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03/02/2017

Piège mortel d'Ira Levin

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THEATRE LA BRUYERE

 

5, rue La Bruyère

 

75009 PARIS

 

 

 

 

(M° St-Georges)

 

 

loc. 01 48 74 76 99

 

 

http://www.theatrelabruyere.com/

 

Pl. de 10 à 38€

 

tous les jours sauf dimanche à lundi à 21h

 

matinée le samedi à 15h30

 

 

Mise en scène : Eric Metayer

 

avec : Nicolas Briançon - Cyril Garnier - Virginie Lemoine - Marie Vincent - Damien Gajda

 

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Rien n’est difficile comme de parler d’une pièce sans en rien dire à la manière de ces punitions infligées aux écoliers « Décrivez sur 4 pages une boule de billard sans parler de sa forme ni de sa couleur » .

 

Il en est ainsi de l’excellente pièce policière que présente actuellement le Théâtre La Bruyère, « Piège mortel » de Ira Levin,  adaptée par Gérald Sibleyras et mise en scène par Eric Métayer. Ces noms seraient déjà, à eux seuls, une garantie de qualité.

 

Pour les plus oublieux, Ira Levin est l’auteur notamment de « Rosemary’s baby » et de « Ces garçons qui venaient du Brésil ». C’est  dire combien suspense et surprises constituent son ordinaire.

 

Non sans humour, dans un clin d’œil, l’un des personnages, auteur à anciens succès, évoque « Le limier » et cette pièce n’est pas sans y faire songer, de même que le thème évoque « Le lit à colonnes » de Louise de Vilmorin ou, plus près de nous, le film de Bernard Rapp « Tiré à part ».

 

Il serait de mauvais aloi de raconter quoi que ce soit de cette mécanique qui nous prend dès le lever de rideau, tout virtuel puisque c’est un jeu de noirs,  pour ne nous lâcher qu’à l’extinction de la dernière poursuite.

 

De rebonds en rebondissements, tant de l’action que de ce que nous croyons comprendre du caractère des personnages, le spectateur est saisi, tantôt par l’attente de la suite, tantôt par le rire, car l’inquiétude n’exclue pas l’amusement, et  certaines situations, comme certaines remarques ne sont pas sans susciter notre joie.

 

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( photos : LOT )

 

Comme toujours, Nicolas Briançon paie de sa personne et entraine tout le monde à sa suite, nerveuse, vibrionnante; il est une sorte de ludion qui monte et descend sans fin, face à une Virginie Lemoine fausse godiche tout en retenue et en perversité.

 

La drôlissime Marie Vincent  trouve dans son personnage une dingue à sa mesure, tout en excès et en accent, en mimiques, en poses de star du muet qui confèrent à son personnage une dimension toute particulière, et dont la présence vient parfois alléger un climat volontairement pesant.

 

Ajoutons à cette distribution Cyril Garnier, sans reproche et un discret Damien Gadja, dans un rôle de complément.

 

La pièce policière est un genre un peu à part qui naturellement souffre de son pendant cinématographique, qui bénéficie de davantage de moyens. La littérature policière se maintient à un étiage important et nombre d’auteurs remportent des succès non négligeables et souvent mérités.

La pièce policière, pour autant qu’elle soit écrite avec rigueur, qu’elle trouve son metteur en scène et ses comédiens peut être un véritable bonheur de spectacle.

 

Ce « Piège mortel » qui, au-delà de l’intrigue policière, donne à voir un auteur au travail, nous met face au process de la création littéraire, ses affres, ses hésitations, ses renoncements, ses espoirs déçus et ses ratages transformés est une totale réussite de théâtre.

 

Si on peut croire que certains personnages sont manipulés, on peut être certain que le public ne l’est pas moins. Mais c’est pour son bien, comme on dit aux enfants, pour l’emmener vers la résolution d’une intrigue extrêmement construite, compliquée avec bonheur, dans un climat de franche dérision.

 

Parce que le théâtre c’est aussi cela, de la distraction pure, et pas exclusivement la tragédie, la comédie, le monologue, le texte seul etc, ; la pièce policière se doit d’être reconnue chaque fois qu’elle le mérite.

« Piège mortel » est de celles-là : un texte solide, une production de choix et des interprètes à leur meilleur.

 

C’est au théâtre La Bruyère, loin du boulevard du crime, mais on n’en manque pas cependant. Qui veut passer une soirée réjouissante du malheur des autres se doit d’y aller. Ne boudons pas notre plaisir.

 

 

Frédéric Arnoux ©

 

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13:35 Publié dans THEATRE | Lien permanent

31/01/2017

Le Bal d'Irène Némirovsky


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THEATRE RIVE GAUCHE

 

6, Rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Edgar Quinet)

 

loc. 01 43 35 32 31

 

 

Pl. de 21 à 33€

 

 

http://www.theatre-rive-gauche.com/

 

Tous les jours à 19h

 

sauf dimanche et lundi.

 

 

Mise en scène : Virginie LEMOINE, Marie CHEVALOT

 

 

avec : Lucie BARRET - Brigitte FAURE - Serge NOEL  Françoise MIQUELIS - Pascal VANNSON

 

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Il y a de multiples questions posées dans le texte rapide écrit par Irène Némirovsky en 1928, « Le Bal », finement adapté au théâtre par Virginie Lemoine qui en assure, avec Marie Chevalot une mise en scène non moins énergique qu’amusante.


C’est l’un des paradoxes de ce Bal que de nous présenter une vision un peu détachée, qui provoque souvent le rire, alors que le texte d’origine, nouvelle d’une cinquantaine de pages, laisse une impression de plus grande noirceur, et de désarroi par instants.


L’histoire est assez simple qui raconte le désir d’une femme nouvellement et même très nouvellement enrichie de donner un grand bal pour, d’une certaine manière, célébrer son entrée dans ce qu’elle imagine être le monde.

 

Sa fille de quatorze ans rêve d’y participer ne fût-ce qu’un moment, ce qui lui est refusé. Elle en ressentira un profond dépit qui l’amènera à humilier ses parents.


Le portait qui est ici donné de cette petite famille profondément ancrée dans des mœurs très « petits bourgeois » et qui aspire à davantage sans en avoir, comme on dit désormais, les codes est à la fois drôle et dérangeant.

 

Parce qu’il n’est jamais plaisant de voir se ridiculiser les uns ou les autres, nous assistons, non sans une certaine gêne, au triste spectacle de la médiocrité des parents, d’’où émerge le portait d’une mère folcochienne, éprise de grandeur et du goût de paraître sans en avoir les moyens.

 

Certes pour reprendre la célèbre formule de Charles de Gaulle, dans un autre domaine « Visez haut, c’est moins encombré ! », encore faut-il savoir jusqu’où peut porter le regard.


On a le sentiment d’une société encore très balzacienne, de ces gens qui aspirent à monter, mais qui ne savent comment s’y prendre et qui confondent Notre Dame de Lorette et Saint Philippe du Roule.

 

On est aussi encore chez Zola et dans la construction d’une fortune, ou chez Flaubert tant les parents évoquent, d’une certaine manière, Bouvard et Pécuchet parlant d’éducation, et en cela, Irène Némirovsky s’inscrit magnifiquement dans la tradition des lettres françaises.

 

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C’est la question du rapport parents-enfants qui est également soulevée, un père assez falot qui n’est, au fond, qu’un pourvoyeur de bien être, une mère tyrannique, folle d’elle-même, épouse par intérêt, brûlant d’être une amoureuse avant que ne s’éteignent les feux de ses derniers éclats, que seuls pourront remplacer ceux des bijoux dont elle se charge sans pouvoir s’en parer.


C’est le sort de cette jeune fille terriblement seule et perdue dans un monde adulte ressenti comme étant un adversaire permanent, et qui exprime un fort désir de vivre, d’aimer, de l’être en retour, la crainte de devenir pareille à sa mère qui est ici mis en scène de belle et efficace façon.


Ce n’est pas la première fois que la scène produit de ces monstres, la mère, qui enveloppe son enfant d’un amour excessif parfois, comme dans « Les Parents terribles », qui meurt en folie pure de l’absence d’enfant comme la Martha de « Qui a peur de Virginia Woolf » ou, telle la Madame Lepic de Jules Renard humilie sans fin son fils François, mais cette Madame Kampf est différente de ses consoeurs en inhumanité : sa prétention la guide et l’étouffe.


Il serait présomptueux de vouloir ici faire l’éloge, qui n’est plus à faire, de l’auteur, mais il faut rappeler que Irène Némirovsky se situe à un double carrefour celui de trois cultures qu’elle tresse magnifiquement : russe, juive et française., et celui de trois époques, les années Folles, la guerre et l’après-guerre, qu’elle ne connaîtra jamais.

 

Et cela fait que son oeuvre est terriblement humaine, sensible, et riche d’interrogation, plus riche encore de leçons pour le présent.  La force de l’écrivain est de percevoir avant les autres le sens dans lequel ira l’histoire. L’ascension brutale de ses parents annonce leur chute.


Le personnage d’Antoinette, la fille au prénom de reine sacrifiée, mais aussi de servante chez Molière est la seule lueur d’espoir dans un monde finissant, qui renaîtra, différent, plus fort de l’expérience acquise.


C’est un très beau et intelligent spectacle qui se donne actuellement  au Théâtre Rive Gauche, dans une distribution impeccable. Vous aurez certainement compris que ne pas y aller serait se priver d’un bien grand plaisir.




Frédéric Arnoux ©

 

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10:46 Publié dans THEATRE | Lien permanent

29/01/2017

BANQUE CENTRALE de et par Franck CHEVALLAY

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Théâtre LES DECHARGEURS

 

3, Rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet)

 

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Chaque samedi à 19h30

 

jusqu'au : 15 AVRIL 2017

 

 

Salle La Bohème

 

Pièce écrite, interprétée et mise en scène par

 

Franck CHEVALLAY

 

avec la complicité d'Alexandre ZLOTO

 

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Maastricht, " l'unique ( ? ) objet de mon ressentiment " ...

 

Il faudrait emprunter les accents de Camille pour dépeindre l'indignation qui s'ensuivit face aux conséquences de ce maudit traité. Car c'est bien lui, qui a engendré ces nouvelles fourches caudines sous lesquelles nous vivons courbés.

Le personnage que Franck Chevallay incarne ici n'a rien d'un fou, bien au contraire puisqu'au fil de ses réactions fantasques il nous prouve qu'il est bien plus lucide que la plupart de ceux qui subissent sans essayer de comprendre.

 

Il convient donc que nous lui attribuions le prix Antonin Artaud de l'économie, créé tout spécialement pour lui !

Certes, il a " bûché " comme un fou pour parvenir à comprendre ce qui nous dépasse à peu près tous et qui devient limpide après avoir entendu son explication, ô combien imagée ! …

Pieds nus, un élégant pyjama porté sous un veston, l'homme gravit les étages de cet établissement babylonien.

Jadis celui qui allait devenir le Roi Soleil déclara : " l' Etat, c'est moi " et comme en principe, l'Etat a ( théoriquement ) tous les pouvoirs, il était logique que voulant résoudre les problèmes, il s'assimilât à cet Etat-là.

L'euphorie fut de courte durée car il constata bien vite que la Banque Centrale avait pris le pas sur les institutions.

Toute la chaîne de cette diabolique construction se déroulera alors sous nos yeux. Les méfaits du sieur Madoff ( pour ne pas le nommer ) seront de la sorte clairement décryptés.

Mais le-roi-du-chocolat-en-prison n'est pas le seul en cause, ces banques auxquelles nous confions obligatoirement notre argent par peur des cambriolages participent elles aussi au système tandis que l'argent fantôme hante, pire : envahit notre économie.

 

 

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Avec la souplesse d'un acrobate, Franck Chevallay mime

( paroles à l'appui ) l'incroyable situation dans laquelle le monde s'est embourbé. On ressort de là, presque vengés - pas tout à fait hélas - mais un peu plus avertis que nous ne l'étions en entrant.

Il faut absolument qu'un maximum de spectateurs aille voir et entendre cet auteur-interprète dont la parole est essentielle à tous. C'est ludique, instructif et ne peut que nous amener à faire l'éloge de cette folie là.




Simone Alexandre

 

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15:39 Publié dans THEATRE | Lien permanent