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23/03/2015

Espèces d'espaces de Georges Perec

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ARTISTIC-ATHEVAINS

 

45 bis, rue Richard Lenoir

 

75011 PARIS

 

 

(M° Voltaire)

 

 

tél. 01 43 56 38 32

 

Pl. 30€ - T.R. 15 & 20€

 

- 26 ans : 10€

 

Mercredi & Jeudi : 20€

 

( horaires variables, consulter site du théâtre )

 

http://www.artistic-athevains.com/

 

jusqu'au : 26 avril 2015

 

 

Mise en scène : Anne Marie Lazarini

 

avec : Stéphanie Lanier, Michel Ouimet, Andréa Retz-Rouyet

 

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« Espèces d’espaces » a été publié en 1974, et on peut dire que Georges Pérec avait préfiguré la vision qu’offre Google Earth du monde, allant du plus petit au plus grand, et inversement, selon ce que le spectateur voudra, comme un jeu de situations emboîtables.

Nous avons sur la scène de l’Artistic Athévains une sorte de florilège de l’œuvre entière de cet étrange écrivain, lexicomaniaque affirmé, plein d’angoisses et d’interrogations. « Usager de l’espace », mais comme nous le sommes tous, on perçoit en lui toujours la crainte de quelque chose, ou que quelque chose échappe à son entendement, ou à ses questions. On le perçoit plus inquiet et insatisfait qu’amusé, plus intrigué que rassuré, tout autant déçu des savoirs acquis que craintif de ce qui lui reste à découvrir, partout dans le monde, et par-delà, autour de l’univers.

C’est une vision qu’on pourrait qualifier d’encyclopédique que Pérec donne à partager, parce que le savoir passe par le questionnement et celui-ci ne provient que de la curiosité et de la volonté de comprendre.  

Le regard de Pérec se veut tout ensemble curieux, tendre, ironique, mélancolique, nostalgique, amusé, et Anne Marie Lazarini parvient à donner à voir ce que l’auteur écrit de ce qu’il perçoit lui-même. La prouesse n’est pas de peu d’envergure. Elle est magnifiquement servie par Dominique Bourde et François Cabana qui assurent une scénographie des images et des lumières qui donnent aux textes un relief tout particulier.

Parce qu’il n’est jamais simple, ni parfois très fondé, de mettre en scène des textes non écrits directement pour le théâtre, ce travail collectif apporte à « Espèces d’espaces » la dimension théâtrale à laquelle on ne s’attend pas de prime abord. 

Vous verrez que tout ici s’enchâsse dans une logique de loupe terriblement grossissante, avec des repères pour les uns, des lieux de perte, ou de perdition, pour d’autres.

Cette littérature expérimentale, toute issue de l’Oulipo, peut désarçonner, comme elle peut séduire. Elle n’en constitue pas moins une forme d’expression qui n’est pas dénuée de poésie, où le charme peut se trouver dans l’accumulation des verbes, ou des substantifs, comme dans l’absence de lettres de l’alphabet.

C’est en quelque sorte une écriture en recherche permanente. On pourra dire que c’est savant, mais on pourra aussi dire que cela est berçant et léger, comme une comptine.

 

 

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 ( photos : Marion Duhamel )

 

 

Au travers de ce voyage lexical de 1h30, c’est la vie de l’auteur, ses pérégrinations qui sont ici retracées, par les voix entremêlées de Stéphanie Lanier, Andréa Retz-Rouyet et Michel Ouimet, dont le patronyme n’eût pas manqué de séduire Pérec.

Il existe à Paris une rue Georges Pérec, dans le 20ème. arrondissement ;  elle est surtout faite d’escaliers et ne dessert aucune porte de maison ni d’immeuble. Hommage ou paradoxe ? Nos édiles ne doivent pas trop fréquenter les bibliothèques...

Allez voir et entendre cette curiosité théâtrale, mais attention ! : les jours et horaires sont irréguliers, aussi faut-il se rapprocher du théâtre.

Cela aurait dû plaire à Pérec.

 

 © Frédéric Arnoux

 

 

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12:44 Publié dans THEATRE | Lien permanent

18/03/2015

Perrichon voyage toujours d'après Eugène Labiche

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THEATRE LA BRUYERE

 

5, rue La Bruyère

 

75009 PARIS

 

(M° St-Georges)

 

loc. 01 48 74 76 99

 

http://www.theatrelabruyere.com/

 

Pl. 28€ - T.R. 24€

 

- 26 ans : 10€

 

du mardi au vendredi à 19h

 

samedi à 15h.

 

 

Texte de Gérald Sibleyras d'après Eugène Labiche

 

Mise en scène : Philippe Uchan

 

avec : Gilles Gaston-Dreyfus, Jean-Luc Porraz, Christiane Bopp, Arthur Fenwick, Linda Massoz, Charles Templon.

 

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Gérald Sibleyras qui est l’auteur de « Perrichon voyage toujours », en ce moment au théâtre LaBruyère, est né en 1961 ; « Le Voyage de M. Perrichon », d’Eugène Labiche date de 1860. Cette centaine d’années d’écart n’est significativement marquée que par les destinations choisies pour la villégiature. En 1860, la famille Perrichon se rendait à Chamonix, ici, on la retrouve à St. Barthélémy. Les valeurs sont néanmoins les mêmes : un parvenu assez fat tente de se pousser du col et se fait manipuler par un jeune homme peu scrupuleux et que la franchise n‘étouffe pas pour parvenir à ses fins.

Tout dans la trame de « Perrichon voyage toujours » reprend l’original, ce qui tend à démontrer la permanence des caractéristiques humaines. Certes ce n’est pas de la grande psychologie et les traits sont marqués par une recherche d’humour, parfois assez réussie.
Le monde a changé, la société a changé et nous avons affaire à un entrepreneur nécessairement enrichi et retraité face à un jeune énarque et un fils de pub, comme on dit joliment… 

Ce qui ne semble pas avoir changé et dont on peut faire reproche à l’auteur, c’est le statut des femmes, accessoires, marginalisées, domestiquées. Cette vision est désormais très fausse et à tout le moins des plus désuète et certes Perrichon est un tyranneau domestique, avec ce que cela emporte et de drôlerie et d’agacement, mais son épouse et sa fille sont très en retrait. Cela ne colle plus trop.

La transposition est néanmoins plutôt bien faite et n’était l’embrouillamini un peu hâtif de la fin, tout cela serait très réussi.

Il y a toujours une petite morale dans ce type de comédie, et celle de 2015 n’a pas varié d’un iota de celle de 1860.

On pourrait, en période préélectorale, en tirer une leçon et se dire que des actes valent mieux que des paroles, qu’il vaut mieux juger lesdits actes en lucidité et non sous l’éclairage, flatteur ou dépréciatif, que notre humeur veut bien nous fournir, qu’il convient de tenter de n’être dupe de rien ni de personne, mais si, si, si…

Dans une distribution vive et enjouée, qui fait la part belle à Gilles Gaston-Dreyfus, la prestation de Arthur Fenwick, discret et très présent, confirme les promesses de ses débuts, ce qui ne retire rien aux qualités de ses partenaires.

 

 

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( photos : LOT )

 

Belles lumières de Jacques Rouveyrollis, comme toujours, mais il fallait le signaler.

Au final, une adaptation qui est davantage une remise au goût du jour de la pièce du délicieux Labiche, qui permet, à 19 heures, d’aller commencer la soirée de façon plaisante avant de sortir pour profiter, de bonne humeur, de l’arrivée du printemps.

 

© Frédéric Arnoux

 

 

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10:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent

17/03/2015

Boesman et Léna d'Athol Fugard

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THEATRE de la TEMPETE

 

Cartoucherie de Vincennes

 

Route du Champ de Manoeuvre

 

75012 PARIS

 

(M° Château de Vincennes + navette gratuite)

 

Tél. 01 43 28 36 36

 

http://www.la-tempete.fr/

 

Pl. 20€, T.R. 15/12€

 

Le mercredi, tarif unique : 12€

 

Tous les jours sauf dimanche & lundi à 20h.30

 

Matinée le dimanche à 16h30

 

Salle : Copi 

 

Adaptation et mise en scène : Philippe Adrien

 

avec Christian Julien, Nathalie Vairac et Tadié Tuéné

 

scénographie et costumes : Erwan Creff

 

 

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Arrivée des deux personnages principaux, trainant avec eux tout leur barda, les épaules chargées, l'un et l'autre à la limite de l'épuisement. Seule la langue de Léna reste vivace ce dont Boesman se plaint car elle lui casse littéralement les oreilles mais le suit fidèlement. Ils ont une fois de plus été expulsés de l'endroit où ils s'étaient provisoirement posés. Nul besoin de remonter à l'époque de l'apartheid pour constater que ce genre de situation perdure, les Roms, nos réprouvés actuels en fournissent chaque jour, la triste illustration. 

Chaque fois que cela arrive, le couple revient en ce même endroit, désert, inconfortable au possible, situé à proximité d'un cours d'eau qui envahit ponctuellement les terres qui le jouxtent, réduisant le sol à l'état de boue. 

Léna est agaçante certes car elle ne cesse de parler, pour se plaindre bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ?

A contrario, Boesman semble avoir sinon accepté la situation mais du moins faire avec. Le bulldozer de l'homme blanc lui a rasé son dernier abri, et bien il va en construire un autre, ailleurs, fait de bric et de broc, comme chaque fois mais il faut bien reconnaître, qu'il excelle à ce genre d'exercice.

Jusqu'à ces derniers temps, un chien les suivait lequel fait cruellement défaut à Léna car lui au moins l'écoutait. Boesman lui, préfère la battre. N'est-elle pas le seul bien dont il dispose ? … et certaines possessions sont cruelles.

Un troisième personnage va faire son apparition, situé tout en bas de l'échelle des fausses valeurs que les " humains " ont créées. 

Outa s'exprime en un mystérieux dialecte et Léna va le prendre sous sa protection, ce qui déplaît à son homme, lequel ne pense qu'à s'en débarrasser. Des comparaisons vont alors naître dans l'esprit de la femme qui va brusquement rêver de libération mais je vous laisse découvrir la suite ... 

 

 

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 ( photos : Antonia Bozzi )

 

 

Christian Julien (Boesman) est particulièrement bien dans ce rôle où il se distingue par un jeu tout à la fois mesuré et puissant faisant preuve d'une présence scénique indéniable.

Cassée en deux, ployant prématurément sous le poids de tout ce qu'elle a dû endurer, Nathalie Vairac (Léna) ne ménage pas ce qui lui reste d'énergie. 

Enfin, Tadié Tuéné nous prouve ici que les petits rôles n'existent pas. Son visage mobile à l'expression prenante capte l'attention du public avant celle de Léna. Le verbe d'Atol Fugard s'exprime avec cette force habituelle témoignant une fois de plus de la présence d'un monde que certains voudraient confortablement oublier.

L'adaptation, la mise en scène et la direction d'acteurs réalisées par Philippe Adrien constituent un sans faute. Nous n'en attendions pas moins de lui. 

 

Simone Alexandre

 

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08:41 Publié dans THEATRE | Lien permanent