Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/09/2017

Swann s'inclina poliment d'après Marcel Proust

Aff.Swann.jpg

 

 

THEATRE DE BELLEVILLE

 

94, rue du fbg du Temple

 

75011 PARIS

 

 

 

 

(M° Belleville)

 

Loc. 01 48 06 72 34

 

pl. 25€ - T.R. 15€

- 26 ans : 10€

 

http://www.theatredebelleville.com/

 

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 21h15

 

Dimanche à 17h

 

jusqu'au : 3 DECEMBRE 2017

 

Adaptation et mise en scène : Nicolas KERSZENBAUM

 

 

avec,

Sabrina BALDASSARRA, Marik RENNER et Thomas LAROPPE

 

 

Swann-Camille Morhange.jpg

( photo : Camille Morhange )

 

 

" Voyage au pays des snobs " aurait constaté Clément Vautel car avant de jouer définitivement les odalisques littéraires, Marcel Proust ne dédaignait pas de fréquenter les lieux à la mode où il arrivait souvent fort tard et dont il connaissait les travers mieux que personne.

Nicolas Kerszenbaum a eu l'idée d'adapter " Un amour de Swann " afin de le transposer à notre époque.

Le décor sera donc résolument moderne ainsi que les costumes avec - pour favoriser l'intemporalité de l'action - cette serre dans laquelle Odette évoluera prêtant aux plantes une attention toute proustienne.

Faisons donc la connaissance du " petit clan " formé par Elstir, le peintre surnommé " Monsieur Biche " par cette incroyaaable Madame Verdurin, la mâchoire ayant failli me tomber à la seule vue de l'accoutrement qui est le sien mais je vous laisse découvrir …

Puis Madame de Crécy ( Odette pour les intimes ) laquelle fut présentée à Swann un soir, au théâtre, par un ami commun ; c'est elle qui l'introduira chez les Verdurin.

Nous aurons donc sous les yeux ce trio alors que Swann est supposé être parmi nous - spectateurs - mieux, être nous, ce qui facilite à coup sûr, l'identification au stade du ressenti.

Odette au départ n'était absolument pas " le genre " de Swann mais il suffira qu'un soir elle n'ait pas eu la patience de l'attendre pour que l'homme vexé, se prenne au jeu.

 

Swann-Alex-Nollet.jpg

( photo : Alex Nollet )



Habitué à voguer en de plus hautes sphères, ( Swann a ses entrées chez le président Jules Grévy ) mais désireux de se sentir vivre plus intensément, il verra les choses différemment de ce qu'elles sont et la sonate de Vinteuil deviendra alors son Hymne à la Joie.

De même que le chevauchement des plaques tectoniques déclenche des catastrophes, quelqu'un qui s'égare par amour en niant la réalité court au désastre. Mais n'anticipons pas !

Gautier Boxebeld ( en alternance avec Thomas Laroppe ) joue le personnage du peintre habitué des lieux, s'acquittant de la lourde tâche de dire le texte - ô combien littéraire ! - que nous connaissons avec des incursions en l'époque actuelle par le biais d'anecdotes supposées drôles où le coca-cola flirte avec les oeufs quand référence n'est pas faite au Parc Astérix : Proust, pardon !

Sabrina Baldassarra est de façon échevelée Madame Verdurin et visiblement s'en donne à coeur joie ...

Quant à Marrik Renner, sa plastique suffirait seule à justifier l'amour de Swann bien que la comédienne paraisse nettement plus intelligente que le personnage de " demi-castor " qu'elle est censée incarner ici.

Les deux musiciens, Guillaume Léglise et Jérôme Castel sont parfaits.

L'esthétisme n'appartient certes pas à " la belle époque " mais pour peu que l'on accepte le parti-pris, et que l'on oublie les scories évoquées, le spectacle se laisse agréablement voir et entendre quand c'est le texte de Proust qui est prononcé ...




Simone Alexandre

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

09:51 Publié dans THEATRE | Lien permanent

14/09/2017

AU BUT de Thomas Bernhard

aff.Au-but.jpg

 

 

 

THEATRE de POCHE

MONTPARNASSE

 

75, bld du Montparnasse

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

loc. 01 45 44 50 21

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

Pl. de 10 à 38€

 

du mardi au samedi à 21h

 

le dimanche à 15h

 

 

jusqu'au : 5 NOVEMBRE 2017

 

 

Texte français : Claude PORCELL

 

Mise en scène : Christophe PERTON

 

avec  Dominique VALADIE (la mère) - Léa BREBAN (la fille) - Yannick MORZELLE (l'auteur) - Manuela BELTRAN (la bonne)

 

 

Dominique-Valadier.jpg

Durant toute sa vie, Thomas Bernhard ce râleur impénitent a réglé ses comptes tant avec l'Autriche sa patrie qu'il dénigrait en permanence mais dont il ne pouvait se passer et le théâtre

( celui des autres ) sur lequel il vomissait volontiers, car peuplé de marionnettes, selon lui.

Les premières années de sa vie s'étaient déroulées chez ses grand-parents, sa mère lui a donc fait cruellement défaut en cette période précise où l'enfance a tellement besoin d'affection maternelle d'où, sans nul doute, la présence de cette mère abusive que nous découvrons ici, monstrueusement possessive, sorte de compensation pour lui, aussi haineuse que réparatrice.

Dominique Valadié qui joue le rôle de la mère ressasse constamment ses rancoeurs comme le font souvent les alcooliques. Le thé qu'elle reproche à sa fille de ne pas savoir préparer est en quelque sorte l'antidote provisoire à cette situation dans laquelle elle reste engluée.

Mère et fille sortent le soir pour distraire leur ennui issu du fait qu'elles demeurent constamment rivées l'une à l'autre. Elles sont passées sans transition des spectacles d'opérettes à l'art dramatique en ignorant l'opéra et la mère critique désormais tout ce qu'elle voit de façon acerbe mais sait-elle faire autrement ?

 

 

mère-et-fille.jpg

( Photos : Scènes & Cités )



Mariée par intérêt, elle détestait son époux dont elle eut tout d'abord un fils qu'elle cachait à tous tant elle le trouvait laid et qui ne vécut pas longtemps. Ce fut pour elle une délivrance. Maintenant, elle garde interminablement auprès d'elle ce second enfant, cette fille qu'elle tyrannise avec une cruauté incroyable laquelle supporte ce fardeau grâce à un fatalisme assez déconcertant avec parfois - en guise de soupape de sécurité - un rire aussi subit que surprenant.

Après une représentation qui enthousiasma la fille et pour laquelle la mère ne trouve pas de termes trop forts pour dépeindre ses réticences voire sa répugnance, l'auteur sera tout à trac invité par elle à les accompagner en villégiature.

La décision fut inopinément prise lors de la signature d'autographes et acceptée d'emblée par cet inconnu illustre, de façon tout aussi incroyable ! ...

Toute la pièce repose sur les épaules de la mère, et la première partie a valeur de quasi monologue. Le dialogue - tout relatif - ne s'installera qu'en seconde partie quand les trois personnages seront réunis en cette demeure de Katwijk où le jeune auteur s'est laissé inviter.

Avant cette rencontre, le spectacle auquel mère et fille assistèrent s'intitulait : " Sauve qui peut "

( tout un programme ! ) et le projet suivant aura pour titre

" Au but " tant il est évident que ceux qui écrivent en ont presque toujours un, avouable ou pas.

Les inconditionnels de Thomas Bernhard trouveront ici de quoi se réjouir bien que la pièce soit assez longue ( 2 heures ) et surtout déséquilibrée puisque la seconde partie ne réserve aucune surprise, tout ou presque ayant déjà été dit ou suggéré avant.

Il n'importe, la férocité du propos est comme toujours particulièrement jouissive et les écrits de cet auteur méritent incontestablement le détour.

Ainsi, pour parodier le père et son éternel : " Tout est bien qui finit bien " disons que chez Thomas Bernhard tout est au diapason dans le pire des mondes.


Simone Alexandre

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

15:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent

12/09/2017

Marcel Proust : A l'ombre de Combray ! par Eric Chartier

aff.Proust.jpg

 

 

 

THEATRE DE L'ILE

SAINT-LOUIS-PAUL REY

 

39, Quai d'Anjou

 

75004 PARIS

 

 

(M° Pont-Marie)

 

Loc. 01 46 33 48 65

 

Pl. 15€ - T.R. 10€ (- de 25 ans)

 

http://www.theatre-ilesaintlouis.com/

 

du mercredi au samedi à 18h30

 

le dimanche à 15h

 

Le vendredi séance supplémentaire à 21h

 

 

jusqu'au : 17 DECEMBRE 2017

 

 

Interprétation et mise en scène : ERIC CHARTIER

 

 

Eric-Chartier.jpg

 

 

Il est tout à fait surprenant d'entendre le trépident Eric Chartier, à la gestuelle active, dont le tempérament semble plus proche de Péguy que de Proust, donner vie aux mots écrits par ce dernier.

En l'écoutant je me disais : " ce diable d'homme rendrait ludique l'énoncé d'une pierre tombale ! " car il cisèle chaque mot en véritable orfèvre, fait surgir paysages et personnages, tel un magicien.

Grâce à lui, nous croyons voir la tante Léonie qui ne quitte plus la chambre où elle est alitée - comme le sera Proust lui-même, quelques années plus tard - la grabataire questionne Françoise, sa fidèle servante afin de ne rien ignorer de ce qui se passe dehors et attend impatiemment Eulalie qui, bien que sourde entend tout, voit tout et lui rapporte ce qui se passe à l'église et même au delà …

Plus tard, se conformant à cet exemple, Marcel Proust de son lit, rédigera de multiples lettres afin de s'enquérir de ce qui lui échappe quand il aura besoin d'alimenter la précision de ses écrits.

Ici, à Combray, rien n'a lieu sans que tante Léonie ne l'apprenne. Du fond de son lit, elle sait tout ; car en province et surtout à l'époque, même l'apparition d'un nouveau canidé constitue un événement que tout le monde commente.

Tous ceux qui se sont intéressés aux écrits et à la vie de Proust savent qu'Albertine se nommait en réalité Albert ; l'époque à laquelle vivait notre auteur ne favorisait pas encore le " coming out " et la plus petite dérogation aux us et coutumes - à fortiori aux moeurs - prenait des proportions incroyables !  Pourtant l'être et le paraître différaient bien souvent.

Ainsi la sagacité de Proust remarquera chez Legrandin une gestuelle ainsi qu'une particularité physique dont la découverte l'amusera lui, qui s'efforçait de dissimuler sa véritable nature …

En cette dimanchade, le curé vient rendre visite à sa paroissienne désormais confinée à domicile et ne tardera pas à se lancer dans la description des vitraux de son église mais aux oreilles de la vieille dame : Dieu qu'il est épuisant !

Marcel Proust qui excellait à retrouver par le biais d'association d'idées tout ce qui lui permettait de décrire les impressions du passé, se livrait plus volontiers - sur l'instant - à la contemplation des fleurs que de ses semblables, ces miracles de la nature lui apportant mille fois plus de bonheur.

Eric Chartier déchiffre les textes sur lesquels il se penche, tel un musicien face à une partition. Grâce à lui, la parole devient musique, l'ennui proustien s'envole et seuls restent les instants de joie retrouvée.

Peu de comédiens sont capables d'animer de la sorte un texte comme celui là .
 
A déguster avec autant de subtil plaisir que Proust en ressentait face à ce petit morceau de madeleine que lui offrait tante Léonie après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.




Simone Alexandre

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

 

 

15:33 Publié dans THEATRE | Lien permanent