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08/11/2016

LA PEUR d'après la nouvelle de Stefan Zweig

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THEATRE MICHEL

 

38, rue des Mathurins

 

75008 PARIS

 

 

(M° Havre-Caumartin)

 

loc. 01 42 65 35 02

 

http://www.theatre-michel.fr/

 

Pl. de 18 à 29€

 

les jeudi, vendredi,

samedi, dimanche à 19h.

 

d'après Stefan Zweig

 

Adaptation et mise en scène : Elodie Menant

 

avec Hélène Degy, Alochia Itovich et Ophélie Marsaud

 

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Sur un décor anguleux, les deux principaux personnages prennent place alors que la salle n'est pas encore plongée dans le noir. Image sans le son : entre deux baisers, le couple échange des propos que le caractère intime nous empêche de percevoir …

Si vous avez la curiosité de vous rapprocher du texte initial, vous saurez qu'à l'origine, le thème de la nouvelle de Zweig se situait à Vienne au début du Vingtième Siècle.


L'action se déroulait dans le milieu de la grande bourgeoisie, ce qui ici n'est pas évident. Le papier qui décore l'un des panneaux de la pièce est du reste typique des années 70, costumes et mobilier n'ayant strictement rien de luxueux.

Fritz, le mari ( avocat de son état ) travaille dur pour faire vivre sa petite famille ( une femme et deux enfants ) alors qu'en réalité, Irène possédait déjà une fortune personnelle et passait le plus clair de son temps en futiles mondanités, le couple imaginé par Zweig vivant dans l'aisance.

Du reste, quand la solliciteuse viendra réclamer 400 couronnes ne précisera t-elle pas ?

- " Pourquoi est-ce que moi, j'devrais avoir pitié d'une femme aussi riche ? "

Ce que nous voyons ne le confirme nullement mais c'est le parti-pris d'Elodie Menant ( adaptatrice et metteur en scène ) il convient donc de faire avec.

Irène, l'épouse de Fritz s'est - par pur ennui - offert une aventure et alors qu'elle sortait du domicile de son amant ( un jeune pianiste rencontré au hasard de ses sorties ) s'est vue accoster par une femme qui s'est présentée comme la compagne du dénommé Edouard.

Ensuite, Irène la trouvera constamment sur son chemin afin de lui extirper toujours plus d'argent. Par peur du scandale et honte de l'acte commis, le piège se refermera de plus en plus étroitement sur elle. C'est donc à une forme de psychose à laquelle nous allons assister ...

 

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Le mari aimant mais dont l'esprit sans doute déformé par la pratique du métier va se révéler terriblement machiavélique.

( Il est vrai qu'il a le droit pour lui ! )

Les comédiens sont excellents, j'ai juste souffert un peu pour eux en constatant qu'il leur fallait inclure à leur interprétation, la régie décor en pleine action, ce qui empêche un peu le spectateur d'oublier qu'il est au théâtre ...

La fin est ici modifiée par rapport à l'oeuvre originale car si les sentiments au fil des siècles sont immuables, les façons d'appréhender les situations diffèrent.
Une femme désormais ne pense plus à se suicider pour un malheureux coup de canif au contrat, à cause du " Vertige d'un soir " alors que le contexte initial de la nouvelle se situait encore dans " Le Monde d'hier " -

Une transposition de plus, par conséquent.

 

Il ne suffit que d'admettre le principe (ou pas) mais il est vrai que la démarche fait fureur depuis quelque temps !


Simone Alexandre

 

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10:28 Publié dans THEATRE | Lien permanent

03/11/2016

Vladimir Jankélévitch : la vie est une géniale improvisation

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame des Champs

 

75006 PARIS

 

 

(M° N.D.des Champs)

 

loc. 01 45 44 57 34

 

http://www.lucernaire.fr/

 

Pl. 11 à 26€

 

Tous les jours sauf dimanche et lundi à 19h

 

dimanche à 15h

 

 

D'après Vladimir Jankélévitch

 

Mise en scène : Bruno Abraham Kremer & Corine Juresco

 

avec Bruno Abraham Kremer

 

 

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Dans sa tradition de théâtre contemporain très vivant et de curiosité intellectuelle heureusement jamais satisfaite, le Lucernaire produit actuellement et jusqu’au 11 décembre, à 19 heures du mardi au samedi et à 15 heures le dimanche une curiosité à laquelle il est essentiel de ne pas se soustraire : « Vladimir Jankélévitch, la vie est une géniale improvisation. »

Ce seul en scène d’une épatante vivacité de Bruno Abraham-Kremer, mis en scène par Corine Juresco, avec qui il signe l’adaptation, dans une économie totale qui confère au propos une force décuplée, comme mis à nu, exprimée au plus vif du texte, cherchant au plus près de son essence la pensée de Jankélévitch (qui voulait qu’on prononçât Jeankélévitch et non Yan –kélévitch, pour s’ancrer davantage encore dans la terre de France) ne laisse pas sortir indemne le spectateur, souvent ébloui par cette virtuosité.  

Disons-le tout net, on sort de la salle plus éveillé et attentif au monde que lorsque nous sommes entrés, et ne pas sortir indemne ne signifie pas que nous subissons quelque dommage, fort au contraire, nous bénéficions de nombreux bienfaits, ceux de la clairvoyance, ceux de l’intelligence, du questionnement, du doute, de la recherche intellectuelle, de l’insatiable curiosité.

Durant près d’une heure trente qui file comme une comète, Bruno Abraham-Kremer nous fait partager la correspondance de Jankélévirch et de son « co-turne » Louis Beauduc, soit 60 ans d’échanges épistolaires ininterrompus, d’amitié  et d’estimable affection réciproque.

A notre tour, nous partageons les moments d’espoir et de doutes de 1923 à 1985, date de la mort de Jankélévitch, Louis Beauduc étant mort  quelques années auparavant, en passant par la pénible période de la seconde guerre mondiale qui voit Jankélévitch à la peine « cachetonnant » à Toulouse pour garantir la survie de sa famille, déjà marquée par ses origines, dont il joue et se moque avec un humour un peu désespéré.

Il ne saurait être question de résumer ici , ce qui serait à la fois présomptueux et vain, la totalité des propos, si riches, profonds plus que souvent, échangés entre ces deux hommes, dont l’un est illustre et l’autre inconnu, demeuré toute sa vie professeur de philosophie à Limoges, mais si ces lignes pouvaient vous inciter à aller découvrir ces philosophes, ce serait un peu cause gagnée. Cette traversée de 60 ans de vie intellectuelle française dans un siècle plus que perturbé est une expérience à tenter.

Ce qui nous semble important dans le propos de Jankélévitch, c’est l’adéquation que nous trouvons entre ceux-ci et les actes, et cela constitue un appel, une exhortation en quelque sorte, à être acteur, c’est-à-dire l’être agissant de notre vie. Ce qui le rend si attachant, c’est qu’il tourne sans fin autour du concept de morale, et qu’il le fait vivre en lui donnant corps et esprit.

Quel formidable message d’espoir !

C’est à ce long voyage que Bruno Abraham-Kremer nous convie, avec retenue, modestie, ne cherchant pas à paraître plus intelligent que son auteur (et grâces lui en soit rendues, car ce n’est pas la tendance…), et on a véritablement envie de le suivre, en lisant (relisant pour certains, rares) les textes de Jankélévitch, pour aller encore plus loin.

C’est au Lucernaire, et c’est somptueux.



Frédéric ARNOUX ©

 

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10:08 Publié dans THEATRE | Lien permanent

26/10/2016

DIKTAT de ENZO CORMANN / PATRICK BONNEL

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LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

(M° Châtelet)

 

loc. 01 42 36 00 50

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Pl. de 10 à 26€

 

Chaque samedi à 17h.

 

Coréalisation : Les Déchargeurs / Syrus Shahidi

 

Mise en scène : Patrick Bonnel

 

avec Syrus Shahidi et Stan Tyebo

 

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( photo : Guillaume Caramelle )

 

 

L'homme qui parle - face à nous - déclare être mort.

Il tient une lettre à la main qui vient de son demi-frère porté disparu depuis longtemps. Deux coups de feu inattendus font alors sursauter l'auditoire.


Du fond de scène ( côté cour ) un autre homme surgit, un pistolet à la main ; il braque celui que nous venons d'entendre, lui commande de mettre les mains au dessus de la tête, le fouille puis l'oblige à s'asseoir. Par une forme de dérision teintée toutefois d'admiration, il qualifie son demi-frère,

 

- " le meilleur des psychiatres. "  

Leur mère à tous deux victime du typhus, tousse, crache le sang mais ne faut-il pas mettre ces précisions au passé ? ...


Val, l'homme au révolver, devenu prof d'histoire, au sujet du conflit qui déchire le pays en opposant les familles, résume ainsi la situation,

- " Qu'est-ce qu'une terre ? … Un parking ! "

Car la guerre civile advenue, chacun a choisi son camp. L'un est Tribe, l'autreTrace comme jadis il y eut les Horace & les Curiace mais alors les cités étaient rivales tandis qu'ici, il s'agit d'un seul peuple, d'une même famille ( mixte, il est vrai ) -

Souvenez-vous, quand après la mort de Tito, la Yougoslavie a éclaté en autant d'ethnies qu'elle en comportait jusqu'alors, ces dernières se sont livrées une guerre qui s'est rapidement transformée en génocide.

Nous ne tarderons pas à apprendre que la mère est morte depuis une semaine, raison du retour de ce demi-frère disparu. A distance et en dépit du conflit, Val se tenait au courant, il sait donc pertinemment que Piet a écrit une thèse sur " le polytraumatisme des guerres " et que son aîné est sur le point d'être nommé Ministre par le clan contre lequel il se bat !

L'un et l'autre, successivement se livreront en aparté au public. En tragédie classique ces monologues sont baptisées " tunnels " ... mais ici ces mises au point de situation relèvent de l'introspection. Enzo Cormann n'a pas fait des études philosophiques pour rien et ses analyses s'effectuent au scalpel.

- " Et Dieu dans tout ça ? " Eternelle question que les victimes se posent confrontées à l'horreur que rien ne semble devoir arrêter.

Quand la guerre détruit tout, et que le froid aggrave les choses, l'inconcevable alors peut et doit avoir lieu.

C'est ainsi que pour survivre, les meubles sont un à un brûlés puis les livres, sans avoir le temps préalable de les relire. Toute la bibliothèque y passera ce, en un temps record.

( l'énumération des auteurs fait un peu remplissage mais se justifie par les regrets, face à l'ampleur du sacrifice. )

Officiellement Piet a été enlevé et la radio va diffuser ses consternants bulletins de désinformation, trahison incluse.

Je vous laisse découvrir la suite ...

Le texte est âpre, vous l'avez compris. Il sonne étrangement aux oreilles de ceux qui veulent encore entendre les plaintes qui s'élèvent actuellement dans le monde.


Il s'agit d'une reprise - la pièce se joue chaque samedi à 17heures ce, depuis le 1er Octobre et parfaitement rodée, se propose à notre réflexion.




Simone Alexandre

 

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10:28 Publié dans THEATRE | Lien permanent