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22/01/2018

Michel-Ange et les fesses de Dieu de Jean-Philippe Noël

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THEATRE 14

 

20, avenue Marc Sangnier

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Porte de Vanves)

 

LOC. 01 45 45 49 77

 

Pl. 25€ - T.R. 18€

- 26 ans, ET.CH : 11€

 

http://theatre14.fr/

 

Lundi à 19h

mardi, mercr. jeudi & vendredi à 20h45

matinée le samedi à 16h

 

jusqu'au : 24 FEVRIER 2018

 

Mise en scène : Jean-Paul BORDES

assisté de Dominique SCHEER

 

avec,

François SIENER : Jules II, 

Jean-Paul BORDES : Michel-Ange,

Jean-Paul COMART : Mattéo,

César DABONNEVILLE : Le modèle.

 

 

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Existe t-il une hiérarchie entre peintres et sculpteurs ? … C'est bien possible. En tout cas, Michel-Ange plaçait la sculpture au dessus de tout et quand Jules II lui proposa de repeindre le plafond de la chapelle Sixtine, seule la promesse de 3000 ducats réussit à le convaincre de se livrer à cet exercice aussi périlleux que titanesque puisqu'il s'agissait de réaliser une fresque de plus de 800 m2, située à 20 mètres du sol. Mieux valait ne pas avoir le vertige d'autant que l'artiste s'obstina à travailler seul.

Curieux personnage que ce pape plus condottiere que représentant du Christ sur terre, soucieux de marquer l'Histoire en accroissant l'étendue de ses Etats pontificaux.
Grand mécène, protecteur des Arts car il savait que seuls ceux-ci perdurent, survivant aux hommes …

Ces deux titans ont leur franc-parler et le choc des deux personnalités sera souvent houleux mais il est permis de supposer qu'une amitié au delà des mots s'était installée entre les deux hommes, ce qui n'allait pas sans heurts, bien entendu et ce, en dépit du pouvoir de Jules II, chacun étant souverain en son domaine.

L'idée d'écrire cette pièce est venue à Jean-Philippe Noël consécutivement à une écriture radiophonique traitant du même sujet lequel méritait une extension scénique.
Nous ne verrons pas hélas la représentation du plafond de la chapelle Sixtine qui peut-être aurait justifié l'utilisation d'une vidéo par le biais de la mise en scène mais Jean-Paul Bordes a sans nul doute trouvé cette démarche par trop facile ?

D'autant que ce qui nous est narré ici, ce sont les préparatifs, la mise en oeuvre, laquelle a demandé 4 longues années afin que nous puissions admirer l'un des plus grands chefs-d'oeuvre artistiques existant en Occident.

 

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( photos : LOT )



La pièce est truculente comme l'était cette époque tumultueuse durant laquelle Louis XI affronta l'archiduc Maximilien d'Autriche, empereur germanique alors que de son côté Jules II n'avait qu'une obsession : chasser les français d'Italie.

Ce pape qui faisait peu de cas de la continence, eut 3 filles et contracta même la syphilis ! ... Il est vrai que celui qui l'avait précédé était un Borgia : Alexandre VI et s'était déjà illustré par ses moeurs dissolues.

Michel Ange ( qui n'en était certes pas un ) nous apparaît avant tout comme un forçat de l'Art dont toute la vie - par les oeuvres qu'il nous a laissées - est illustratrice de son incontestable génie.

Ironie du sort qui amusera sans doute les passionnés d'Histoire, Jules II avait chargé Michel-Ange de dessiner et sculpter son tombeau dont le célèbre Moïse devait faire partie mais le mausolée est resté inachevé et le corps de ce pape repose sous une simple dalle située dans la basilique St-Pierre, à côté de son oncle, Sixte IV.

Or, une impressionnante copie de ce même Moïse se trouve au cimetière Montmartre sur la tombe de Daniel Iffla Osiris, financier et mécène ( 1825-1907 ) qui non sans humour s'est offert ce luxe papal !

Vous avez jusqu'au 24 février pour aller voir la pièce au Théâtre 14 mais il n'est certes pas nécessaire d'attendre plus longtemps.




Simone Alexandre

 

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14:06 Publié dans THEATRE | Lien permanent

19/01/2018

Un jour en octobre ( Oktobertag ) de Georg KAISER

 

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THEATRE DE L'ATALANTE

 

10, Place Charles Dullin

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° Anvers)

 

 

LOC. 01 46 06 11 90

 

 

 http://www.theatre-latalante.com/

 

Pl. 20€

 

T.R. 8/12/15€

 

20h30 : lundi et vendredi,

 

19h : mardi, jeudi, samedi

 

17h le dimanche

 

jusqu'au : 13 FEVRIER 2018

 

Mise en scène : Agathe ALEXIS

 

avec : Jaime AZULAY ( l'Abbé Jattefaux ) - Hervé VAN DER MEULEN  ( Mr Coste ) - Bruno BOULZAGUET ( Lieutenant Marrien ) - Ariane HEUZE ( Catherine Coste ) - Benoît DALLONGEVILLE ( Le boucher Leguerche )

 

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( photos : Laurencine LOT )

 

 

Cette pièce fut écrite au début du vingtième siècle, c'est à dire avant la montée du national socialisme qui contraindra Georg Kaiser à l'exil. Les sentiments exprimés sont ceux de l'ancien monde où les valeurs morales primaient encore.

L'oncle Coste est le digne représentant d'une grande famille bourgeoise et à la suite d'événements qui ne seront pas évoqués est devenu le tuteur de Catherine dont il a confié l'éducation à l'abbé Jattefaux assisté de la soeur de ce dernier, lesquels veillent l'un et l'autre sur la bonne conduite de la jeune fille, ce qui ne l'a pas empêchée de tomber enceinte.

Imaginez le désarroi et l'indignation de Mr Coste !

A l'époque l'état de " fille-mère " était considéré comme une infamie et il convenait d'étouffer le scandale par un mariage précipité.

 

Le prêtre en porte-à-faux peine à expliquer ce qui a pu se produire, tandis que l'oncle est bien décidé à tirer toute cette affaire au clair.

Lors de l'accouchement, Catherine n'a t'elle pas prononcé un nom ? … Il s'agit d'un lieutenant qui va être convoqué de façon bien plus que pressante or il se trouve que l'homme en question nie avec obstination les faits.

La situation va se compliquer encore plus quand le garçon-boucher, fiancé de l'ancienne femme de chambre fera son apparition : le crapuleux se joindra alors au sordide.

Faisant preuve d'une technique d'écriture théâtrale dont beaucoup d'auteurs actuels devraient s'inspirer, Georg Kaiser met ses personnages sous pression, alliant suspens et rebondissements imprévus.

Ses analyses psychologiques évolutives au possible sont sans failles.

Le décor est sobre mais esthétique et la mise en scène d'Agathe Alexis intelligemment percutante.

Même si les situations bien plus que les sentiments sont d'un autre temps, le tout demeure sujet à réflexion concernant le peu d'emprise qu'une éducation la plus rigoureuse possible peut avoir sur un esprit libre, indépendant et excessivement romantique.
 
Depuis toujours, l'univers se compose d'êtres qui aiment et d'autres qui se laissent aimer or la force de persuasion d'une passion quoiqu'au départ non partagée, est grande !

L'auteur qui eut indéniablement son heure de gloire, n'écrivit pas moins de 74 pièces - dont une trilogie antique et versifiée - la plupart furent jouées en Allemagne avant 1933.
 
Georg Kaiser avait vécu un temps en Amérique du Sud, où il exerça une activité commerciale, c'est à cette époque qu'il lût assidûment Schopenhauer, Dostoïevski et Nietzsche, ( sans doute à l'origine de sa vocation ) avant de revenir en Europe et s'installer à Magdebourg. C'est là qu'il commencera à se consacrer entièrement à l'écriture.


Quand la tourmente nazie s'abattit sur l'Allemagne, il choisit alors de se réfugier en Suisse, où il restera jusqu'à la fin ses jours.

Voilà incontestablement un auteur qu'il fallait redécouvrir.




Simone Alexandre

 

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10:01 Publié dans THEATRE | Lien permanent

18/01/2018

Louis Ferdinand CELINE : derniers entretiens *

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LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet-les-Halles)

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Pl. 26€

 

T.R. de 10 à 22€

 

(uniquement sur le site internet du théâtre)

 

Chaque mardi et mercredi à 21h15

 

Durée : 1h25

 

mise en scène : Géraud BENECH

 

avec Stanislas de la TOUSCHE

 

 * d'après Cahiers II, Céline et l'actualité littéraire 1957 - 1961 ( Editions Gallimard )

 

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( photo : Gabriel de Vienne / ADAGP )

 

 

 

Dans une mise en scène très statique de Géraud Benesh, Stanislas de la Tousche reprend son incarnation de Céline dans « Derniers entretiens » au théâtre des Déchargeurs.

Le célinien n’apprendra ni ne découvrira rien, et les propos tenus sont ceux de Louis Ferdinand dans ce qu’ils peuvent avoir de volontairement excessifs, de faussement provocateurs, laissant voir un Céline au bord du tombeau désespérant de la nature humaine non moins que de lui-même, avec toutefois au fond du coeur une lueur d’admiration pour le personnage qu’il avait créé.

Car tout au long de sa vie, Céline n’aura fait que composer des personnages. Il a beau se revendiquer styliste ( de la langue) il est aussi scénariste et comédien, et il a raté pas mal de ses missions auto-assignées.

Le médecin vaguement dandy des années 30 a succédé au soldat Bardamu blessé en 1914, dandy qui a précédé l’auteur choyé et partout célébré devenu pamphlétaire avant d’être le perdant total, errant de châteaux en châteaux avant d’échouer avec la bande d’ectoplasmes de tout crin de Sigmaringen, puis de fuir au Danemark, d’y être rattrapé, condamné à l’indignité nationale avec la moitié de ses biens confisqués.

 

Voilà de quoi développer dans ce personnage complexe et désireux d’être admiré et plaint de quoi alimenter son fonds de commerce ! Le paraître semble être chez lui une seconde nature.

Le Céline que nous donne à voir, avec talent et fidélité Stanislas de la Tousche est le médecin des pauvres de Meudon, autre incarnation, qui semble ainsi vouloir s’acheter, modestement, une conduite.


N’oublions pas le truqueur absolu qu’il est, et lisons ses propos en marge des entretiens qu’il accorde : « Il y a l’‘Express qui est passé par Meudon. J’avais pavoisé la gare de toute ma dégueulasserie pour le recevoir. Il a dû être content. Vont pouvoir édifier leurs lecteurs et avec bonne conscience. Je me suis roulé dans ma fange de gros cochon. Puis Match…Je suis devenu le fait divers à la mode.  Cela fera peut-être vendre D’un château l’autre… ».

Il s’est composé un personnage à la Paul Léautaud, écrivain atrabilaire et misanthrope, exposant sa décrépitude à la vue des autres pour leur donner un sentiment de culpabilité.

 

Céline, à la mort de Léautaud, endosse physiquement le personnage  du « pauvre qui pue » et tente d’opposer l’allure de la victime à son tour, non sans avoir pris soin d’éluder ou minimiser ses écrits polémiques dont Lucette Almanzor, sa femme, toujours vivante, interdit depuis toujours la ré-édition  en reconnaissant leur « pouvoir maléfique ». Pour elle, ces textes ont existé « dans un certain contexte historique, à une époque particulière ».

Il est vrai qu’au même moment, Marcel Jouhandeau, catholique jusqu’au mysticisme enivré, Paul Morand, jouisseur invétéré, Jean Giraudoux, délicat jusqu’au maniérisme ( citons-le cet auteur –oublié- qui semble passer au travers des mailles du filet, sa réponse au moins à la question Pourquoi écrivez-vous ? » Parce que je ne suis ni nègre ni juif. » … Retirons l’échelle !, d’autres encore ( Montherlant…), moins francs du collier, ou plus habiles, tous ces auteurs célèbres encore suivaient la même pente prétendument littéraire.
Ceci n’est pas exonératoire de responsabilité, mais, à mots couverts, Céline les a dénoncés, ces faux-culs , en estimant payer lourdement la facture pour tous.

Dans son personnage final qui n’est pas sans évoquer le Jean Gabin d’Archimède le clochard, Céline lance ses derniers feux. Il dénonce les modes, la nouvelle vague, les nouveaux auteurs dont il estime être copié, voire plagié. Parce que suivant sa formule il met « sa peau sur la table » et travaille à en crever, il attend un retour en posant pour la postérité. Nul doute que dans cette attitude, c’est une forme de réhabilitation citoyenne par la gloire reconnue qu’il cherche, et il suffit pour s’en convaincre de lire ses écrits à la NRF entre 1931 et 1961, date de sa mort par rupture d’anévrisme.

Il caresse et voue aux gémonies, alternativement, son éditeur, ne cessant de lui réclamer la publication de ses oeuvres dans la seule collection reconnue comme un mausolée pour les écrivains : La Pléiade. Il le souhaite de son vivant, ce qui est un privilège très rare. Il ne l’obtiendra pas, mais sa veuve sera témoin de cette publication dans cette édition prestigieuse qui constitue, il faut le dire, un merveilleux monument à l’immense auteur, difficile, souvent peu sympathique, comédien et hâbleur que fut Céline.

Hâtez-vous d’aller applaudir le formidable Stanislas de la Tousche au théâtre des Déchargeurs.
Vous y rencontrerez Céline réincarné.

C’est un choc.




© Frédéric Arnoux

 

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13:47 Publié dans THEATRE | Lien permanent