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14/09/2017

AU BUT de Thomas Bernhard

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THEATRE de POCHE

MONTPARNASSE

 

75, bld du Montparnasse

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

loc. 01 45 44 50 21

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

Pl. de 10 à 38€

 

du mardi au samedi à 21h

 

le dimanche à 15h

 

 

jusqu'au : 5 NOVEMBRE 2017

 

 

Texte français : Claude PORCELL

 

Mise en scène : Christophe PERTON

 

avec  Dominique VALADIE (la mère) - Léa BREBAN (la fille) - Yannick MORZELLE (l'auteur) - Manuela BELTRAN (la bonne)

 

 

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Durant toute sa vie, Thomas Bernhard ce râleur impénitent a réglé ses comptes tant avec l'Autriche sa patrie qu'il dénigrait en permanence mais dont il ne pouvait se passer et le théâtre

( celui des autres ) sur lequel il vomissait volontiers, car peuplé de marionnettes, selon lui.

Les premières années de sa vie s'étaient déroulées chez ses grand-parents, sa mère lui a donc fait cruellement défaut en cette période précise où l'enfance a tellement besoin d'affection maternelle d'où, sans nul doute, la présence de cette mère abusive que nous découvrons ici, monstrueusement possessive, sorte de compensation pour lui, aussi haineuse que réparatrice.

Dominique Valadié qui joue le rôle de la mère ressasse constamment ses rancoeurs comme le font souvent les alcooliques. Le thé qu'elle reproche à sa fille de ne pas savoir préparer est en quelque sorte l'antidote provisoire à cette situation dans laquelle elle reste engluée.

Mère et fille sortent le soir pour distraire leur ennui issu du fait qu'elles demeurent constamment rivées l'une à l'autre. Elles sont passées sans transition des spectacles d'opérettes à l'art dramatique en ignorant l'opéra et la mère critique désormais tout ce qu'elle voit de façon acerbe mais sait-elle faire autrement ?

 

 

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( Photos : Scènes & Cités )



Mariée par intérêt, elle détestait son époux dont elle eut tout d'abord un fils qu'elle cachait à tous tant elle le trouvait laid et qui ne vécut pas longtemps. Ce fut pour elle une délivrance. Maintenant, elle garde interminablement auprès d'elle ce second enfant, cette fille qu'elle tyrannise avec une cruauté incroyable laquelle supporte ce fardeau grâce à un fatalisme assez déconcertant avec parfois - en guise de soupape de sécurité - un rire aussi subit que surprenant.

Après une représentation qui enthousiasma la fille et pour laquelle la mère ne trouve pas de termes trop forts pour dépeindre ses réticences voire sa répugnance, l'auteur sera tout à trac invité par elle à les accompagner en villégiature.

La décision fut inopinément prise lors de la signature d'autographes et acceptée d'emblée par cet inconnu illustre, de façon tout aussi incroyable ! ...

Toute la pièce repose sur les épaules de la mère, et la première partie a valeur de quasi monologue. Le dialogue - tout relatif - ne s'installera qu'en seconde partie quand les trois personnages seront réunis en cette demeure de Katwijk où le jeune auteur s'est laissé inviter.

Avant cette rencontre, le spectacle auquel mère et fille assistèrent s'intitulait : " Sauve qui peut "

( tout un programme ! ) et le projet suivant aura pour titre

" Au but " tant il est évident que ceux qui écrivent en ont presque toujours un, avouable ou pas.

Les inconditionnels de Thomas Bernhard trouveront ici de quoi se réjouir bien que la pièce soit assez longue ( 2 heures ) et surtout déséquilibrée puisque la seconde partie ne réserve aucune surprise, tout ou presque ayant déjà été dit ou suggéré avant.

Il n'importe, la férocité du propos est comme toujours particulièrement jouissive et les écrits de cet auteur méritent incontestablement le détour.

Ainsi, pour parodier le père et son éternel : " Tout est bien qui finit bien " disons que chez Thomas Bernhard tout est au diapason dans le pire des mondes.


Simone Alexandre

 

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15:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent

12/09/2017

Marcel Proust : A l'ombre de Combray ! par Eric Chartier

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THEATRE DE L'ILE

SAINT-LOUIS-PAUL REY

 

39, Quai d'Anjou

 

75004 PARIS

 

 

(M° Pont-Marie)

 

Loc. 01 46 33 48 65

 

Pl. 15€ - T.R. 10€ (- de 25 ans)

 

http://www.theatre-ilesaintlouis.com/

 

du mercredi au samedi à 18h30

 

le dimanche à 15h

 

Le vendredi séance supplémentaire à 21h

 

 

jusqu'au : 17 DECEMBRE 2017

 

 

Interprétation et mise en scène : ERIC CHARTIER

 

 

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Il est tout à fait surprenant d'entendre le trépident Eric Chartier, à la gestuelle active, dont le tempérament semble plus proche de Péguy que de Proust, donner vie aux mots écrits par ce dernier.

En l'écoutant je me disais : " ce diable d'homme rendrait ludique l'énoncé d'une pierre tombale ! " car il cisèle chaque mot en véritable orfèvre, fait surgir paysages et personnages, tel un magicien.

Grâce à lui, nous croyons voir la tante Léonie qui ne quitte plus la chambre où elle est alitée - comme le sera Proust lui-même, quelques années plus tard - la grabataire questionne Françoise, sa fidèle servante afin de ne rien ignorer de ce qui se passe dehors et attend impatiemment Eulalie qui, bien que sourde entend tout, voit tout et lui rapporte ce qui se passe à l'église et même au delà …

Plus tard, se conformant à cet exemple, Marcel Proust de son lit, rédigera de multiples lettres afin de s'enquérir de ce qui lui échappe quand il aura besoin d'alimenter la précision de ses écrits.

Ici, à Combray, rien n'a lieu sans que tante Léonie ne l'apprenne. Du fond de son lit, elle sait tout ; car en province et surtout à l'époque, même l'apparition d'un nouveau canidé constitue un événement que tout le monde commente.

Tous ceux qui se sont intéressés aux écrits et à la vie de Proust savent qu'Albertine se nommait en réalité Albert ; l'époque à laquelle vivait notre auteur ne favorisait pas encore le " coming out " et la plus petite dérogation aux us et coutumes - à fortiori aux moeurs - prenait des proportions incroyables !  Pourtant l'être et le paraître différaient bien souvent.

Ainsi la sagacité de Proust remarquera chez Legrandin une gestuelle ainsi qu'une particularité physique dont la découverte l'amusera lui, qui s'efforçait de dissimuler sa véritable nature …

En cette dimanchade, le curé vient rendre visite à sa paroissienne désormais confinée à domicile et ne tardera pas à se lancer dans la description des vitraux de son église mais aux oreilles de la vieille dame : Dieu qu'il est épuisant !

Marcel Proust qui excellait à retrouver par le biais d'association d'idées tout ce qui lui permettait de décrire les impressions du passé, se livrait plus volontiers - sur l'instant - à la contemplation des fleurs que de ses semblables, ces miracles de la nature lui apportant mille fois plus de bonheur.

Eric Chartier déchiffre les textes sur lesquels il se penche, tel un musicien face à une partition. Grâce à lui, la parole devient musique, l'ennui proustien s'envole et seuls restent les instants de joie retrouvée.

Peu de comédiens sont capables d'animer de la sorte un texte comme celui là .
 
A déguster avec autant de subtil plaisir que Proust en ressentait face à ce petit morceau de madeleine que lui offrait tante Léonie après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.




Simone Alexandre

 

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15:33 Publié dans THEATRE | Lien permanent

07/09/2017

PREMIER AMOUR de Samuel Beckett

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Théâtre LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet)

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

Pl. de 10 à 26€

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

CREATION-THEATRE

 

Durée : 1h10

 

du mardi au samedi à 19h30

 

Mise en scène : Jacques FONTAINE

 

avec : Christophe COLLIN

 

 

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Ne vous leurrez pas, ce premier amour là n'appartient pas à Tourgueniev mais bel et bien à Beckett et c'est un Samuel inattendu que nous découvrons, complètement atypique quant au style habituel de l'auteur.

 

Vous avouerai-je que c'est peut-être pour cela que je l'ai tant apprécié ? ...

 A l'origine, le texte ne fut pas écrit pour le théâtre puisque c'était une nouvelle destinée à ne pas sortir du genre pour s'exposer à la scène. Ce qui eut été dommage !

Le personnage sous les traits de Christophe Collin arrive lentement vers nous mais à grands pas. Il s'assied, bras écartés puis couche sa grande carcasse sur un banc et commence à raconter.



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Ce curieux homme semble cultiver une attirance toute particulière pour les cimetières.

Il avoue même y avoir " cassé la croûte " En voilà un dont le lieu ne coupe pas l'appétit ! Mieux, il prétend percevoir l'odeur des morts qu'il préfère à celle des vivants …

Il aime tellement ce lieu qu'il a du reste poussé la fantaisie jusqu'à composer lui-même son épitaphe tant il est vrai que l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même …
 
Avec une facétie grinçante il nous narre peu à peu ce qui lui advint. Cette rencontre pour le moins inattendue qui débouchera sur une expérience charnelle alors que nous l'avons tous compris cet homme plus que tout autre ne fait que passer, repousse les sentiments, refuse toute forme d'attachement et il faut bien le reconnaître joue volontiers les parasites tant son égocentrisme est prégnant.



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Alors que son père venait de mourir, ce père qui l'entretenait à domicile, la famille n'a pas tardé à l'envoyer au diable et c'est là, au bord de l'eau stagnante du canal, qu'il fit la connaissance de Lulu laquelle ne tardera pas à lui offrir l'hospitalité et bien plus que cela … Il se laissera donc aimer avec un égoïsme caustique assez sidérant.

Inadapté à l'amour, ce profiteur ne tardera pas à prendre la poudre d'escampette lorsque le ventre de ladite Lulu commencera à s'arrondir ; il est vrai que la dame se prostituait pour le nourrir alors qu'il conservait son héritage en poche et trouvait naturel de se laisser vivre et aimer tout simplement …

 



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Vous l'avez compris, le personnage n'est pas très sympathique mais Christophe Collin le rend si intéressant !

Vous avouerai-je que ce comédien m'a fait penser à Brel avec ces gestes amples, cette façon qu'il a de mâcher les mots afin de renforcer leur consistance ?

Indéniablement, c'est du grand Art ! Quand Christophe Collin est sur scène, il fait  corps avec le texte et le personnage qu'il incarne de façon sidérante.

 


Le théâtre des Déchargeurs l'accueillit en juin jusqu'à début juillet et reprend fort judicieusement le spectacle durant tout septembre.

Si vous l'avez manqué la première fois, précipitez-vous car un moment exceptionnel vous y attend. J'ajouterai que la mise en scène de Jacques Fontaine est tout à la fois sobre et signifiante.




Simone Alexandre

 

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10:15 Publié dans THEATRE | Lien permanent

06/09/2017

Les deux frères et les lions de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

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THEATRE DE POCHE

 

MONTPARNASSE

 

 

75 bld du Montparnasse

 

 

75006 PARIS

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

loc. 01 45 44 50 21

 

Pl. de 10 à 38€

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

du mardi au samedi à 19h

 

dimanche à 17h30

 

Pièce écrite par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

Mise en scène par : Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

avec : Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

et Lisa Pajon ou Romain Berger

 

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Un peu surpris, nous faisons connaissance avec les jumeaux avant que la pièce commence et leur accueil s'avère aussi chaleureux que gentiment foutraque …

La matinée du dimanche tombe à point nommé puisque c'est l'heure du thé : " lalala, lalala "  … fredonnent ces deux énergumènes !

Nos deux incroyables milliardaires ( nous ne tarderons pas à l'apprendre ) sont vêtus de survêtements évoquant les antiques bleus de chauffe mais dégustent leur thé dans la porcelaine la plus fine sur fond de tapisserie de Bayeux.

Afin de confirmer leur accord parfait, il n'est pas rare qu'ils s'adressent à nous en choeur, prononçant ainsi les mêmes mots en même temps. C'est ainsi qu'ils vont nous narrer leur incroyable ascension en une ode au capitalisme libertaire débouchant sur la construction d'un véritable empire financier.

Car ces deux disciples de Friedrich Hayek - qu'ils ne manqueront pas de citer - en partant de rien, ont gravi tous les échelons de la société libérale, éliminant un à un les obstacles qui se présentaient à eux.

" Vouloir c'est pouvoir " semble être la devise de ces deux hommes que rien n'arrête. Bien que méprisant secrètement ces deux parvenus, la reine ira jusqu'à les anoblir rendant ainsi hommage à leurs actions charitables. (sic)

En effet, ces deux citoyens britanniques qui possèdent de nombreux hôtels, compagnie de navigation, des chaînes de distribution sans oublier le Daily Telegraph plus, un château néogothique furent proches - bien entendu - de " la dame de fer " et rien ni personne ne semble leur résister !

 

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L'âge venu, nos deux septuagénaires pères chacun de deux filles voudront légitimement tester en faveur de celles-ci et découvriront alors que l'île qui leur appartient dépend toujours d'un incroyable droit coutumier normand perdurant depuis le 16ème siècle imposant la règle de primogéniture mâle !

Je vous laisse découvrir la suite …

Cette histoire incroyable - mais vraie - a fait l'objet d'un reportage dont le quotidien Libération nous a fait part le 28 avril 2008 et cette pièce fut écrite à l'instigation de Mona Guichard, directrice de la scène nationale de Cherbourg, les faits étant confirmés par Sophie Poirey, maître de conférences en droit normand à l'Université de Caen.

L'auteur et interprète : Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre flanqué de Lisa Pajon dont le physique volontairement androgyne lui permet d'incarner le personnage de l'autre frère apportent l'un et l'autre leur fantaisie à cette critique en creux du monde hautement désintéressé, dans lequel la société actuelle baigne …

Le rôle de ce frère jumeau est confié en alternance à Romain Berger.

Sachez que cette pièce présentée comme un conte - qui n'en est pas un - vaut indubitablement le détour ; vous savez donc ce qui vous reste à faire.




Simone Alexandre

 

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10:04 Publié dans THEATRE | Lien permanent