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05/10/2017

La putain du dessus d'Antonis TSIPIANITIS

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THEATRE de la HUCHETTE

 

23, Rue de la Huchette

 

75005 PARIS

 

 

 

(M° St-Michel)

 

Loc. 01 43 26 38 99

 

Pl. 21 ou 26€

 

http://www.theatre-huchette.com/

 

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 21h

 

Samedi à 16h

 

 

Adaptation : Haris KANATSOULIS

 

Traduction du poème de Costas KARYOTAKIS

par Michel VOLKOVITCH

 

Mise en scène : Christophe BOURSEILLER

 

avec Emilie CHEVRILLON

 

 

La putain-du-dessus.jpg

 

( photos : LOT )

 

 


Tragi-comédie grecque ( contemporaine ) dont l'héroïne n'est ni Médée ni Alkestis ...

A l'époque de Sartre, la pièce se fut intitulée : " La p … du dessus " mais depuis nous avons appris à appeler un chat : un chat. Découvrons donc sans plus attendre cette veuve joyeuse.

Emilie Chevrillon nous apparaît, droite et digne dans sa tenue de deuil, le chapelet en main, une mantille - un peu trop brillante pour l'événement -  recouvrant son opulente chevelure. Revenue à domicile, elle ne tardera pas à se libérer de ces accessoires encombrants.

Car l'époux défunt était tout, sauf regrettable et le récit de la vie maritale qu'elle nous fera en se goinfrant de blé pour éloigner le mort ( vieille coutume grecque ) est édifiant.

Elevée de façon rigoriste par un père qui avait la taloche facile, cette jeune personne passera directement sous la férule de cet homme qui savait se faire obéir puisqu'il était flic avec de surcroît, les moeurs d'un ripou.

Sur le plan tendresse, sa technique était celle d'un apprenti-boucher ...
 
Faire le ménage, préparer les repas avec le maigre pécule que son Seigneur et Maître consentait à lui remettre avec parcimonie, un " devoir conjugal " accompli à la va-vite et vogue la galère !

Après avoir tenté d'améliorer la misère de ces voisins migrants exploités par son mari, l'épouse frustrée découvrira qu'une nouvelle locataire s'est installée à l'étage du dessus et ira alors de surprise en découvertes ...

Erato croira - un temps - avoir réalisé son destin quand elle sera enceinte, ce qui ne convient absolument pas à son conjoint ( Lefteris ) et là, ce sera le drame.

Heureusement, Zeus peut toujours lancer sa foudre sur les vivants afin de réparer les injustices et c'est ainsi que " dans le noir de la nuit, l'aube est arrivée " dans la vie de la jeune femme enfin libérée.

La comédienne porte ce texte ( qui certes, ne casserait pas trois pattes à une oie du Capitole ) avec une maestria qu'il convient de saluer et lors de la première, l'interprète fut récompensée par l'enthousiasme de la salle entière. 




Simone Alexandre

 

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08:18 Publié dans THEATRE | Lien permanent

02/10/2017

La rafle du Vel' d'Hiv' de Maurice Rajsfus

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MANUFACTURE DES ABBESSES

7, rue Véron

 

 

75018 PARIS

 

(M° Abbesses)

 

Loc. 01 42 33 42 03

 

Pl. 24€ - T.R. 13€

 

http://www.manufacturedesabbesses.com/

 

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19h

 

Interprétation et mise en scène : Philippe OGOUZ

 

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On peut penser que le sujet est rebattu, mais il importe de sans cesse en garder la mémoire vive .

 

D’après les ouvrages de Maurice Rajsfus,  adaptés par lui-même, Philippe Ogouz se met en scène dans un récit à hauteur d’enfant qui vise moins à décrire l’horreur de la rafle et de l’entassement de milliers de nos compatriotes, qu’à faire prendre conscience de la bascule du temps.

Il y a le jour d’avant, plein de l’insouciance des gamins de Paris, avec ce que cela charrie d’images un peu toutes faites, entre Francisque (sic) Poulbot et Robert Doisneau, et le jour d’après, qui est le début d’un saut dans le vide qui dure toute la vie.

Le jour d’avant, c’est le 15 juillet 1942,  et il est sans histoire particulière pour les prochaines victimes, mais il est celui de la dernière mainmise à ce forfait absolu pour l’administration policière française qui en assume, pour l’éternité, la responsabilité devant l’Histoire.

Ces hommes, ces femmes, ces enfants, dont les autorités nazies n’avaient pas demandé qu’ils fussent joints à la rafle, choix direct de Pierre Laval et de Philippe Pétain, sont des citoyens à part entière qui vont devoir s’’effacer, comme si,  par un procédé visuel, on les estompait peu à peu avant de les faire disparaître tout à fait. Stigmatisés dans un premier temps, puis écartés de la vie sociale et professionnelle, puis parqués puis déportés pour être tués.

Comment ne pas être effaré de cela ?

A hauteur d’enfant, c’est l’incompréhension du monde des adultes, la quasi sidération des uns et des autres, de ces stupéfactions qui laissent le gibier immobile face à son chasseur, l’effroi de constater que les parents ne sont pas des surhommes et que la peur peut également les saisir. De ce moment, chacun perçoit son extrême fragilité propre face au rouleau compresseur de la machine policière, aveugle, sourde mais hurlante.

Ce qui est abominable est de penser que ces personnes n’étaient coupables que d’être. A la manière de Fontenelle sur son lit de mort disant qu’il ressentait « une difficulté d’être », les Juifs ressentaient le danger d’être.


On lira avec intérêt l’ouvrage récent, publié aux éditions de l’Eclat, de Georges-Arthur Goldschmidt, intitulé « Un Destin » qui interroge beaucoup sur l’identité juive et l’appartenance à une communauté. On y songe tout au long de ce récit.

Philippe Ogouz fait très bien remonter ces questions, au travers d’un texte d’une heure dix où se mêlent l’histoire de ce jeune garçon  et la mise en œuvre des rouages de cette rafle nommée par l’administration « Vent printanier ».

 

On est difficilement plus cynique.

 

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Le comédien partage la scène avec Paul Predki à l’accordéon, instrument d’immémoriale origine asiatique, devenu le quasi emblème sonore d’un Paris un peu canaille, et bien lointain, mais collant à l’époque.
Dans une sorte de dialogue avec Philippe Ogouz, l’accordéon prend toute sa part à ce spectacle et vient aussi parfois marquer la scansion nécessaire à la fluidité du texte.

 

C’est très réussi.

C’est à la Manufacture des Abbesses et il importe d’aller entendre ces deux artistes afin que notre mémoire, notre vigilance, nos alertes ne se relâchent jamais. Le sujet n’est pas rebattu, il est répété. C’est cela la pédagogie.


© Frédéric Arnoux

 

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13:44 Publié dans THEATRE | Lien permanent

29/09/2017

La Danse de mort d'August Strindberg

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THEATRE DE LA REINE BLANCHE

 

2bis, passage Ruelle

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° La Chapelle)

 

Loc. 01 40 05 06 96

 

Pl. de 12 à 25€

 

http://www.reineblanche.com/

 

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h45

 

Dimanche à 15h30

 

jusqu'au 29 OCTOBRE 2017

 

 

Mise en scène : STUART SIDE

 

avec : Jean ALIBERT, Pierre BAUX, Karin PALMIERI et Hélène THEUNISSEN

 

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Confrontés à l'âpreté des dialogues ( toute oeuvre se nourrissant comme chacun sait de vécu ) il est permis de supposer que le personnage du Capitaine trouva perfidement son inspiration du côté du précédent époux de Siri von Essen, laquelle était mariée à cet officier de carrière, le baron Wrangel dont elle divorcera pour épouser Strindberg.

A t'elle gagné au change ? ... Il est permis d'en douter car notre auteur semble avoir eu des rapports conflictuels avec ses successives épouses. Les duels matrimoniaux n'avaient donc pas de secrets pour lui.

Ici, nul féminisme à la Ibsen, bien au contraire : deux cerveaux se combattent et le meurtre pour n'être que psychique n'en est pas moins réel. Etrange coïncidence, Siri regrettera elle aussi, de n'avoir pu mener à bien une carrière d'actrice du fait de son mariage avec cet auteur dramatique dont elle espérait tout.
 
Cela tend à prouver que ce théâtre recèle souvent d'obscures confidences ... A la veille de sa mort, bien que farouchement syncrétiste, Strinberg, La Bible serrée contre son coeur murmura : " Tout est expié " .

Mais revenons à cette pièce dont le titre fait référence à " La danse macabre " de Saint-Saëns. Alice est depuis des années enfermée en cette forteresse, en compagnie d'un mari caractériel et comme la vie en commun déclenche à la longue un certain mimétisme, la dame est peu à peu devenue aussi hargneuse et névrosée que lui.

Difficile de dire qui fait mouche le plus souvent, aucun ne voulant perdre un pouce de terrain. Survient Kurt après quinze ans d'absence pour célébrer les noces d'argent du couple. Ironie ! Alice en comédienne expérimentée va utiliser son charme et son aptitude au jeu, aux fins de récupération de la situation à son profit.

 

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( photos : Pascal GELY )



J'avais il y a bien longtemps vu la pièce interprétée par Michelle Marquais et Bernard Fresson ( mise en scène de Lucian Pintilié ) et redoutais un peu - je l'avoue - la comparaison. Mais dès les premières répliques je fus rassurée !

Hélène Theunissen dans le rôle d'Alice fait preuve d'une élégance et d'une autorité qui laissent l'auditoire admiratif.

Jean Alibert qui est Edgar, capitaine d'artillerie nuance ce rôle redoutable avec une ample envergure.

Le malheureux Kurt est intelligemment interprété par Pierre Baux et dans son épisodique prestation Karin Palmieri ( Jenny ) fait preuve d'un humour ravageur.

La mise en scène du célébrissime Stuart Side s'effectue au cordeau de façon précise sans aucun effet superflu.

C'est vraiment du très beau travail et un texte à savourer encore et encore ...




Simone Alexandre

 

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15:36 Publié dans THEATRE | Lien permanent