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26/10/2017

Le journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau

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THEATRE LES DECHARGEURS

 

3, Rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

(M° Châtelet)

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

Pl. de 10 à 18€

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Tous les jours sauf dimanche & lundi à 19h30

 

 

jusqu'au : 28 OCTOBRE 2017

 

- PROLONGATIONS : les 4, 11 & 18 novembre,

les 2 & 23 décembre à 17 heures et la semaine

du 12 au 16 décembre à 21h15

 

Mise en scène : Jean-Pierre Hané

 

avec Catherine Artigala

 

 

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( photo : Sébastien Cotterot )

 

 

Autant le dire d’emblée  « le Journal d’une femme de chambre » que propose actuellement le théâtre des Déchargeurs est une totale réussite !


Dans une adaptation de Michel Monnereau et une mise en scène ( et des lumières ) de Jean-Pierre Hané, l’excellente Catherine Artigala nous donne à voir mais surtout à entendre une Célestine formidable de vie, de combativité, de féminité et d’abandon.

Octave Mirbeau a cela de surprenant que chacun de ses textes revenant à la scène est une redécouverte ; c’est un auteur qui n’a pas hésité à torpiller son monde, celui de la seconde partie du XIXème, qui n’a pas craint de fustiger sa société, tout fils de notaire normand, donc de bon bourgeois, qu’il fût, avec au-delà une pointe de modernité qui le fit se lier d’amitié avec Monet, Rodin, Pissaro…

Qui est Célestine ? : une femme de chambre, ce qui ne se confond pas avec une bonne à tout faire dans la hiérarchie du monde ancillaire, c’est-à-dire une servante affectée à la seule personne de ses employeurs et qui ne s’occupe que d’eux, dans leur directe intimité. Elle saura nous le décrire non sans laisser le sentiment d’une sorte de perversité ou de désir caché, comme un jeu dont, enfant, elle aurait été privée… Cela lui vaut des déboires qu’elle relate avec une distanciation comique, désabusée qu’elle est, constatant un peu surprise les mœurs du temps, les lubies de ses patrons, leur dinguerie parfois.

Son intelligence instinctive la met d’emblée à l’abri de bien des ennuis, même si elle reconnaît que son statut l’expose terriblement, et il ne nous est rien caché des mauvaises pratiques tant des employés que des patrons, classes sociales qui se regardent en chiens de faïence et que tout oppose dans un combat souvent invisible et sourd. Les forces semblent s’équilibrer dans les besoins qu’ils ont les uns des autres, en ces époques où la rente permet encore aux bourgeois, pas même trop riches, d’employer du personnel.

Nous sommes en 1900. Nous sommes en Normandie, terre parfois violente comme Maupassant le décrit dans ses Contes… Alors ses personnages sont faits de cette pâte, anti-dreyfusarde sans se rendre compte que cela veut dire antisémite, nationalistes par amour des défilés militaires en province, rare distraction … et vaguement calotins parce que le curé reste un personnage important. La loi de séparation n’a pas encore été votée.

Comme tout un chacun, Célestine rêve d’améliorer sa condition et le mariage est une voie de sortie à la fois simple, traditionnelle et honorable. Reste à trouver le mari qui lui permettra de s’élever.
Et c’est là que Mirbeau est à son meilleur, car si le souhait de Célestine, son ambition même, est à la fois légitime et modeste, les moyens pour y parvenir lui feront revoir tous ses préceptes moraux. C’est cette lente glissade vers l’infâme, qui met à jour les pires travers de l’individu, qui fait de ce texte, d’une folle modernité, un brûlot.

Célestine passera de la critique muette à la dissimulation, puis au mensonge, puis à l’aveuglement coupable, complice, avant de basculer complètement dans l’abandon de soi et d’accepter l’inacceptable. On la perçoit alors prête à agir.

D’une certaine manière Mirbeau laisse entendre que ces reniements informulés et ce passage à l’acte sont des phases nécessaires pour parvenir et attester de son appartenance à une classe.
Il est terrible alors, en ce que, d’une certaine manière, mais sans en adopter les points de vues, il annonce la liberté de langage et le ton de Céline ;  comme on dit maintenant, il est « sans filtre ».

La mise en lumière de cet intelligent monologue est pour beaucoup dans l’énergie que nous ressentons, et la bande-son, suggestive et recherchée, est une réussite car elle joue un rôle à part entière dans ce spectacle fin et dérangeant  qu’il importe de courir applaudir.




© Frédéric Arnoux

 

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11:53 Publié dans THEATRE | Lien permanent

24/10/2017

Quai des Brumes d'après le scénario de Jacques Prévert

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THEATRE ESSAION

 

6, rue Pierre-au-Lard

 

75004 PARIS

 

 

 

(M° Hôtel de Ville ou Rambuteau)

 

Loc. 01 42 78 46 42

 

Pl. de 10 à 25€

 

http://www.essaion-theatre.com/

 

vendredi & samedi à 19h30

 

dimanche à 18h

 

jusqu'au : 14 JANVIER 2017

 

Musique originale et mise en scène : Philippe NICAUD

 

avec : Sylvestre BOURDEAU, Idriss HAMIDA, Fabrice MERLO, Philippe NICAUD, Sara VIOT et Pamphile CHAMBON à l'accordéon.

 

 

Publié en 1927 par Pierre Mac Orlan, le roman  « Le quai des brumes «  a fait l’objet de la célébrissime adaptation cinématographique que chacun connait en 1938, en collaboration étroite de Marcel Carné avec Jacques Prévert.


Encensé depuis lors, il ne faut pas perdre de vue que Jean Renoir, rien moins, avait rebaptisé ce film « Le cul des brêmes », sans qu’on sache s’il pensait aux poissons d’eau douce, l’action se déroulant au Havre, ou aux cartes à jouer, symboles du désoeuvrement.

« Le quai des brumes » est désormais également un spectacle théâtral, fondé non plus sur le roman, mais sur le film, dans une mise en scène et sur des musiques de Philippe Nicaud.


Selon Pierre Mac Orlan si on veut revenir aux origines, le film était du domaine du fantastique social.


La pièce qu’il nous est donné de voir est plutôt du morcellement d’action. Pour tout dire, le découpage n’est pas des plus réussis et nous assistons à une suite de saynètes plus ou moins liées entr’elles, dans une action qu’il faut reconstituer.

 



C’est une manière de puzzle théâtral, pas inintéressant, mais qui souffre par trop de ses prestigieuses origines. Par ailleurs, on s’aperçoit très vite que le vocabulaire de Prévert a mal franchi la barrière du temps, que sa poésie s’est émoussée et que la violence et la vitesse de notre époque nous empêchent d’entrer parfaitement dans cette nouvelle histoire d’amour fou et désespéré.

L’univers presque exclusivement masculin dans lequel nous sommes amenés à entrer - Jean le déserteur, amené  chez Panama, bistrotier revenu de tout y compris des Amériques par un camionneur irascible, dans un bar où se croisent un peintre suicidaire, un malfrat quinquagénaire et un jeune bourgeois en mal de rupture de ban – n’est féminisé que par une jeune femme, Nelly, perdue et ,selon toute vraisemblance, peu farouche.
Dans cette galaxie masculine, elle est nécessairement celle par qui le scandale et le drame arrivent.

En cela cette pièce, outre son atmosphère, est noire, car elle ne donne pas de la femme le meilleur reflet qui soit. On est encore très près de l’image assez fantastique de la femme corruptrice, qui donne à l’homme à croire en son rachat pour mieux le frapper et le détruire.
Dépendante des uns, elle pourrait libérer les autres, suivant ses goûts et ses affections…
On peut douter de la modernité du propos.

Les fumées largement répandues sur la scène, suggérant des brumes normandes comme la Normandie n’en connut jamais, non plus que l’accordéon ne suffisent à recréer l’ambiance du film que nous avons en tête.
Certes les performances des comédiens- et de la comédienne - ne sont pas en cause, mais on peut s’interroger  sur l’opportunité d’adapter ce qui était déjà une adaptation…

Que cette sévérité ne retienne pas un public moins averti, et peut être moins prévenu contre l’oeuvre de Prévert, d’aller applaudir cette pièce à l’Essaïon.

 

La découverte reste un moment précieux.



© Frédéric Arnoux

 

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09:59 Publié dans SPECTACLE MUSICAL, THEATRE | Lien permanent

19/10/2017

CRIMINEL de Yann Reuzeau

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MANUFACTURE des ABBESSES

 

7, Rue Véron

 

 

75018 PARIS

 

(M° Abbesses ou Pigalle)

 

Loc. 01 42 33 42 03

 

Pl. 24€ - T.R. 13€

 

http://www.manufacturedesabbesses.com/

 

Lundi et mardi à 21h

ainsi que le mercredi à partir du 5 Novembre

 

Dimanche à 20h

 

jusqu'au : 20 DECEMBRE 2017

 

 

Texte et mise en scène : Yann REUZEAU

 

avec : Frédéric ANDRAU ( Xavier )  Morgan PEREZ ( Boris )  Blanche VEISBERG ( Manon ) Sophie VONLANTHEN ( Camille )

 

Scénographie : GOURY - Musique : Christine MOREAU

 

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D'où vient toute cette violence, apparaissant parfois très tôt chez les enfants ?

D'évidence, Xavier et Camille ont un problème avec Elsa, petite fille en bas âge qui présente des symptômes inquiétants.

Nous ne verrons jamais l'enfant qui sera seulement évoquée car l'histoire qui se déroule sous nos yeux ne concerne que les adultes. Or nous savons tous que les traumatismes vécus durant l'enfance ressurgissent inéluctablement et sont parfois dévastateurs.

Un drame s'est déroulé 15 ans plus tôt : le meilleur ami de Xavier, frère de Camille a commis un crime et bien failli tuer sa soeur dans la foulée. Un principe d'accumulation fut à l'origine de cet acte insensé et en toute logique, le verdict est tombé.

 

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Revenu à la raison, Boris a confié Camille à son meilleur ami ayant remarqué depuis longtemps qu'elle était amoureuse de lui. Un couple s'est ainsi formé. Or voilà que sa peine accomplie, le frère et ami criminel sort de prison et tout refait surface, les émotions, les problèmes, les contradictions …

Yann Reuzeau aborde cette histoire à la façon dont les souvenirs nous apparaissent le plus souvent, sans chronologie aucune. Ce sont des vagues de fond qui surgissent, violentes et subites interpellant ici le spectateur qui peu à peu reconstruit le puzzle.

 

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L'espace scénique est circulaire et n'a pas seulement une fonction pratique car il évoque le samsara cette roue du destin qui nous anime tous, que nous en soyons conscients ou non.

Chaque changement sera effectué dans la pénombre, meublé par la musique qui évitera toute rupture et nous tiendra en haleine pour mieux découvrir la suite qui constituera parfois un retour dans le temps.

Les deux femmes Camille et Manon - victimes l'une et l'autre - chacune à sa façon, se rebellent et cherchent le plus souvent à se réfugier dans la rupture tandis que les hommes gèrent la situation de façon plus frontale. L'atmosphère est violente et pour nous, porteuse de réflexion.

 

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( photos : Gaël REBEL )

 



Certains faits divers particulièrement dramatiques déclenchent des réactions voire des polémiques qui nécessiteraient un peu plus de circonspection or cette pièce a précisément le mérite d'approfondir la question. A voir, toutes affaires cessantes.




Simone Alexandre

 

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19:48 Publié dans THEATRE | Lien permanent