Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/01/2015

Quelque part dans Paris ...

 

visuel-sauver.jpg

 

Un homme seul en scène, bras ballants, se tient face au public.

 

 

L'espace scénique reste dans la pénombre et seul son visage et son buste porteur d'une tunique sans manches d'un jaune mordoré se détachent en une partielle lumière comme ces personnages-troncs à la télé. Sa diction lente et plate, hache le texte de façon ponctuelle et inégale comme pour compartimenter ces espaces évoqués desquels il a décidé de sauver sa peau.

 

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpg

Une lettre de démission a été rédigée par lui, mettant fin au piège dans lequel il était volontairement tombé. Son métier consistait à s'occuper d'enfants et adolescents fragilisés. Il faut soi-même posséder une grande solidité mentale pour cela. 

Etat de choc après la survenue d'un drame :  son jeune frère s'est précipité à l'encontre d'un train. Ici, nul romantisme à la Tolstoï juste un geste désespéré concluant l'échec prématuré d'une vie.

Comment échapper aux conséquences, à l'espace familial, professionnel, à cette addition de situations qui gênent, empêchent le " je " de s'exprimer ?

Il est là, face à nous,  dos au mur comme un condamné face au peloton d'exécution mais n'ayant pas dit son dernier mot. 

Cet homme qui était censé prendre en charge ces enfants inadaptés nous livre ici son désarroi à l'état brut.

Nous ne sommes plus au théâtre mais en un no man's land où les pensées se bousculent. Le spectateur-buvard est devenu bon gré, mal gré, un psy' aussi passif qu'impuissant. Dans la rangée, un spectateur décrétant sans doute qu'il n'avait pas de temps à perdre s'est réfugié dans le sommeil. Il y a toujours une certaine indécence à pratiquer l'introspection face à un public venu pour se distraire. Car enfin, que cherchons nous en allant au théâtre sinon à oublier durant un temps déterminé les vicissitudes de la vie de tous les jours ? 

Maintenant le personnage est là, accroupi à scruter ces fragments de bakelite ( ? ) évoquant les éclats de vitres du train, voire un lac gelé qui a cédé sous des pas imprudents. Porter à la scène un texte fait pour être lu constitue une gageure. Certains cherchent à nous faire croire qu'il s'agit là d'un nouveau mode d'expression alors qu'ils ne sont en fait que les fossoyeurs involontaires de l'art dramatique.

Mais c'est un choix et comme ils seront seuls à en assumer les conséquences, libre à eux ! Et puis, comme le répète à l'envi la vox populi : n'en faut-il pas pour tous les goûts ? 

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

10:34 Publié dans THEATRE | Lien permanent

28/01/2015

La maison d'à côté de Sharr White

Avant-Scène.jpg

 

THEATRE DU petit ST-MARTIN

 

17, rue René Boulanger

 

75010 PARIS

 

 

(M° Strasbourg St-Denis)

 

Loc. 01 42 08 00 32

 

www.PetitStMartin.com

 

A 21h. du mardi au samedi

 

A 16h30 le samedi

 

Pl. 32€

 

Adaptation française : Gérald Sibleyras

 

Mise en scène : Philippe Adrien

 

avec Caroline Silhol, Hervé Dubourjal, Léna Bréban, Stéphane Comby

 

 

" Eliminez la cause et le mal disparaîtra. " 

Cette apparente évidence serait suivie d'effets si nous étions maîtres absolus de notre Destin.

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgJuliana (Caroline Silhol) est une scientifique reconnue, laquelle a mis au point et fait breveter une molécule susceptible de combattre certains troubles psychiques graves.

Elle parcourt le monde de conférence en conférence et les anime brillamment avec en prime, cet humour qui la caractérise. Un jour c'est l'accident, elle s'interrompt en pleine communication et depuis tout va de mal en pis ... 

Son époux est un éminent cancérologue lequel grâce à ses relations professionnelles tente de remédier à cet état de choses mais force est de reconnaître que Juliana devient de plus en plus incontrôlable !

Au moyen d'une construction de texte complètement atypique, Sharr White nous amène à découvrir les tenants et les aboutissants de cette histoire, tant il est vrai que rien n'arrive sans raison.

La pièce qualifiée de " thriller émotionnel " est de bout en bout portée par le talent tout à la fois subtil et brillant de Caroline Silhol et à l'entendre, à la voir littéralement vivre son personnage nous nous disons que personne en dehors d'elle n'aurait pu aborder un tel rôle et s'en acquitter de la sorte. C'est réellement du Grand Art, alliant évidence et simplicité : un réel exploit !

Pour lui donner la réplique, Léna Bréban sera tout à tour le médecin psychiatre à laquelle le mari va la confier, la fille disparue et l'occupante de la maison d'à côté. La comédienne fait également merveille dans la composition de ces trois personnages.

Le mari de Juliana, époux attentif, avisé et patient est joué de façon irréprochable par Hervé Dubourjal.

Enfin, Stéphane Comby sera avec discrétion mais efficacité trois intervenants consécutifs. Vous l'avez compris, le thème n'est pas facile mais au final nous ne les quittons tous qu'à regret. Pour ceux qui voudraient prolonger ce moment exceptionnel tout en l'approfondissant, le texte paru à l'Avant-Scène Théâtre est en vente à la sortie du théâtre.

 

Voilà une pièce qui fera date en cette saison 2015.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

PhotoLot Maison05.jpg

 ( photo : Lot )

 

10:25 Publié dans THEATRE | Lien permanent

24/01/2015

Les jardins de l'horreur de Daniel Call

aff.jardins-horreur.jpg

L'ATALANTE

 

10, Place Charles Dullin

 

75018 PARIS

 

 

(M° Anvers)

 

tél. 01 46 11 90

 

 

Pl.20€ - T.R. 12 & 15€

 

 

 

 

À 20h30 mercredi, vendredi, lundi

 

À 19h. jeudi, samedi

 

À 17h. le dimanche

 

représentations supplémentaires,

 

samedi 31 janvier & 7 février à 15h.

 

jusqu'au : 9 FÉVRIER 2015

 

Traduction de Françoise Delrue

 

Mise en scène : Agathe Alexis

 

avec Agathe Alexis, Bruno Boulzaguet, Samuel Churin, Teresa Ovidio

 

les2freres.jpg

 

 

À l'écoute de cette pièce, on pense immanquablement à la fameuse phrase de Gide : " famille, je vous hais ! " mais en réalité, le discours va beaucoup plus loin ...

 

J'ai cru déceler la métaphore de deux pays en guerre, de deux pays frères qui plus est. Les exemples furent nombreux de par le monde et le restent, hélas. 

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgUn couple visiblement aisé, possédant un bon niveau culturel, ( ils aiment du reste à le démontrer ) vient de s'installer en dehors de la ville afin de bénéficier d'un peu plus de calme et si possible, de liberté. 

 

La décoration de ce nouveau lieu dans lequel ils vivent fut rigoureusement choisie en direction de l'épure. Ici, rien de superflu et pour reprendre une expression quelque peu galvaudée : c'est rigoureusement zen ! 

 

Le climat le sera moins avec l'arrivée du frère de l'homme et de son épouse, lesquels vont littéralement bousculer puis envahir les lieux ce, de façon dévastatrice et absolument consternante.

 

Sigi (Bruno Boulzaguet) est un scientifique un peu distrait qui vit de toute évidence sur une autre planète. Son épouse Sonni (Agathe Alexis) est une femme de caractère mais dont l'éducation devrait (en principe) éloigner les débordements … Sa patience ne durera pas longtemps.

 

Le couple de parents et voisins correspond exactement à ce que les premiers exècrent et en plus, sont non seulement envahissants mais stupides, ignares et dirigistes. 

 

Friedo (le frère de Sigi (Samuel Churin) est le prototype même du mari qui se laisse déborder par son épouse. Brave type, mais …

 

Frieda ( truculente Teresa Ovidio ! ) est une ménagère inculte qui se pique d'intérêt pour le nazisme et dont la tête remplie de fraîche date restera à jamais mal faite.

Elle illustre parfaitement le : " moins on a de culture et plus on l'étale " 

 

Le climat deviendra rapidement paroxystique et ce, jusqu'à l'apocalypse finale.

Je ne dirai pas " âmes sensibles s'abstenir " mais plutôt restez réceptifs tout en vous blindant moralement car ce spectacle remarquablement bien joué et mis en scène de façon magistrale n'est pas anodin; il convient juste de percevoir les situations au second degré afin de les recueillir avec humour sans pour autant passer à côté du message … 

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

les2femmes.jpg

 

( photos : Pascal Gely ) 

 

4242737478.jpg

10:36 Publié dans THEATRE | Lien permanent