacun visiblement, qu'une mère pour référence. Qu'il s'agisse de Marianne à la forte personnalité ou d'Irène, compréhensive jusqu'à l'abnégation, elles sont l'une et l'autre omniprésentes alors que les maris eux restent curieusement absents.
Il suffira de vacances aux sports d'hiver pour que les deux garçons déjà inséparables resserrent les liens qui les ont unis du premier jour. Il est difficile de se soustraire à une attirance ... Seulement voilà, les autres, toujours eux vont dénoncer la démarche et comme il arrive souvent en pareil cas, l'un des deux garçons va se réfugier dans la normalité, encouragé en cela par sa mère obnubilée par l'avenir de celui qui prend toute la place dans sa vie.
C'est une histoire criante de vérité qui nous est racontée là. Les deux jeunes comédiens font preuve d'une belle sincérité, quant aux deux mères qui en réalité sont des hommes, nos deux interprètes s'acquittent de la fonction avec dignité sans jamais sombrer dans la caricature et pour tout dire, ils sont excellents !
On aimerait rencontrer de tels êtres dans la vie où le plus souvent l'incompréhension reste le lot commun. Cette pièce est à voir et ce, à plus d'un titre.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.
(photos : Jacqueline Chambord)
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