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21/01/2016

Andorra, autopsie d'une haine ordinaire de Max Frisch

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THEATRE 13 / SEINE

 

30, rue du Chevaleret

 

75013 PARIS

 

 

(M° Bibliothèque François Mitterrand)

 

 

loc. 01 45 88 16 30

 

http://www.theatre13.com/

 

Pl. 26€ - T.R. 17€

 

13€ le 13 de chaque mois.

 

A 20h du mardi au samedi

 

A 16h le dimanche

 

Durée 1h55 sans entracte

 

jusqu'au : 14 février 2016

 

Mise en scène : Fabian Chappuis

 

avec : Alban Aumard (le docteur) - Anne Coutureau (La Senora) - Romain Dutheil (Andri) - Stéphanie Labbé (l'aubergiste) - Hugo Malpeyre (le soldat) - Laurent d'Olce (le maître d'école) - Loïc Risser (le prêtre) - Marie-Céline Tuvache (la mère) - Elisabeth Venture (Barbeline) - Eric Wolfer (le menuisier)

 

 

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Située dans le contexte actuel, cette pièce entraîne un indéniable écho puisque c'est le problème de la différence qui se pose ici. Peu importe finalement que Andri soit juif, arabe ou homosexuel (ce qui n'est pas le cas) c'est quelqu'un qui ne ressemble pas aux autres et qui, loin d'en tirer orgueil sera complexé puis rejeté en attendant le pire …

 

L'humanité n'aspire qu'au nivellement et à la ressemblance - tout ce qui s'en écarte l'inquiète.

Il en fut toujours ainsi et hélas, ce n'est pas près de changer. Max Frisch n'aborde pas seulement ici le problème de la différence et du rejet de l'autre mais également celui du mensonge. Combien de couples infertiles ont-ils adopté d'enfant (s), se refusant à avouer la vérité et reportant l'aveu de jour en jour, d'année en année ? …

 

Ici, c'est l'inverse qui s'est produit mais les conséquences n'en seront pas moins désastreuses.

 

Un homme instituteur de son état, a eu une liaison jadis avec une femme appartenant à un pays ennemi. (beaucoup de faits similaires se sont produits durant les années 40) les problèmes liés à la naissance d'un fils ont fait que l'enfant fut élevé par le père qui - pour masquer la vérité - s'est vanté d'avoir adopté un enfant juif. Le jeune homme traîne cela comme un boulet d'autant qu'il est tombé amoureux de sa soeur théorique (du moins le croit-il) laquelle partage ce sentiment. Puisqu'il n'est qu'adopté, où est le drame ? Juste quelques difficultés administratives auxquelles visiblement il ne pense pas. Il avouera donc son amour au père et son intention d'épouser celle qu'il aime.

 

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Tout alors va basculer. Une terrible et multiple analyse de caractères nous est ici fournie allant du médecin (l'est-il réellement ?) lequel se fait appeler " professeur " et se vante (décidément) d'avoir bourlingué un peu partout avant de revenir au pays ; jusqu'au menuisier qui refuse d'apprendre le métier à ce jeune sous prétexte que son origine le destine au commerce, sans oublier le soldat brutal et fruste qui lui aussi a jeté son dévolu sur la jeune fille (Barbeline) laquelle symboliquement repeint les murs en blanc alors que certaines taches ne s'effacent jamais.

 

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(photos : Bastien Capela)

 

Ne croyez pas pour autant que la pièce soit noire car il se passe exactement les mêmes choses que dans la vraie vie, à savoir mille et un rebondissements. Le spectateur passe donc de l'inquiétude à l'humour, de la compassion à l'espoir, bref c'est une pièce belle et forte qu'il est amené à voir et entendre là par le biais d'une mise en scène tout à la fois moderne et efficace, portée par des comédiens convaincus. Au final, une paire d'heures que l'on ne voit pas passer.

 

Simone Alexandre

 

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11:02 Publié dans THEATRE | Lien permanent

18/01/2016

Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard

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THEATRE DE L'ATALANTE

 

10, Place Charles Dullin

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° Anvers)

 

 

Loc. 01 46 06 11 90

 

 

http://www.theatre-latalante.com/

 

Pl. 20€ - T.R. 12 & 15€

 

les lundi, mercredi & vendredi à 20h30

 

les jeudi et samedi à 19h

 

dimanche à 17h

 

Relâche exceptionnelle le 21 janvier

 

Représentation supplémentaire le dimanche 31 janvier à 20h30

 

jusqu'au : 1er FEVRIER 2016

 

 

Traduction : Michel Nebenzahl

 

Titre original de la pièce : Ritter, Dene, Voss

(en hommage aux trois acteurs allemands)

 

Mise en scène : Agathe Alexis

 

avec Yveline Hamon, Agathe Alexis et Hervé Van Der Meulen

 

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                    ( photos : Nathalie Hervieux )

 

Génie et folie vont souvent de pair.

 

N'était-ce pas le cas de Nietzsche ou d'Antonin Artaud, pour ne citer que ces deux-là ? …

Il est vrai que parfois les proches voient du génie où il n'y en a pas, tout simplement parce que le fait les revalorise, du moins voudraient-ils le croire. Appartenir à une riche famille créé des privilèges mais également des obligations car c'est une forme de standing à préserver.

 

Dene et Ritter sont comédiennes ou prétendent l'être quand la fantaisie les prend puisque les moyens leur en sont fournis. Donc, elles jouent petits ou grands rôles à espaces plus ou moins réguliers … Le reste du temps, elles rendent visite à leur frère Ludwig interné à Steinhof.

 

Précisément, ce dernier vient de sortir sur les instances de Dene, la soeur aînée qui voue à ce frère pour le moins spécial, une réelle idolâtrie.

 

La cadette Ritter,  se veut plus lucide et désapprouve la démarche en attendant de se faire piéger, elle aussi quand le phénomène en question sera là.

 

Le personnage masculin symbolise sans nul doute, ce que Thomas Bernhard aurait pu devenir s'il s'était - disons … laissé aller. Les violences du frère tout à la fois aimé et haï par ses soeurs qui en sont victimes ont bien des accents bernhardiens.

 

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Personne n'est épargné, ni la famille bien sûr, ni les médecins, ni les peintres, tous déclenchent ses foudres. Cet être asocial au possible utilise la philosophie qui lui permet de soliloquer tout en suscitant l'admiration de ceux qui ne comprenant pas se réfugient dans l'extase. Il les ruine pourtant mais liens du sang oblige !

 

De même que l'auteur du fait de sa lucidité s'embarrasse peu de nuances, les spectateurs quant à eux adorent ces textes ou ne peuvent les supporter car Thomas Bernhard met tout le monde en cause puisque la détestation de ce misanthrope va bien au delà du peuple allemand.

 

Les comédiens qui ont le privilège de jouer ce théâtre peuvent alors s'en donner à coeur joie car du fait de ces subtiles outrances ... il leur est permis de se surpasser.

 

Agathe Alexis, (Ritter, la soeur cadette) - Yveline Hamon (Dener, la soeur ainée) et Hervé van der Meulen, Voss, le frère autrement dit : Ludwig rivalisent de talent pour illustrer leur personnage respectif.

 

Pour le public venu en toute connaissance de cause, c'est un pur régal car la pièce est âpre, férocement drôle, ce à un stade de jubilation extrême et pour tout dire, à ne surtout pas laisser passer ! 

 

Simone Alexandre

 

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09:50 Publié dans THEATRE | Lien permanent

09/01/2016

La Valse du Hasard de Victor Haïm

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STUDIO HEBERTOT

 

78bis, boulevard des Batignolles

 

75017 PARIS

 

 

(M° Villiers / Rome)

 

 

Loc. 01 42 93 13 04

 

 

du mardi au samedi à 19h

 

le dimanche à 17h

 

Durée : 1h20

 

http://www.studiohebertot.com/

 

Mise en scène : Carl Hallak et Patrick Courtois

 

avec Marie Delaroche et Patrick Courtois

 

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 ( photos : Karl Galim)

 

 

Que se passera t-il après ? …

Question incontournable que tout le monde se pose même ceux qui prétendent le contraire.

Le malicieux Victor Haïm évoque la question  d'une façon ludique n'excluant pas la complexité …

 

Enfants, au catéchisme on nous enseignait que St-Pierre détenait la clé qui ouvrirait la porte du Paradis si nous l'avions mérité, sinon descente à la chaufferie du dernier sous-sol !

 

Ici, une sorte d'ange ( assez démoniaque ) accorde des bons points sous la forme de pions qu'il entasse les uns sur les autres tel Harpagon construisant ses mini-tours en or,  édifices instables, éphémères, que le moindre coup du sort met à bas.

 

Pour cette femme tout a basculé durant une nuit d'orage au cours de laquelle, éperdue, elle roulait haletante en direction de la catastrophe, le pied au plancher.

 

Voilà qu'elle se retrouve parmi cette hécatombe de valises, dérisoires cercueils empilés en vrac les uns sur les autres. Si on en ouvre un, que sortira-t-il ? … une marionnette, cruelle illustration de la vie humaine.

 

L'épreuve ultime est simple pourtant, il ne suffit que de se raconter, sans tricherie, sans faux-semblants et en évitant surtout l'utilisation des lieux communs ! Bizarre, on nous avait dit que Dieu savait tout, voyait tout, ce qui - théoriquement - rend la démarche superflue ?

 

Mais, si - comme l'affirmait Gainsbourg - " Dieu est un fumeur de havanes " son passeur d'âmes est un fieffé joueur ! Sans doute était-il déjà là quand Voltaire s'est présenté car désormais il pèse les mots dans des balances de toiles d'araignée.

 

Inutile de discourir sur le sexe des anges, un homme et une femme se font face et un quasi obligatoire jeu de la séduction ne tardera pas à s'installer, les menant à esquisser quelques pas de danse ensemble ... Mais attention ! au premier faux pas, les pions basculeront dans la trappe comme à l'époque de la Terreur, quand les têtes tombaient sous le couperet de la guillotine. 

 

Cet étrange dialogue est tout à la fois violent et subtil car il n'est plus question de risquer sa peau mais de jouer son âme. Quelle terrible et merveilleuse épreuve pour deux comédiens ! … ( la carrière de Fabrice Lucchini doit beaucoup à cette pièce qui l'a indéniablement révélé au public. )

 

Allez-y, car ce texte constitue un jouissif moment d'intelligence à partager ce qui, faut-il le rappeler, ne nous arrive pas tous les jours !

 

Simone Alexandre

 

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10:50 Publié dans THEATRE | Lien permanent