14.11.2010
" BONJOUR, BONSOIR " de Robert Poudérou.
Quand on habite dans un village, saluer quelqu'un que l'on croise est parfaitement naturel. En revanche, dans une grande ville, semblable comportement peut sembler inhabituel, voire anormal et pourquoi pas, suspect ?
X et Y sont deux quasi-septuagénaires qui vont se rencontrer un jour dans un jardin public, se saluer et entamer ensuite une relation bizarre un peu à la façon de deux duettistes précautionneux.
Tout commence par un banal " bonjour monsieur " deux petits mots de rien qui seront suivis de beaucoup d'autres, lesquels sous couvert d'échanges anodins dévoileront peu à peu la psyché de chacun.
Se confie t-on à un inconnu ? Non ! on brode, tout en amenant l'interlocuteur à se découvrir et pour cela, on procède par petites touches, on fignole le propos, on ironise, on feint de se révéler pour mieux découvrir l'autre ...
Bref, on se lance dans un petit jeu de l'esprit destiné à maîtriser sans illusion aucune le temps qui passe ... A la raideur des articulations supplée l'agilité de l'esprit et la hantise que ce dernier s'envole.
L'auteur a fignolé les dialogues avec un plaisir que nous ferons immanquablement nôtre, à l'écoute du texte.
Le spectateur (ou le lecteur) devient alors volontiers Y quand X s'exprime et inversement. Plus question de pensée unique !
Trois rencontres serviront de support à ces échanges verbaux au cours desquels deux hommes vont s'offrir un supplément de fantasmes au seuil du néant ou de l'éternité promise.
La pièce fut lue lundi 8 novembre 2010 sur la petite scène du théâtre de La Huchette, par Claude Aufaure et Philippe Laudenbach chacun prêtant sa personnalité et son expérience au texte dont l'auteur présent nous livrait les didascalies.
Nous espérons que très prochainement une série de représentations nous permettra de savourer à nouveau cette subtile joute verbale dont la teneur pourrait aussi bien faire l'objet d'un moyen métrage.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
prochaine lecture à La Huchette, lundi 29 novembre 2010 à 14h.30,
" De la sensation d'élasticité lorsqu'on marche sur des cadavres " de Matteï Visniec. réservation recommandée au : 01 42 49 27 97 et amihuche@free.fr
17:15 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.03.2010
ATTITUDES de Benoït Marbot
L'action se situe dans le jardin d'une maison de campagne en Normandie où deux personnages, (frère et soeur) Damien et Laurence attendent l'arrivée de leur aîné, Francis tout en essayant vainement d'allumer le barbecue qui se dérobe à leurs efforts comme tout bon barbecue qui se respecte.
Le voisin d'à côté les épie mais on ne le verra jamais pas plus du reste que tous ceux qui seront évoqués tout au long de la pièce.
Au fil de la conversation nous allons tenter de reconstituer l'arbre généalogique de la famille et les prénoms vont s'ajouter les uns aux autres en un long chapelet dont l'énumération nous fera penser à autant d'arlésiennes invisibles et présentes qui vivront le temps d'une elliptique évocation. Les personnages ainsi esquissés se déroberont résolument à une approche plus précise. Le fantôme de la danse nous gratifiera de quelques entrechats avant de se tordre la cheville et même le satellite des communications téléphoniques se fera désirer. Le portrait le plus précis restera celui du Roi-Soleil, sans doute parce que la nuit tombe tandis que les rêves de gloire des danseuses tardent encore à prendre leur envol.
Vous l'avez compris, tout repose sur les épaules de deux comédiens qui ont pour mission de nous faire voir les absents. Le spectacle se donnait à Courbevoie vendredi 26 mars en deux représentations (14h. & 21h) mais hélas, en dépit de mes prévisions, il m'a été impossible de m'y rendre ... Il ne reste donc plus qu'à espérer une prochaine reprise pour une durée plus longue. En attendant vous pouvez tout comme moi découvrir le texte paru à l'Harmattan en janvier 2010.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
12:45 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.12.2009
La trappe de Robert Poudérou.
L'Harmattan - Théâtre des 5 continents - 11,50€
Dans sa présentation de pièce écrite en Septembre 1978, l'auteur précise,
" la rébellion solitaire est un leurre. Qui dérange tout le monde. "
J'ai immédiatement envie de m'inscrire en faux. Si elle est solitaire, comment peut-elle déranger ? C'est la rébellion organisée qui dérange le plus, non ? ... Voilà un sujet de polémique à développer la prochaine fois que je verrai Robert Poudérou ...
En attendant, rejoignons les personnages puisque ma religion m'interdit de raconter les pièces sinon où serait le plaisir de la découverte ?
David (25 ans) est un autonome qui s'amuse de temps à autre à commettre de petites plaisanteries subversives qui ne doivent pas être du goût de tout le monde !
Moïse et Max, (la soixantaine approchante ou installée) sont deux amis, camarades de beuveries que la vie ne semble pas avoir épargnés.
Leur sobriquet respectif en dit long : "Coup-de-coude" pour Moïse et "Cul-sec" pour Max. Ils sont l'un et l'autre à la fin du parcours, le savent - comment pourraient-ils l'ignorer ? Et cela n'arrange rien.
Un jour, ces trois là vont se rencontrer ... le lieu est situé au sous-sol d'un grand restaurant. C'est là également que se trouve la trappe justifiant le titre.
Mais surtout, il y a Juliette, la métaphore de l'amour, et ce petit surnom mi-tendre, mi-machiste qui résume à lui seul comment fonctionnent les hommes, profanateurs déclarés et adorateurs muets, leur truculence ayant pour objet de masquer leur timidité.
On ne vante plus depuis longtemps le style poudérien, c'est un fait avéré mais cette pièce nous prouve si besoin est, qu'un Poudérou peut toujours en cacher un autre.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
08:02 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : l'harmattan
20.04.2008
Pas d'homme d' Ophélie Grevet-Soutra
Pièce en 3 Actes (5 personnages : 3 hommes et 2 femmes)
Parue en 2007 aux Editions Vermifuge - Prix : 11€
Mais qui est donc cet Emile Beauvoisin, détective " plus que privé " installé au numéro 13 de la rue de Maubeuge ?
- un célibataire endurci qui meuble sa solitude en espionnant la vie des autres ?
- un transformiste raté qui n'ose affronter les feux de la rampe ?
Dans son quartier, quand il se déguise tout le monde le reconnaît ... L'homme travaille seul, " à l'ancienne " sans secrétaire ni ordinateur, uniquement " au pifomètre " et à la déduction.
Un jour, lors d'une enquête, il a pris une balle perdue et depuis boite légèrement. Tiens, au fait, ne cherchez plus, c'est bien ainsi que les gens de son quartier l'identifient et non grâce à son eau de toilette car avoir un flair de chien de chasse n'est pas à la portée de tout le monde. Evidemment !
Marguerite viendra faire le ménage dans son bureau, virtuelle tornade blanche car la dame a l'humour plus alerte que le plumeau. " vaccinée avec une aiguille de phonographe " aurait dit sa grand-mère ... Comme Emile n'est pas un détective du dimanche, la chasseuse de poussière à peine partie, le premier client du jour fera son apparition.
Encore un cervidé qui se demande après quelques années de mariage s'il avait réellement trouvé chaussure à son pied ?
- " Le monde me désole et la vie m'angoisse " confiera t'il en un soupir, confondant notre détective avec un psy ...
Mais revenons en arrière, un an plus tôt, pour faire la connaissance de Jeanne, qui elle, semble avoir confondu ce bureau avec la SPA alors que son Hercule a disparu ... Fugue ? Enlèvement ? Vengeance d'un amant jaloux ? ... Violence d'un père tyrannique ?
L'affaire semble complexe et pourtant notre détective découvrira le pot aux roses. L'enragée du sécateur poireaute depuis en prison tandis que son Hercule retrouvé peut désormais se prendre pour Milou.
Un bénéfique intrus (absolu contraire du client de l'autre jour) va sur le point de se marier, prendre la poudre d'escampette entraînant notre détective dans son sillage pour le meilleur ou pour le pire car pour nous, l'enquête n'est pas résolue.
Ophélie Grevet-Soutra soumet ses personnages à une folie libératrice au moyen d'un verbe imagé et comme dans la vie de chaque jour, on a coutume de dire " un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(es) " celui qui se dérobe à la chaîne s'écriera en conclusion " Pas d'homme, en voilà une histoire ! "
A nous d'imaginer la suite ...
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
19:51 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.01.2008
LES COUSINES de Robert Poudérou
(36ème pièce éditée)
2008 ALNA Editeur.
www.alna-editeur.com
Prix : 14 € TTC.
L'action commence à Paris début juin 1942.
Il fallait alors faire la queue durant de longues heures afin d'avoir une petite chance de remplir un cabas avec ce qui se présentait, bien sûr.
C'était comme les nomme l'auteur : " les queues de la survie. "
Pierre-Jean, célibataire est retraité de fraîche date. Il soupire en vain pour Mélanie ex-enseignante elle aussi qui vit avec Agnès, collègue d'une école privée ...
Il était à l'époque plus que dangereux d'héberger un juif or elles ont accueilli d'un commun accord, Chana jeune fille de 23 ans venue se réfugier chez elles.
Cette dernière est en quelque sorte devenue leur fille à toutes deux.
Pourtant jadis, Agnès a eu un fils parti avec Sylvie leur première protégée. Depuis il n'a plus donné de nouvelles ...
Pierre-Jean va un jour rencontrer ce fils disparu, les sentiments de chacun vont alors s'exacerber, le passé revenir à la surface et la particularité de l'époque poser problème.
Les personnages imaginés par Robert Poudérou utilisent toujours un langage châtié et ce, parfois de façon irréelle, comme s'ils représentaient ce qui doit être, dans son monde à lui. De même qu' Hamilton a choisi le flou pour poétiser les images, notre auteur se meut en une sphère dont toute vulgarité est exclue. Ce choix confère à son écriture un charme quelque peu désuet mais apte à favoriser les nuances.
C'est ainsi qu'il ne vous parlera pas des écrits de quelqu'un(e) mais " d'un journal de coeur et d'âme."
N'allez surtout pas croire que le propos est mièvre car mettre dans la bouche de quelqu'un cette phrase : " - je vous assure que je vous ai toujours préféré à la compagnie d'un chien " en dit long sur sa capacité à réveiller les esprits !
La pièce a déjà fait l'objet de deux lectures publiques, la première incluant la prestigieuse Eléonore Hirt et nous ne pouvons qu'espérer voir ce texte joué très prochainement sur une scène, ici ou ailleurs.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
15:40 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.11.2007
La belle et le Hussard de Benoît Marbot
De 1792 à 1818 nous suivrons quatre personnages emportés par la tourmente des événements ce, durant vingt six années, cinq régimes politiques différents au fil des guerres, des passions mais aussi des intérêts.
Combien de fois avons nous entendu dire au sujet de deux êtres ? ..." Ils ne vont pas ensemble " - comme si de l'extérieur, on pouvait juger !
On jouait volontiers à colin-maillard à l'époque; maints films nous l'ont prouvé.
Jeu hérité de l'enfance mais teinté d'une évidente sensualité.
Ne convient il pas de deviner qui est l'autre en le touchant sans le voir, en le humant afin de l'identifier ?
On ne doute plus aujourd'hui de l'importance des phéronomes quant à l'attrait que les individus éprouvent l'un pour l'autre. Nous restons d'évidence une forme animale évoluée.
Lefort est un housard, il sent le cuir, la sueur et ce jeune lion héberge forcément une odeur fauve dans sa crinière.
Face à lui, Gontran de Richepoix ne peut qu'être falot.
L' homme est indécis, joue à l'amoureux transi quand l'autre prend d'assaut.
Sa soeur, Sophie, la meilleure amie de Caroline de Tiersanville aura dans l'action un rôle-charnière mais pas seulement ...
Rien n'attise plus le désir sexuel que l'approche de la mort.
La natalité part en flèche au lendemain des guerres. C'est en quelque sorte un réflexe issu de l'instinct de conservation.
Benoît Marbot nous transporte en ces temps reculés où tout homme valide ne pouvait qu'être militaire où l'habitude du danger finissait par créer une dépendance, un besoin que rien ne pouvait remplacer. Mourir au combat ou mourir d'ennui étant l'unique alternative.
Le style est direct et le rythme enlevé. La lecture de la pièce attise notre impatience à la voir prochainement jouée.
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
17:20 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.06.2007
Morceaux choisis de Jean Larriaga (2007)
Collection Théâtre des 5 continents chez L' Harmattan
5-7, rue de l' Ecole Polytechnique 75005 Paris
www.librairieharmattan.com
On ne parlera jamais assez du désarroi d'un comédien en panne de rôle ...
L' interprète n'est il pas avant tout un être façonné par la vie ayant la faculté de transcender ses traumatismes par l'expression ?
L'auteur ne désignera les deux personnages de " Morceaux choisis " que par, LUI et ELLE leur conférant ainsi le statut d'entités.
LUI , est à une période critique de son existence, celle où l'on ne peut déjà plus interpréter certains personnages et pas encore d'autres.
Paradoxalement, trop jeune et trop vieux : 40 ans, période charnière par excellence ...
ELLE, vient d'être frappée par la cécité, elle n'y voit plus ou vraiment pas assez d'où cette idée d'afficher une petite annonce chez le boulanger du coin afin de solliciter les services d'un lecteur. Leur destin va se rejoindre en un huis-clos qui se transformera peu à peu en duel.
La dame fait preuve d'un indéniable humour mais nous découvrirons également à quel point sa personnalité peut être dirigiste.
Son compagnon de hasard a le même âge que son fils, et ne tardera pas à révéler cette fragilité un peu vaniteuse qui caractérise bon nombre de comédiens.
La complicité qui s'était un temps installée va se muer en affrontement, un basculement soudain créant une phase de transfert que nos psychanalystes connaissent si bien. A moins que ...
Le rythme est vif, l' approche subtile et Jean Larriaga fait évoluer ses personnages dans le périmètre de l'échiquier tout en respectant par le biais du non-dit, la sensibilité intime de chacun.
Simone Alexandre
http://www.theatrauteurs.com
08:35 Publié dans Editions Théâtrales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









