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04/03/2015

Comme un cri, d'après Patrice Auvray

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THEATRE LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

(M° Châtelet-Les-Halles)

 

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

 

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

 

Pl. 26€ - T.R. 10 à 22€

 

 

A 19h.30 du mardi au samedi

 

 

jusqu'au : 21 MARS 2015

 

 

Adaptation et mise en scène : Amélie Armao et Laurent Lecrest

 

avec Jean-Christophe Leroy

 

 

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Dans sa multi programmation traditionnelle, le théâtre des Déchargeurs propose jusqu’au 21 mars à 19h30 un texte formidable de dépouillement tragique : «Comme un cri », issu du texte « Souviens-toi du Joola » de Patrice Auvray publié aux éditions Globophile.

 

Dans une impeccable adaptation intelligente d’Amélie Armao, qui met également en scène avec finesse et tact, Laurent Lecrest, sur une musique très présente, nécessaire et pourtant discrète de Jean Nicolas Mathieu, nous avons sur scène un comédien assez hors du temps, hors du monde, ailleurs et néanmoins bien présent devant nous : Jean Christian Leroy.

 

Ce seul en scène n’est ni un stand up à la mode, ni un monologue à prétention psychologico thérapeutique, mais un témoignage effaré de ce que l’auteur a vécu, de l’événement auquel il a survécu : le naufrage du ferry Joola, bateau de transport de personnes au Sénégal qui fit 2000 victimes, dissimulées.

 

Car de cette catastrophe survenue le 26 septembre 2002, qui a vraiment entendu parler ? Certes, de loin en loin, la presse évoque des naufrages de ferry, en Inde, au Japon, pour dénombrer les morts, puis on passe à autre chose. Il n’y a que les bateaux de croisière qui, naufrageant, suscitent de l’intérêt, parce que tout un chacun rêvant d’exotisme peut se sentir concerné.

 

Rien de tel avec le Joola, qui assure le transport des autochtones de la Casamance vers Dakar, c’est un bateau bus pour une longue distance, et qui est surchargé, dont les cales pleines ne sont pas stabilisées, ou rien n’est arrimé qui devrait l’être, qui gîte et coule.

 

Jean Christian Leroy rend formidablement  cette impression de désespoir et d’abandon, et son discours rejoint beaucoup celui des rescapés de l’Holocauste : pourquoi ne suis-je pas mort avec les autres ? Et puisque je suis vivant, je me dois de témoigner.

 

Ce témoignage nous saisit avec la violence froide d’un procès-verbal, factuel, sans jugement de valeur, chronométré, fouaillant au plus loin dans la mémoire pour retrouver un détail, peut être inutile, peut être essentiel.

 

Face à nous, ce rescapé est modeste, humble, hésitant, craintif parfois, héroïque par moments, toujours solidaire de ses compagnons d’infortune, révolté et indigné, soumis et fataliste néanmoins.

 

C’est là que Jean Christian Leroy est grand : il nous entraîne à sa suite dans le drame, nous en ressort et nous fait partager ses interrogations avec douceur et conviction.

 

 

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 ( photos : Christophe Voegelé )

 

Grâce en plus à une opportune et véritablement utile bande son, d’admirables lumières de Francis Petit, cette heure vingt de monologue nous entraîne au bord de l’insoutenable. C’est formidable et de surcroît, c’est un spectacle utile.

 

© Frédéric Arnoux 

 

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10:43 Publié dans THEATRE | Lien permanent

02/03/2015

4.48 PSYCHOSE de Sarah Kane

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AKTEON Théâtre

 

11, rue du Général Blaise

 

75011 PARIS

 

(M° St-Ambroise)

 

Loc. 01 43 38 74 62

 

http://www.akteon.fr/

 

Pl. 18€ -T.R. 12 & 14€

 

A 2Oh. vendredi et samedi

 

jusqu'au : 21 MARS 2015

 

Mise en scène : Ulysse di Gregorio

 

Scénographie : Benjamin Gabrié

 

Costume : Salvadore Mateu Andujar

 

avec : Julie Danlébac

 

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Tel un arbre fiché en un rocher de glace, la comédienne émerge de ce carcan évoquant étrangement une robe de mariée.

Le personnage central et unique, rivé à son destin est ainsi mis en valeur mais également piégé par cette étrange scénographie tout à la fois décor et costume de scène.

Le résultat est curieux mais très esthétique.

 

Tentative d'envol d'une âme captive en " un mauvais corps, à la mauvaise époque. " 

 

Sarah Kane l'incomprise, n'avait même pas 30 ans quand lors de sa dernière hospitalisation en milieu psychiatrique, elle s'est pendue avec ses lacets de chaussures. Flagrante faute professionnelle de l'établissement en question car lorsqu'on séquestre quelqu'un ce dernier ne peut que penser à s'échapper or l'intéressée était hantée par l'évasion définitive et les soignants ne pouvaient l'ignorer. Elle se plaindra du fait qu'ici personne ne la touche, ne s'approche d'elle … comme si on craignait la contagion.

Conséquence logique, elle se réfugiera de plus en plus en elle même, où ne règne que le chaos. 

 

Le metteur en scène, Ulysse di Gregorio est adepte du dépouillement scénique, nous ne saurions lui en faire reproche puisqu'ainsi le public est amené à concentrer son attention sur l'essentiel.

 

C'est une violence sourde qui est ici exprimée au moyen d'une retenue à la limite du supportable, telle une corde tendue. Quelques rares éclats de voix, lesquels ne peuvent être qualifiés ainsi que par comparaison avec l'ensemble du monologue quasiment murmuré. C'est le constat-aveu d'une femme jeune et pourtant déjà " au bout du rouleau " Sarah Kane espérait elle en la réincarnation quand elle précise : " et demain, une voie plus équilibrée " ? Tout son être aspire à l'envol alors que les médecins la gavent de médicaments lesquels ont des effets sur son corps mais ne peuvent contrôler son esprit et ne pourront enrayer l'issue fatale.

 

 

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 ( photos : Mathieu Thoisy )

 

 

Il convient de saluer la performance de la comédienne qui a accepté de se plier à cette mise en abîme, à cette descente aux Enfers. Cafardeux s'abstenir mais curieux de la psyché humaine, ce spectacle est pour vous.

 

Simone Alexandre

 

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10:15 Publié dans THEATRE | Lien permanent

27/02/2015

Les larmes amères de Petra von Kant de R.W.Fassbinder

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THEATRE de l'OEUVRE

 

55, rue de Clichy

 

75009 PARIS

 

 

(M° Place de Clichy)

 

loc. 01 44 53 88 88

 

http://www.theatredeloeuvre.fr/

 

Pl. 17 à 42€

 

A 21h. du mardi au samedi

 

A 16h. le dimanche

 

 

d'après la traduction de Mathieu Bertholet

 

Mise en scène : Thierry de Peretti

 

 

avec : Valeria Bruni Tedeschi, Zoé Schellenberg, Kate Moran, Lolita Chammah, Sigrid Bouaziz, Marisa Borini

 

 

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Vu de mon strapontin,

 

 

- " dos mal assis n'a pas d'oreilles " disait Francisque Sarcey, 

 

a contrario, cela aurait plutôt pour effet d'aiguiser mon attention ...

 

La salle était archi-comble hier soir, quand j'ai assisté à la représentation de cette pièce bien connue, vue et revue mais dont on ne se lasse jamais. ( en principe … )

 

D'évidence, le public était attiré par la tête d'affiche qui cependant n'a pas été à la hauteur de son rôle. Faut-il l'en blâmer ? Il arrive que des interprètes se fourvoient mais il appartient alors au metteur en scène de préciser : " non, ce n'est pas pour toi " car Valeria Bruni Tedeschi n'a ni le physique requis pour incarner de façon plausible le personnage, ni les moyens d'expression.

 

Où donc est passée l'élégance de cette styliste réputée qui en quarante années d'existence a eu les moyens de se composer un décor digne d'elle ? Ici, tout est laid, on pourrait se croire dans un loft où les objets et meubles s'entassent, l'énorme frigo coudoyant canapé et piano tandis que des bouteilles jonchent les lieux comme pour rappeler la décadence d'un monde dont toutes les valeurs sont désormais englouties.

 

Ce plateau encombré au possible ne facilitant pas les déplacements, les couloirs de la salle seront fréquemment utilisés pour des entrées et sorties toutes plus bruyantes les unes que les autres. C'est un concours de cris hystériques d'une sidérante vulgarité.

 

Ne croyez pas que cela me fasse plaisir d'écrire cela, bien au contraire mais ici, il n'y a pas grand chose à sauver. Nonobstant, Zoë Schellenberg est une grande et belle Karine, Kate Moran ( Sidonie ) bénéficie d'un timbre de voix intéressant lequel fait cruellement défaut au rôle titre quant à Lolita Chammah ( Marlène ) sa présence scénique et son intelligente figuration méritent notre attention de même que Marisa Borini qui joue la mère de Petra s'applique à représenter le seul personnage censé et reposant de la pièce.

 

Mais Petra, allez-vous dire ? Car c'est bien pour elle que le public s'est déplacé. La comédienne que j'ai nommée plus haut débite son texte sans nuance, aucune et surtout - fait plus grave - nulle sensualité ne se dégage de son jeu. A croire qu'on lui a imposé un rôle qui ne l'intéresse pas alors que nous savons que c'est elle qui rêvait depuis longtemps de l'interpréter.

 

Comme notre époque cultive le mauvais goût certains y trouveront sans nul doute leur compte, permettez cependant que je ne me joigne pas à eux ; peut-être aussi parce que j'ai toujours en mémoire l'élégante prestation de Maruschka Detmers vue en 2012 à l'Athénée.

 

 

Simone Alexandre

 

 

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13:38 Publié dans THEATRE | Lien permanent