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21/11/2019

Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon

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LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet)

 

LOC. 01 42 36 00 50

 

Pl. 28, 20, 14 & 10€

 

https://www.lesdechargeurs.fr/

 

 

du mardi au samedi à 21h

 

Durée : 50mn

 

Adaptation et mise en scène : Christophe DELLOCQUE

et Sylvain MAURICE

 

 

Interprétation : Christophe DELLOCQUE

 

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Il y a dans le texte de Mathieu Lindon adapté par Christophe Dellocque ( qui l’interprète sur scène ) et Sylvain Maurice quelque chose de l’ordre du mantra, ou du syntagme, auquel on est ou non sensible.

 

De deux choses l’une, soit on se laisse emporter par cette sorte de rythmique, qui finit par former une manière de ligne mélodique à un propos énoncé d’une voix assez monocorde et sans beaucoup de relief, un peu à la manière de nos existences dont on se demande parfois quels en sont les points saillants, car après tout nous vivons « au jour le jour », soit on décroche plus ou moins rapidement.

 

« Je ne me souviens pas »  n’est pas le contrepoint du

« Je me souviens » de Georges Perec, et ne prétend pas à une vision globale de la société dans laquelle vit son auteur.

 

Il est l’expression de ce qui constitue au fond la personnalité de l’auteur. Et il y a une forme de coquetterie à dire qu’il ne se souvient pas, car pour amorcer cette phrase, il se souvient nécessairement d’un instant, quel qu’il soit, et où qu’il se situe, de ce qu’il évoque.

 

La prouesse, qui est aussi un pied-de-nez au spectateur, consiste à dessiner un relief à partir d’un creux, réaffirmer quelque chose de positif en partant d’un négatif, comme une photographie, un instantané.


C’est aussi complique que ne pas se souvenir de ce qu’on a fait mais de se souvenir de ce qu’on n’a pas dit.

 

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( photos : Christophe Raymond de Lage )

 

 

Evidemment l’auteur nous contraint à lui donner raison sur bien des points, car qui se souvient de son premier cri, de la première fois qu’il a vu ou entendu la pluie, au fond qui se souvient de ses premières fois ?

 

Qui est suffisamment hypermnésique pour garder la mémoire de tout ? Il faut se réjouir de n’être pas programmés pour garder trace et souvenir de tout, - à l’inverse de nos modernes ( pour combien de temps

encore ? ) ordinateurs et la mémoire est oublieuse

( propos lu il y a longtemps chez Yves Navarre… mais qui se souvient de ce Goncourt oublié de 1980, qui affirmait aussi que « l’oubli est parfois aussi important que la mémoire »).

 

Un début de texte évoquant le vase de Soissons, à propos duquel l’historien peut apporter des réponses aux questions que se pose l’auteur, jusqu’au plus intime du personnage, cette revue des défaillances et des menus abandons,- le corps vieillissant n’est-il pas le champ propre de ces abandons minuscules, successifs, imperceptibles, ces relâchement qui nous éloignent de nous- même ou de l’idée que nous nous en faisons, et nous rapprochent de l’inéluctable échéance ?

 

C'est un miroir tendu face au spectateur, qui pourrait reprendre à son compte la phrase de Cocteau pré-mourant : « Il est juste qu’on m’envisage après m’avoir dévisagé ».

 

Ce texte bref, 50 minutes, n’est ni triste, ni nostalgique, ni amusant au fond et ne vise pas à faire se lamenter les uns et les autres sur ce que nous avons été et ce que nous sommes devenus ; il amène, tranquillement à faire prendre conscience que nous avançons, sensibles aux autres parfois, indifférents parfois aux situations et que nous sommes constitués de cette somme de petits faits plus ou moins marquants ou mémorables, et plus ou moins retenus.

 

C’est moins un auto-portrait qu’une invitation à se remettre sinon en cause au moins en question., quitte à ne pas trouver de réponse.

 

C’est pour 10 jours encore, à 21 heures, au Théâtre des Déchargeurs.

 


© Frédéric ARNOUX

 

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14:12 Publié dans THEATRE | Lien permanent

19/11/2019

Une des dernières soirée de carnaval de Carlo GOLDONi

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Théâtre des Bouffes du Nord

 

37 bis, boulevard de la Chapelle

 

75O1O PARIS

 

 

 

( M° La Chapelle )

 

LOC. 01 46 07 34 50

 

Pl. de 18 à 32€ ( Abonnés de 14 à 25€)

T.R. de 14 à 28€ ( Abonnés de 11 à 22€)

 

http://www.bouffesdunord.com/

 

du mardi au samedi à 20h30

Matinées samedi à 15h30

Dimanche 24 novembre à 16h

 

 

Texte français de Myriam TANANT

et Jean-Claude PENCHENAT

 

(Acte-Sud-Papiers)

 

 

Mise en scène : Clément HERVIEU-LEGER

 

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avec : Alba : Aymeline ALIX - Cosmo : Erwin AROS  Anzoletto : Louis BERTHELEMY 

Marta : Clémence BOUE  Lazaro : Jean-Noël BROUTE 

Polonia : Adeline CHAGNEAU 

Madame Gatteau : Marie DRUC 

Elenetta : Charlotte DUMARTHERAY 

Baldissera : M'hamed EL MENJRA 

Momolo : Stéphane FACCO - Domenica : Juliette LEGER  Agustin : Jeremy LEWIN - Tognina : Clémence PRIOUX  Bastian : Guillaume RAVOIRE 

Zamaria : Daniel SAN PEDRO

 

 

 

Voulant rénover l'art dramatique en rompant avec la tradition de la commedia dell'arte, Carlo Goldoni se fit bon nombre d'ennemis à commencer par Carlo Gozzi, le plus virulent d'entre eux lequel le haïssait pour avoir

" représenté des aristocrates ridicules et des bourgeois, voire des prolétaires vertueux et actifs."

( Michel Corbin dixit )

 

Or, si Goldoni était excellent observateur et nourrissait ses pièces de vérités finement ciselées, Gozzi quant à lui accumulait l'irréel, la fable, les masques bien évidemment et les bouffonneries.

 

En dépit d'outrances et de textes bâclés, ce dernier fit illusion lors du Carnaval de Venise en prenant visiblement le contrepied de la réforme prônée par Goldoni.

L'auteur offensé - déjà victime de pamphlets - décida de quitter sa pourtant chère Venise pour s'exiler à Paris.

 

Pensionné par le Roi, il fut professeur d'italien à la Cour et écrivit ses pièces dans la langue de Molière pour la Comédie Française ce, jusqu'à la Révolution.

 

De la comédie improvisée, il conserva l'élan alerte par le biais de vifs dialogues où son talent de peintre et de fin observateur ( bis repetita … ) faisaient merveille.

Cette pièce " Une des dernières soirées de Carnaval " constitue ses adieux à son pays d'origine.

 

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Ses sentiments sont ceux d'Anzoletto, le jeune dessinateur qui s'apprête à partir pour Moscou, non sans quelques regrets et par le biais de cette allégorie où l'action se situe dans le monde des tisserands, il met en scène des figures de couples qu'il avait sans nul doute rencontrés dans la vie.

 

Zamaria est tout à la fois le patron respecté de tous mais également le père veuf et aimant de son unique fille : Domenica. Celle ci s'est secrètement amourachée d'Anzoletto et il semble bien que leurs sentiments soient réciproques.

 

Les couples invités vont faire leur apparition successive,

 

- Elenetta à l'incroyable chevelure et son époux Agustin, filleuls du maître de maison, l'un et l'autre ne cessant de se chamailler, ayant trouvé dans l'irraisonnable jalousie le moyen de nourrir un amour pour le moins possessif !

 

- Bastian ( marchand de soie ) et son épouse Marta dont on devine l'aisance pécuniaire ne tarderont pas à suivre puis Momolo le calandreur personnage fantaisiste au possible mais qui finira par tomber dans les filets d'or de Polonia, celle par qui Domenica apprendra la vérité.

 

N'oublions pas Lazaro mari résolument paternel vis à vis de son épouse Alba, hypocondriaque et capricieuse, véritable trouble-fête et enfin, Madame Gatteau " brodeuse française " tombée amoureuse d' Anzoletto en dépit de la différence d'âge mais qui finalement se consolera très vite ...

 

Et les apprentis de Zamaria : Cosimo lequel chante à ravir et Baldissera accompagneront ponctuellement l'action après l'avoir en quelque sorte introduite en compagnie du Patron.

 

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( photos : Brigitte ENGUERAND )

 

 

Programme des réjouissances : partie de cartes pour le moins animée, dîner au cours duquel les situations elles aussi prendront place et enfin, bal pour couronner la soirée qui pour nous, spectateurs fut un enchantement.

 

Vous avez encore jusqu'au 29 novembre pour voir cette pièce : courez y car c'est un régal pour l'esprit, l'oreille et les yeux.

 


Simone ALEXANDRE

 

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11:27 Publié dans THEATRE | Lien permanent

14/11/2019

Louise au parapluie d'Emmanuel ROBERT-ESPALIEU

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Théâtre du GYMNASE

MARIE BELL

 

38, boulevard de Bonne Nouvelle

 

75010 PARIS

 

 

 

( M° Bonne Nouvelle )

 

LOC. 01 42 46 79 79

 

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mardi et mercredi à 20h

jeudi, vendredi, samedi à 21h30

dimanche à 15h30

 

Texte et mise en scène : Emmanuel ROBERT-ESPALIEU

 

avec : Myriam BOYER, Prune LICHTLE et Guillaume VIRY

 

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( photo : Yacine Fort Starface )

 

 

Nous sommes en automne, et nous n’apprendrons rien à personne si nous affirmons qu’il pleut souvent.

C’est une raison de plus pour aller utilement s’abriter au théâtre et tout particulièrement pour aller applaudir une pièce charmante, intitulée « Louise au parapluie » dans un texte et une mise en scène de Robert Espalieu, dans la petite, et très jolie, salle du Théâtre du Gymnase-Marie Bell.

 

Entièrement porté par la toujours émouvante Myriam Boyer, cette pièce à trois personnages raconte l’histoire de l’engagement soudain d’une ouvrière dans la vie de sa petite commune.

 

Bien entendu, elle ignore tout des règles d’un jeu dont on peut douter de la parfaite santé, mais en dépit de l’opposition de son fils blogueur ( Guillaume Viry, sympathique en diable ), qui craint surtout qu’on se moque de sa mère et avec les encouragements de ses copines d’atelier, représentées par la délicieuse Jacqueline

( Prune Lichtlé, épatante ), Louise s’engage et se mue en une nouvelle femme, sortant de sa cuisine, très vintage, pour entrer de plain-pied dans son époque.

 

Il y a dans cette pièce une humanité et une bonté qu’on ne croise que rarement sur les scènes, plus enclines à dénoncer bruyamment, à gémir et se plaindre sur la dureté des temps.

 

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 ( photo : Jeremy Mathur )

 

 

Louise, d’un coup, et parce que son fils, ancien sportif, se recycle dans l’image internet, en ayant créé un blog sur lequel ses « followers » peuvent s’enthousiasmer de ses apparitions tarifées - en tout bien tout honneur - a l’idée que la bataille électorale est peut être aussi faite pour elle. Et elle s’engage, pour tenter d’améliorer la vie de ses concitoyens, bien qu’elle dise ne pas aimer le mot, qui évoque néanmoins la vie en commun.

 

On ne peut pas ne pas penser à la chanson de Brassens « un p’tit coin d’parapluie, contre un coin d’paradis, elle avait quelque chose d’un ange », tant Myriam Boyer donne à sa Louise (« l’amour qui tenait Louise, c’est le Bon Dieu qui le donnait »- chanson superbe du regretté Gérard Berliner) un éclat particulier. Naturellement elle croisera des moments de doute, des instants de dépression mais tout rentrera dans l’ordre et son engagement ne sera pas vain.

 

Le sous -titre de cette jolie pièce pourrait tenir dans la citation de Guillaume d’Orange Nassau: « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». C’est une sorte de portrait de notre société, avec ses maux modernes – l’individualisme, le monde 2.0, la modernité apparente, et la vie courante, faite de relations directes plus ou moins franches, plus ou moins aimables, couronnée de succès relatifs et de défaites minuscules.

 

De dadame tranquille un peu mémère, Louise ( qui n’est toutefois pas Louise Michel ! ) devient une femme avec laquelle il faut compter, au-delà de son cercle familial.

 

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( photo : Jeremy Mathur )

 


Cette prise de conscience, cette empathie, ce sens du collectif nous sont éminemment aimables ! Un peu comme dans une chanson oubliée d’Edith Piaf ( Marie trottoir ) Louise pense à tout « même à nous mettre à l’abri ». Et c’est ce qui la rend si belle, si attachante, qui lui donne sa force et son entrain, qui viendra à bout de la gêne de son fils, qui décidera de mettre ce qu’il sait faire au service de sa mère e t de ses projets.

 

C’est un joli texte vraiment, plein d’humour, plein de lucidité sur nous- mêmes, et nous rions de nos défauts, lucides que nous sommes devenus soudain , grâce à des personnages si tendres, si unis, si aimants qui nous sont donnés à applaudir.

 

C’est à un moment gracieux auquel vous êtes conviés en allant découvrir « Louise au parapluie », une des jolies surprises de cette fin d’année, et pour tout dire, de la saison. Avec une mention particulière pour Myriam Boyer, son lumineux sourire, toujours magnifique, quoi qu’elle joue.

 


© Frédéric ARNOUX

 

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12:55 Publié dans THEATRE | Lien permanent