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04/11/2017

La Révolte d'Auguste Villiers de l'Isle-Adam

 

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LES DECHARGEURS

 

3, Rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet)

 

Loc. 01 42 36 00 5O

 

Pl. de 10 à 26€

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Du mardi au samedi à 21h30

 

 

Mise en scène : Salomé BROUSSKY

 

avec Dimitri STOROGE et Maud WYLER

 

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( photos IFou pr le Pôle Presse )

 

 

C'est essentiellement au XIXème siècle que se mit en place le capitalisme bourgeois ( pléonasme ) que nous désignons depuis et en toute hypocrisie : libéralisme ...

C'est également au XIXème siècle si je ne m'abuse que certains mouvements féministes se structurèrent. Des auteurs tels que Ibsen ou Strindberg se penchèrent sur la condition féminine en une approche radicalement différente, la société d'alors étant résolument patriarcale ;  ça et là, quelques femmes se révoltèrent … Ce n'était certes pas la majorité et le siècle suivant ( jusqu'en 1968 ) prônera encore le mariage dans lequel l'homme s'affirme toujours en qualité de seigneur et maître.

Villiers de l'Isle-Adam nous fait pénétrer dans le huis-clos de ce couple marié quatre ans et demi au préalable où nous découvrons une maîtresse femme puisque c'est elle qui a permis à son époux de tripler son capital mais qui brusquement réalise qu'elle est esclave de son état particulier et de la société en général.

L'homme n'a pas vu venir la crise et tombe littéralement des nues ! ...

Mathias Philippe Auguste VILLIERS DE L'ISLE-ADAM pouvait s'enorgueillir de compter parmi ses ancêtres un Maréchal de France et le fondateur de l'ordre de Malte mais sa famille ruinée ne disposait plus que d'une aisance relative.

Il se persuada cependant que fortune et gloire l'attendaient. Son destin fut tout autre.
Peu fortuné, malheureux en amour, il collectionnera les échecs et se réfugiera dans le rêve, le plus souvent. ( tout comme Elisabeth aimerait pouvoir le faire )

Cette pièce : LA REVOLTE créée en 1870 n'ira pas au delà de cinq représentations. Il est vrai que le thème était subversif à l'époque !

Félix ( Dimitri Storoge ) joue un temps la carte de l'immuabilité face à cette femme ( la sienne ) qu'il ne reconnaît plus. Incrédule, il essaie donc de se dominer réduisant l'incident aux conséquences d'un malaise féminin.  Lui qui n'a aucun état d'âme face à des créanciers insolvables découvrira brusquement la solitude morale ce, jusqu'au malaise cardiaque.

Elisabeth ( Maud Wyler ) qui avait accepté ce mariage quelques années au préalable uniquement par résignation a lentement accumulé sa rancune, ourdi sa vengeance qui consistait à rompre les amarres mais pour cela se devait d'être irréprochable car elle sait qu'en quittant le domicile conjugal et en abandonnant sa fille, parents et amis la blâmeront. Or elle n'a pas même les motivations d'une Anna Karénine : ce n'est pas attirée par un amour extérieur qu'elle veut fuir mais par ennui.

C'est donc plus à un dépôt de bilan qu'à un règlement de comptes auquel nous assistons.

Certes, convaincu de son bon droit, l'époux n'est pas d'une perspicacité à toute épreuve or il assiste là non seulement à son échec personnel mais à la remise en cause d'une société qu'il croyait immuable.

Confrontés à un décor et à des costumes actuels il est permis de se demander si pareille situation est encore envisageable de nos jours. Il y a même à parier qu'Elisabeth n'aurait pas attendu plusieurs années avant de claquer la porte.
Félix quant à lui, ne voit pas plus loin que son compte en banque et que la Rolex qu'il affiche ostensiblement à son poignet droit en un geste très sarkozien.

La fin aussi appartient à l'époque de son auteur dont les textes étant joués assez rarement méritent que l'on s'y intéresse d'autant qu'il est permis de le considérer comme l'initiateur du mouvement symboliste dont Maeterlinck ( entre autres ) reprendra le flambeau.




Simone Alexandre

 

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19:36 Publié dans THEATRE | Lien permanent

02/11/2017

L'Art de Suzanne Brut de Mickael Stampe

 

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THEATRE des DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet)

 

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Du mardi au samedi à 19h30

 

 

Du 31 OCTOBRE au 23 DECEMBRE 2017

 

 

Mise en scène et scénographie : Christophe Lidon

 

 

avec Marie-Christine Danède

 

 

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Il existe parfois chez certains peintres, un point de non retour quand l'évidence ( et la lucidité surtout ) leur permet de reconnaître qu'ils ne créeront rien et que leur Art n'est que la pâle copie de ce qui fut fait par ceux qui les précédèrent.

A contrario et par pulsion instinctive, Suzanne demande à la peinture de remplacer la parole qu'elle a perdue suite à un drame lourdement traumatisant.

Cet être simple fait donc feu de tout bois ( support choisi ) pour créer des visages sans nez et sans bouche mais dotés d'immenses yeux verts car c'est là son mode d'expression.

Elle est désormais servante dans un couvent situé en Dordogne, l'action se déroulant durant l'occupation allemande et quand elle ne vaque pas à ses occupations ou n'erre pas dans la nuit noire, cette femme s'enferme dans sa cellule pour peindre ...

Les soeurs ne sont pas tendres avec cette pensionnaire dont elles redoutent peut-être la sourde animosité ? … Car Suzanne est capable du meilleur comme du pire, son passé l'a prouvé.

 

 

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( photos : Pierre François )



Le reste du temps et comme son esprit est un peu dérangé, notre héroïne devise mentalement bien sûr mais nous aurons le privilège de l'entendre s'entretenant avec Jeanne ( qui n'est pas unique à percevoir des voix ) ainsi qu'avec la Vierge Marie.
Les religieuses auraient mauvaise grâce à critiquer cette lubie, elles qui font de même dans le huis-clos de leur cellule respective !

Marie-Christine Danède se tient debout sur une sorte de piédestal évoquant une énorme pierre sur laquelle est posé un prie-Dieu qu'elle utilisera parfois comme une vulgaire chaise.
De superbes projections viendront ponctuellement illustrer le curieux édifice sur lequel elle est juchée.

Certains ne manqueront pas d'évoquer Séraphine, rôle joué par Yolande Moreau dans le film de Martin Provost et la comparaison n'est certes pas injurieuse car ces deux comédiennes rivalisent de talent.

Quant aux modes picturaux exprimés : " Art naïf / Art brut " - la différence est subtile ...

Le médecin attitré du lieu découvrira le filon et jouera ponctuellement les Ambroise Vo … leur. Suzanne le laissera faire, feignant d'être dupe car ayant parfois des éclairs de lucidité.

Là, il me faut tenir mon enthousiasme en bride pour ne pas vous en dire plus et ainsi ne pas compromettre le plaisir que vous aurez à découvrir ce texte dit de façon aussi particulière que magistrale.

C'est n'en doutons pas une réelle composition que l'interprète nous offre ici et l'un de ces rares spectacles que l'on aimerait déjà revoir alors même que les applaudissements crépitent encore.




Simone Alexandre 

 

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09:56 Publié dans THEATRE | Lien permanent

31/10/2017

Mon Ange de Henry Naylor

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TRISTAN BERNARD

 

64, Rue du Rocher

 

75008 PARIS

 

 

 

(M° St-Lazare ou Villiers)

 

 

Loc. 01 45 22 08 40

 

 

Pl. de 20 à 36€ - T.R. 11€

 

http://www.theatretristanbernard.fr/

 

du mardi au samedi à 21h

 

matinée le samedi à 16h30

 

 

Traduction : Adélaïde PRALON

 

Mise en scène : Jérémie LIPPMANN

 

 

avec LINA EL ARABI

 

 

" Inspiré d'une histoire vraie, " Mon Ange " relate l'incroyable destin d'une jeune fille kurde devenue malgré elle le symbole de la résistance lors du siège de la ville syrienne de Kobané en 2014/2015 "

 

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( photo : F. RAPPENEAU )

 

 

Plus que tout autre, l'écriture théâtrale est le reflet d'une époque.
 
Quand Henry Naylor décida d'écrire ce qui allait devenir la trilogie qui s'intitulera : " Cauchemars d'Orient " son intention était toujours d'être drôle, de façon satirique certes, comme à l'accoutumée, lui qui durant 23 ans avait écrit des sketches et puis cette fois, en fonction des thèmes abordés, le ton général s'est littéralement imposé à lui, surprenant tout le monde, à commencer par lui.

" Mon Ange " constitue le troisième volet de cette oeuvre, témoignage terrible situé sur une terre de conflits.

O certes, l'humour parvient encore, çà et là, à se faufiler et c'est tant mieux pour nous mais le récit est âpre, tragique comme la courte vie de cette amazone des temps modernes.

Rehana sera donc et contre son gré, l'Ange de la Mort, l'implacable exécutrice d'un Destin qui lui fut imposé en ces temps terribles de feu et de sang qui dévastent cette partie du globe : la Syrie.

Dans la pénombre, sur fond sonore de réel Apocalypse, avec un décor tout à la fois sobre et fantastique, LINA EL ARABI, jeune, belle et altière se présente à nous, personnage vibrant de la tragédie qui se déroule sous nos yeux et qu'elle évoque avec intensité.

La phrase de Prévert " quelle connerie la guerre " paraît bien dérisoire en fonction de tout ce que nous entendons ici : cette monstrueuse atrocité n'épargnant rien ni personne.

 

En pareille circonstance, certains fuient vers d'autres cieux supposés plus cléments car en réalité s'ils parviennent à avoir la vie sauve, de multiples épreuves les attendent encore.

D'autres restent là et résistent bien que persuadés de l'issue fatale qui sera la leur.  

Nous qui confortablement installés face à notre petit écran visualisons avec plus ou moins d'émotion ces villes dévastées mais pour qui une pieuse censure évite les images horrifiques d'explosions ou décapitations, le verbe est là pour y suppléer.

Il faut absolument aller entendre ce monologue porté par cette jeune artiste que certains connaissent déjà pour l'avoir vue jouer dans le film de Xavier Durringer " Ne m'abandonne pas " et qui est accessible par internet puisque c'est ainsi que j'en ai pris connaissance.

Vous pouvez également au sortir du spectacle vous procurer le texte de la trilogie pour la modique somme de 10€, édité par L'avant-scène théâtre dans la collection des Quatre Vents.

On nous rebat constamment les oreilles avec " le devoir de mémoire " alors qu'il existe un devoir de présence ( au moins morale ) bien plus important puisque c'est la vie même d'êtres humains qui se joue dans le même temps que d'autres vivent en toute quiétude. Merci à l'auteur pour cette tentative de réveiller les esprits !

Sciemment, je ne vous en dirai pas plus mais sachez que la jeune comédienne mérite bien vos applaudissements.

Et qui sait, en cette époque de gloires éphémères, une nouvelle Rachel est peut-être née ?




Simone Alexandre

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11:07 Publié dans THEATRE | Lien permanent