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19/02/2014

En passant par Pleyel ... (concert et lecture) par Frédéric Arnoux

Logo salle pleyel.jpgValery Gergiev avec l’orchestre du théâtre Marinski est à Paris salle Pleyel pour une suite de concerts Chostakovitch. J’y étais dimanche, et c’était merveilleux.

 

Après un brillant concerto pour violon assez surprenant, tout de virtuosité mais sur le fond assez aride et dérangeant, une 7ème  symphonie somptueuse, lente et dramatique foisonnante et dense un véritable délice pour qui aime Chostakovitch, que j’ai découvert tard mais dont l’œuvre difficile et perturbée révèle un homme torturé et déchiré.

 

 

Pleyel.jpg

 

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgMais on ne va pas parler d’un spectacle unique pour vous faire regretter de n’y être pas allé ! En revanche, et parce que le climat s’y prête, fait tout de tensions et de non -dits, de craintes infondées, de jugements de valeurs pris pour des opinions et des opinions vues pour des réflexions, je veux dire le produit d’une intelligence en fonctionnement, je voudrais vous parler d’un excellent livre de Martine Poulain intitulé « Livres pillés, lectures surveillées : les bibliothèques françaises sous l’Occupation ».

 

Là non plus rien de la bluette ou de la lecture de gare, mais un ouvrage de recherche important, très documenté, très fourni sur les ravages que les guerres produisent sur la culture, en l’occurrence livres et ce qui gravite autour : manuscrits, enluminures, partitions musicales…

 

Martine Poulain n’est pas une dilettante de la recherche, ni une vulgarisatrice à outrance qui serait tombée dans l’histoire par hasard et qui voudrait s’y faire un nom à la manière de tel histrion des planches ou insupportable Trissotin télévisuel.

Elle est docteur en sociologie et conservateur de bibliothèques. A ce titre elle nous guide au travers de la France occupée porte son regard et ses feux sur les lieux de connaissance que les nazis avaient également en ligne de mire, soit qu’ils craignissent le pouvoir de la connaissance, soit que certains dignitaires du régime voulussent se constituer gratuitement des collections. Le pillage fut sans limite, et les destructions innombrables.

 

Mais s’il importe de ne pas méconnaître les disparitions de volumes, il convient de ne pas ignorer que les auteurs furent censurés, les publications limitées, les mauvais penseurs (qui sont naturellement les meilleurs) expurgés et expulsés des rayons où venaient les retrouver intellectuels, étudiants et simples amoureux de la lecture. Les auteurs juifs, mais aussi les ouvrages politiques ou francs-maçons furent impitoyablement condamnés. 

 

Il a été des Français pour prêter la main à ces manœuvres effroyables et lamentables, car ainsi que le conclue Martine Poulain, priver un homme de sa bibliothèque, c’est le priver d’une partie de sa vie tant on peut connaître quelqu’un au travers de ses goûts littéraires et de ses curiosités intellectuelles.

 

Nous n’allons pas les citer car ils sont nombreux et l’ouvrage de Martine Poulain est très précis, mais il faut rester vigilant, à l’heure ou des politiques sans conviction mais frileux et avides de tenir les places n’hésitent pas à dire tout et n’importe quoi à propos de la littérature pour la jeunesse, dans un premier temps.

 

La censure nouvelle est en marche, il convient de lui faire, comme dans la cour de l’école, le croche-pied utile qui la fera chuter.

 

Un seul regret à la lecture de cet imposant ouvrage, savant et passionnant, qui est le style assez peu littéraire de Madame Poulain, qui lectrice dans l’âme, est une scientifique, pas un écrivain.

 

C'est publié chez Folio Histoire, n° 224.

 

Frédéric Arnoux

www.theatrauteurs.com

 

Livres pillés, lectures surveillées.jpg

15:14 Publié dans Livre, Musique | Lien permanent