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18/05/2019

ORPHELINS de Dennis Kelly

 

 

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Dennis Kelly a écrit ici une pièce âpre, en parfaite adéquation avec l'époque actuelle et qui de ce fait, a un impact indéniable sur l'esprit des spectateurs, littéralement scotchés à ce qui leur est permis de voir et entendre.

 

L'action se déroule dans un logement situé dans la banlieue de Londres.


Helen et Danny s'apprêtent à diner quand surgit le frère de l'une et beau-frère de l'autre, couvert de sang.

Ses explications sont confuses, incohérentes et le couple qui essaie de conserver un semblant de lucidité découvre peu à peu l'horreur de la situation.

 

Que s'est-il réellement passé ? Et maintenant, que convient-il de faire ? …

 

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Nous comprenons très vite que la violence est quotidienne dans le quartier, conséquence d'un communautarisme non maîtrisé et de ce fait, mal vécu.


Helen cherche bien évidemment à prendre le parti de son frère car avant d'épouser Danny ils étaient tout l'un pour l'autre et orphelins comme le titre l'indique.

 

Elle est prête à accueillir favorablement toutes les explications si invraisemblables soient-elles alors que Danny se veut plus circonspect, plus rationnel.

 

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Eux trois, sans doute parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'installer ailleurs sont contraints de vivre dans ce quartier peuplé de pakistanais contre lesquels ils n'ont pas de préjugés certes mais qu'ils ne comprennent pas. Chacun vit entre-soi.


Le problème est identique dans certains quartiers de Paris et désormais un peu partout dans le monde.

 

Entre communautés, de part et d'autre règne méfiance et incompréhension et la peur de la différence amène souvent les situations à déraper ... C'est exactement ce qui vient de se passer et le fait aura de terribles conséquences en jouant les prolongations.

 

Augustin Bouchacourt est Danny, le mari conscient de ses responsabilités lequel essaie de conserver son calme alors qu'il va être pris dans l'engrenage !

 

 

Caroline Marcos ( Helen ) tout à la fois épouse et soeur cherche désespérément à comprendre puis minimiser la gravité de la situation dans le but de protéger son frère.

 

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Cette situation est aggravée par le fait qu'elle est enceinte ce qui fait qu'elle se pose un surcroît de questions.

 

Maxime Boutéraon est Liam, celui qui vient de péter les plombs au delà des limites permises. Nous n'allons pas tarder à comprendre que ses fréquentations et l'influence qu'il subit ont été déterminantes …

 

C'est ici un miroir que l'auteur nous tend en posant la question : " pour protéger un proche, que seriez-vous capables de faire ? " La morale a toujours été un garde-fou mais plongés dans une société où les repères ont sauté depuis longtemps, que peut-il advenir ?

 

La mise en scène mise au point par Caroline Marcos est tout à la fois sobre et efficace. Antonin Chalon a apporté ici sa collaboration artistique.

 

Cette pièce certes encore " un peu verte " fut présentée le mardi 14 mai à 19h au Studio Hébertot. Les comédiens cherchaient en cette sortie de résidence à se glisser pleinement dans la peau de leur personnage respectif. Le plus au point m'a semblé être le fauteur de troubles mais il est vrai que son implication était quasi obligatoire pour maîtriser un tel rôle !

 

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( photos : Julien JOVELIN )

 

Ce texte qui va se jouer en Avignon lors du prochain festival va n'en doutons pas prendre une indéniable intensité au fur et à mesure des représentations.

 

Pour ma part, si elle revient à Paris lors de la prochaine saison, je ne manquerai pas de la revoir car à son écoute, j'avoue avoir été retournée comme un gant.

 

Tous nos voeux accompagnent ces " Orphelins " qui seront à La Factory Salle Tomasi

4, rue Bertrand 84000 AVIGNON

T. 04 74 74 64 90

du 5 au 28 Juillet 2019 à 11h30

www.la-factory.org

 


Simone ALEXANDRE

 

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16/05/2019

La Cagnotte d'Eugène Labiche

 

 

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame

des Champs

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° N.D. des Champs)

 

LOC. 01 45 44 57 34

 

 

Pl. de 11 à 26€

 

http://www.lucernaire.fr/

 

du mardi au samedi à 19h

 

dimanche à 16h

 

 

jusqu'au : 16 JUIN 2019

 

 

Mise en scène : Thierry JAHN

 

 

avec,

 

Meghan DENDRAEL, Xavier FAGNON, Thierry JAHN,

Christophe LEMOINE, Céline RONTE et Vincent ROPION

 

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Labiche est un auteur prolifique et drôle, c’est un fait connu. « La Cagnotte » est une de ses œuvres les plus fameuses, c’est également connu et la version qui nous en est présentée actuellement au Lucernaire, jamais à court d’idées par la compagnie La Bigarrure vient le rappeler avec une fantaisie retenue, un peu hélas !...

 

Nous n’avons pas retrouvé, malgré l’entrain mis à nous montrer cette journée, qui est une sorte de descente aux enfers, d’une troupe d’amis soudée et somme toute assez paisible qui finit dans la plus extrême confusion des sentiments et des émotions, la folie que nous y trouvions jadis. Cela retranche beaucoup au plaisir.

 

A la vérité, ce n’est nullement le travail des comédiens et metteur en scène, Thierry Jahn, qui est en cause, mais bel et bien, et à notre grande surprise, le texte de cet Eugène, prénom générationnel s’il en fut ( Haussmann, Viollet le Duc… et Labiche donc, architecte d’un théâtre loufoque et maillon du genre que Courteline et Feydeau suivront).

 

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Air du temps ou morosité passagère, la description des provinciaux, et ce mot désormais déplait à nombre de nos concitoyens qui y voient une connotation péjorative, préférant au joli mot de « province, » connoté Ancien Régime, celui, assez affreux de « région »   qui fleure sa république et sa pesante administration, mais passons…, cette description donc ne nous a pas paru sympathique, ni, à fortiori, prêtant à rire.

 

Cette assemblée de notables, tous un peu vaniteux, tous un peu sots, finasseurs et bêtas, de la Ferté-sous-Jouarre en goguette à Paris, avec son lot de poncifs éculés tant à propos des provinciaux que des citadins de Paris nous a semblé dater furieusement et ne pas, au fond traduire quoi que ce soit de notre époque.

 

Labiche aurait vieilli, Labiche n’aurait pas franchi les barrières du temps !
Cette révélation nous a presque foudroyés tant jusqu’alors nous trouvions à cet auteur des qualités intemporelles majeures et presque moliéresques, en dépit d’un goût modéré pour le sieur Poquelin, dans sa description des caractères humains.

 

Dans l’espace presque clos et naturellement restreint de la scène , en l’occurrence celle du théâtre Rouge du Lucernaire, nous avons eu le sentiment que la troupe n’avait pas l’opportunité de déployer pleinement les ailes de la dinguerie de Labiche.

 

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( photos : Shawn BERDAH )

 

 

La montée vers le désastre ne s’apprécie pas, et les mots nous semblent être téléphonés tant nous les percevons par avance, un peu comme les automatismes de Sacha Guitry, qui a surtout eu quelques foudroyances certes remarquables, mais bien moins nombreuses que ce que sa réputation prétend. Mais on ne prête qu’aux riches.

 

Quoi qu’il en soit, c’est un spectacle enlevé qui permet, pour celles et ceux, bienheureux car alors, il leur reste de belles découvertes à faire, qui ne connaitraient pas Labiche que cette « Cagnotte » qui se joue et se dépense jusqu’au 16 juin prochain.


Frédéric Arnoux ©

10:18 Publié dans THEATRE | Lien permanent

13/05/2019

Moâ, Sacha ! de Christophe Barbier

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POCHE-MONTPARNASSE

 

75, bld. du Montparnasse

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse)

 

LOC. 01 45 44 50 21

 

Pl. de 10 à 35€

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

chaque mardi et mercredi à 21h

 

 

jusqu'au : 10 Juillet 2019

 

 

d'après l'oeuvre de Sacha GUITRY

 

spectacle conçu par Christophe BARBIER

 

 

avec Chloé LAMBERT, Pierre VAL et Christophe BARBIER

 

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Guitry, quel personnage fabuleux !

 

Il est impossible d'être indifférent à son endroit, soit il fascine, soit il agace et il en fut toujours ainsi de son vivant comme aujourd'hui.

 

Souvent décrié, taxé de misogynie, lui qui disait,

- " Hmm ! ...je suis contre les femmes, tout contre "  fut l'homme qui collectionna les mariages.

 

Dans sa tombe au cimetière Montmartre reposent à jamais trois hommes, son frère aîné, Jean - décédé en 1920 - son père Lucien en 1925, lui même en 1957.

Lana Marconi sa dernière épouse, devait les rejoindre en 1990 ...

 

Le père Lucien fascinait Alexandre dit Sacha jusqu'à l'obsession. Pourtant être le fils d'un grand acteur n'a jamais été un sort enviable. Or, un siècle plus tard le fils est plus connu que le père !

 

Christophe Barbier a pour Sacha Guitry une admiration analogue à celle que Sacha nourrissait pour celui qui refusait de lui abandonner son nom à la scène et l'avait contraint à adopter le pseudonyme de Jacques Lorcey ...

 

Seuls ceux qui sont dépourvus de générosité pensent qu'admirer est une faiblesse alors que bien au contraire ce sentiment est porteur de transcendance.

 

Avec habileté, l'homme à l'écharpe rouge nous fait donc partager cette attirance qu'il a pour le grand homme.

Par ce spectacle, il le convoque en quelque sorte au tribunal de l'Histoire et se fait son avocat car n'en doutez pas l'accusé se tirera de cette mauvaise passe avec les félicitations du jury et même, pourquoi pas une couronne de lauriers.

 

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Prétendre vouloir incarner ce personnage relevait pourtant de la gageure. Beaucoup d'entre nous connaissent leur Guitry par coeur, ils ont cette voix particulière au rythme traînant dans l'oreille et vouloir essayer de la copier eut certes été une erreur.

 

Pour évoquer son idole ( n'ayons pas peur des mots ) Christophe Barbier n'avait à sa disposition qu'une robe de chambre en velours écarlate et une paire de lunettes, sans oublier le texte bien sûr et les nombreuses saillies

( verbales ) du Maître.

 

Prévoyant les critiques et pour bien les désamorcer, notre concepteur de " Moâ Sacha " a mis en pratique la technique de Cyrano, se mettant en mesure de dire,

- " je me les sers moi-même avec assez de verve ! ..."

se déclarant non comédien professionnel et sans illusion aucune quant à l'étendue de son talent.

 

C'est ce qui s'appelle tirer l'échelle au nez et à la barbe des éventuels malfaisants.

 

Pierre Val sera successivement le juge d'instruction puis Lucien Guitry, Sacha lui-même et bien d'autres encore … Il passe sans transition d'un personnage à l'autre avec une incroyable rapidité.

 

Chloé Lambert sera toutes les femmes et se révèle époustouflante du début à la fin.

 

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( photos : Pascal GELY )

 

 

Merci à Christophe Barbier d'avoir eu l'idée puis l'envie de mettre au point cet hommage auquel par notre présence nous ne pouvons que nous associer.

 

Je recommande tout particulièrement son livre " Le monde selon Sacha Guitry " paru chez Tallandier lequel happe le lecteur au point de risquer la nuit blanche s'il s'y plonge en fin de soirée, tant il nous captive.

 


Simone ALEXANDRE

 

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10:31 Publié dans THEATRE | Lien permanent