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10/01/2018

La peau d'Elisa de Carole Fréchette

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MANUFACTURE DES ABBESSES

 

7, rue Véron

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° Abbesses ou Blanche)

 

LOC. 01 42 33 42 03

 

Pl. 24€ - T.R. 13€

 

http://www.manufacturedesabbesses.com/

 

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19h

 

UN SPECTACLE de : MAMA PRASSINOS

 

avec Julien LECANNELLIER

 

 

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Une femme - seule - plus très jeune et une cloison-miroir derrière elle, qu'elle interrogera de temps à autre, d'un air inquiet. Avant que la pièce commence la comédienne était déjà présente, debout face au public et attendait puis elle est allée s'asseoir sur ce banc et a commencé à raconter …

Evocation de la rencontre avec Sigfried, ce sont deux adolescents alors qui vont entamer une tacite compétition en direction de l'extravagance vestimentaire ( " on n'est pas sérieux quand on a dix sept ans " ) puis arrive l'escalade et ce toit de voiture que Sigfried a découpé au chalumeau pour transformer le véhicule en cabriolet. Quand il pleut, imaginez la suite !

Sans transition, la narratrice passera à Jan qui était fou, lui aussi. Elle l'avait rencontré dans un vernissage et la beauté du garçon lui avait coupé le souffle. Le destin l'avait remis sur son chemin peu de temps après et ils n'avaient pas tardé à partager la même baignoire.

Mais elle revient à Sigfried avec lequel elle va se mettre en ménage et comme ils n'ont pas de meubles ce dernier toujours aussi fol, se met à peindre des poissons sur les murs …

Récit d'une autre rencontre, là il s'agit d'une femme ; pour les besoins de la cause la narratrice se transforme en homme. Pendant trois secondes les spectateurs pensent avoir mal compris mais non, Carole Fréchette semble brusquement flirter avec l'Orlando de Virginia Woolf ? Tantôt une femme, tantôt un homme !

La sensualité passe cette fois par le sens olfactif. Est-ce vraiment un garçon qui a envie de ce corps de femme ?

 

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Elisa se souvient de l'époque où elle avait constamment envie de faire l'amour mais " ça, c'était avant " avant que les mains la trahissent, les coudes, le cou, toutes ces parties du corps qui vieillissent en premier. Alors elle se met à pleurer.

Un témoin se présente dans un café mais rapidement chacun raconte son histoire sans presque se soucier de l'autre : à chacun son échec.

Ce spectacle-exhibition tant mentale que physique risque peut-être de mettre mal à l'aise les femmes qui ont passé 50 ans ? En attendant témoins muets nous sommes emportés un peu à la façon de ces aventures données en pâture dans La Ronde de Schnitzler car ça défile : hommes, femmes de façon ininterrompue.

Mama Prassinos raconte tout cela de façon presque détachée, en s'excusant parfois car les images évoquées ne sont pas anodines. Elle en est tellement consciente qu'elle demandera au public : " Est-ce que ça vous fait quelque chose que je vous raconte tout ça ? "

Ce quasi monologue trouve diversion en compagnie du jeune homme interprété par Julien Lecannelier qui intervient ponctuellement puis repart non sans lui avoir ( peut-être ? ) fourni l'antidote.

Ce texte court mais foisonnant est édité par Actes Sud - Papiers, l'auteur expliquera sa démarche en toute fin et la beauté de l'écriture est ici un baume qui recouvre les impressions.




Simone Alexandre 

 

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10:40 Publié dans THEATRE | Lien permanent

04/01/2018

ILIADE, d'après Homère

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LUCERNAIRE

 

53, Rue Notre Dame des Champs

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° N.D. des Champs)

 

Loc. 01 45 44 57 34

 

Pl. de 11 à 26€

 

http://www.lucernaire.fr/

 

du mardi au samedi à 18h30

 

dimanche à 15h

 

jusqu'au : 4 FEVRIER 2018

 

Mise en scène et interprétation,

 

Damien ROUSSINEAU et Alexis PERRET

 

 

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Deux grands gamins, à la suite du décès de leur père dont nous entendrons la voix off, re visitent le grenier de leur enfance et vont une fois de plus ( sans doute la dernière )  jouer cette parodie de " La légende dorée des dieux et des héros " .

Evidemment si avant de découvrir cette Iliade d'Homère traduite par Jean-Louis Backès ( Editions Gallimard ) Mario Meunier vous était inconnu et que l'enseignement scolaire ait quelque peu survolé sinon éludé l'Antiquité, ( avec Najat Vallaud Belkacem rien n'était impossible ! ) vous risquerez de vous perdre parmi toutes ces péripéties.

En ce cas, un conseil, si je puis me permettre, n'allez surtout pas souligner votre ignorance en parlant de " bazar total " car il est évident que le socle de notre culture occidentale a ici, sous ses dehors ludiques été rigoureusement respecté.

En voilà deux qui à une époque bénie des dieux n'ont pas fait l'école buissonnière et maîtrisent le sujet avec une maestria inégalée se dit-on en les voyant déployer toute cette énergie au rythme d'un film d'animation.
 
Tous les enfants hélas jouent à la guerre - faute de la connaître sans doute - mais il en fut toujours ainsi car d'évidence ce travers est inscrit dans notre mémoire génétique.

Or si les dieux de l'Olympe ne sont pas d'accord entre eux, comment voulez-vous que les hommes le soient ?

Le monothéisme a réduit la source des conflits ( en théorie du moins ) mais les notions de bien et de mal s'opposeront toujours éternellement aussi mieux vaut évoquer les choses graves, légèrement.

 

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( photos : Philippe SAVOIR )



Ils ne sont que deux pour faire revivre toutes ces péripéties et Damien Roussineau à la belle prestance et à l'indéniable autorité sera successivement : Les Achéens, " le bouillant Achille " Athéna, " dea sapientiae " disaient les romains et cette coquine d'Hélène, cause de tout ce qui arriva car n'en déplaise à Giraudoux, la guerre de Troie a bien eu lieu.

Son partenaire et complice, Alexis Perret fera apparaître sous nos yeux : Les Troyens, Hector face à une Andromaque déjà éplorée, Zeus et même Aphrodite ( pour ne nommer que ceux-là, bien sûr et la mythologie ne nous était jamais apparue aussi complète en si peu de temps ! )

Alors que vous soyez familiers ou non avec tous ces personnages, allez-y vite car je vous promets que vous ne vous ennuierez pas une seconde en leur compagnie.




Simone Alexandre

 

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10:36 Publié dans THEATRE | Lien permanent

22/12/2017

ACTRICE de Pascal RAMBERT

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LES BOUFFES DU NORD

 

37bis, boulevard de la Chapelle

 

75010 PARIS

 

 

 

(M° La Chapelle)

 

 

LOC. 01 46 07 34 50

 

 

Du mardi au samedi à 20h30

Le dimanche à 16h

 

http://www.bouffesdunord.com/

 

Texte, mise en scène et scénographie,

 

Pascal RAMBERT

 

CREATION

 

avec,

Marina HANDS : Eugénia, actrice, 

Audrey BONNET : Ksenia, sa soeur, 

Ruth NUESCH : Galina, mère d'Eugenia et de Ksenia, 

Emmanuel CUCHET : Eugeni, père d'Eugenia & Ksenia, 

Jakob OHRMAN : Pavel mari d'Eugenia, 

Elmer BACH : Igor mari de Ksenia, 

Yuming HEY : Ivan infirmier, 

Luc BATAINI : Alexander acteur, 

Jean GUIZERIX : Sergeuï, acteur, 

Rasmus SLATIS : Stanislav, prêtre, 

Sifan SHAO : Artem, acteur, 

Laétitia SOME : Svetlana, actrice, 

Hayat AMIRI : Roman, acteur, 

Lyna KHOUDRI : Yulia, fille de Eugenia

 

et en alternance : Anas ABIDAR, Nathan AZNAR et Samuel KIRCHER (Dimitri, fils d'Eugénia et Pavel)

 

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L'espace scénique semi-circulaire est littéralement couvert de fleurs …

On se croirait dans un cimetière un jour de Toussaint puis on constate la présence de ce lit planté au milieu des bouquets dans lequel se trouve cette femme émergeant à peine de l'envahissante floraison.

Son père et sa mère, deux vieillards sont assis à proximité du lit en question maudissant le sort qui veut que leur fille meure avant eux.

C'est un peu plus tard que la référence de " La Dame aux Camélias " traversera notre esprit mais Eugénia ne tousse pas, elle se meurt tout simplement et pour nous son agonie va durer 2 heures qui ne seront nullement ennuyeuses, rassurez-vous, mais surréalistes, absolument incroyables !

C'est que nous raisonnons en européens de l'Ouest alors que plus à l'Est tout se ressent, se vit et se déroule de façon différente.

Comment imaginer ici un tel défilé en un tel moment ?

Les proches répondraient : " non, désolés mais elle n'est pas visible car trop fatiguée " ou alors les visiteurs entreraient un à un, sur la pointe des pieds en se faisant le plus discret possible.

Là, c'est l'inverse, ils vont crier, se lancer des invectives, pire en venir aux mains ! ...

 

Manifestation de l'âme slave sans doute ?

 

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Avant tout, Pascal Rambert déclare vouloir écrire pour les acteurs, à la limite, l'histoire n'est qu'un support - entendez un prétexte destiné à leur permettre de s'exprimer.

Ses distributions ? … un véritable melting-pot incluant aux côtés de slaves, des latins et des asiatiques. On peine parfois à bien capter le texte parmi les différents accents ce qui aiguise d'autant plus l'attention du public qui ne veut rien perdre de ce qui est dit.

Il semble que le metteur en scène - mais peut-être est-ce une illusion ? - ait voulu laisser la bride sur le cou de chacun d'eux, qu'aucune outrance ne peut dissuader de poursuivre en cette excessive lancée. C'est complètement foutraque car rien ne peut arrêter le flot quand les vannes sont ouvertes.

On entre en cette chambre mortuaire comme en un hall de gare, chacun bousculant l'autre mais de façon paradoxale sans détruire l'admiration sans bornes et en dépit des apparences, le respect que chacun éprouve pour cette grande artiste sur le point de disparaître.

 

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( photos : Jean-Louis FERNANDEZ )

 



La pudeur veut que les larmes restent à l'intérieur alors on s'agite pour faire diversion, pour donner le change … 

Eugenia quant à elle, se battra jusqu'au dernier moment, tel un soldat au front et la Mort sera personnifiée par cet infirmier implacable, tout de blanc vêtu à l'instar de la neige qui ne tardera pas à recouvrir le corps quand tout sera fini.

Au préalable une représentation privée sera donnée par tous ces comédiens-visiteurs en un hommage improvisé, à la limite du grotesque afin de dire adieu avant que le couperet tombe.


Sciemment je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas compromettre les multiples découvertes qui vous attendent.

Vous avez jusqu'au 30 décembre pour aller les applaudir.




Simone Alexandre

 

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16:55 Publié dans THEATRE | Lien permanent

18/12/2017

In love with PersoN

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GUICHET MONTPARNASSE

 

15, Rue du Maine

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

LOC. 01 43 27 88 61

 

 

Pl. 20€ - T.R. 15€

2 spectacles le même soir : 30€

 

http://www.guichetmontparnasse.com/

 

Chaque vendredi & samedi à 20h30

 

le dimanche à 16h30

 

 

jusqu'au : 30 DECEMBRE 2017

 

 

Texte, mise en scène et interprétation,

 

Julien ROMANO

 

 

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Bruit de vagues : lancinant flux et reflux …

Un vieil homme cramponné à sa canne s'interroge,

- " Est-ce que j'existe vraiment ? "

Calderon lui aurait objecté que " la vie n'est qu'un songe " et un cauchemar aussi, parfois ...

Julien Romano compose ce personnage post-hivernal, cassé en deux, un bras replié dans le dos, évoquant une branche morte, à la limite du caricatural mais rassurez-vous, l'instant de gêne passé, la démarche se justifiera pleinement.

Il existe toujours un moment dans la vie où les événements ( ou non-événements ) nous contraignent à faire le point. La constatation s'impose alors d'elle-même :
" l'amour rend vulnérable. "  ( remember …)

 

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Brusquement sous nos yeux, le vieillard se transforme en jeune homme lequel va éperdument s'élancer en une danse aérienne, tel un oiseau ivre. Ne dit-on pas que l'amour donne des ailes ? Mais ô paradoxe, il sait aussi retenir prisonnier.

Les souvenirs s'invitent. C'était un vendredi 13 " tout bon ou tout mauvais " disent les superstitieux. Une femme au téléphone pleurait. Est-ce ainsi que tout a commencé ? Zweig écrivit " la Pitié dangereuse " et n'oublions pas qu'en chaque homme sommeille un chevalier blanc qui ne demande qu'à s'exprimer en pareille circonstance.

Ensuite, il fera tout pour se surpasser aux yeux de celle dont il est brusquement tombé amoureux. Voilà bien de quoi faire sourire les cyniques et pourtant ! ...

Une question s'est de tout temps posée : pourquoi est-on conscient de ce qui arrive ( l'amour avec un grand A ) au moment précis où l'on commence à souffrir ? …
L'amour ne devrait-il pas aller de pair avec la joie et le bonheur, cet état étant un cadeau des dieux ?

 

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Force est de reconnaître qu'il en va rarement ainsi ou de façon provisoire mais quand on y réfléchit, c'est juste un problème d'équivalence, l'Autre - autrement dit, l'être aimé - n'aime pas de même sorte, avec le même potentiel d'intensité et lorsque par hasard, cela arrive, c'est rarement en même temps.

Deux ego sont face à face et ne tardent pas à s'opposer

" question d'âme et d'éducation " précise notre auteur-interprète qui veut rester indulgent. C'est en réalité bien plus complexe que cela.

Non sans humour le même précise " on tombe amoureux comme on tombe d'un escalier " ce qui sous-entend qu'on a loupé une marche. C'est que totalement investi dans l'ascension, il semble bien que l'on ait voulu monter trop haut et trop vite. Alors on se ramasse et - qui sait ? - peut-être a t'on été victime d'un croc-en-jambe ? Allez savoir  ! …

Après la déconvenue, viennent les insomnies. Notre palpitante victime passe ses nuits à penser - à ressasser plutôt. C'est ainsi que l'on se consume de l'intérieur en faisant le vide autour de soi. Ne voulant pas s'avouer vaincu, l'amoureux désemparé s'accrochera à des faux-semblants qu'il transformera en réalité ( du moins le croit-il ) tant en pareille circonstance, l'auto-persuasion est grande …

 

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C'est que, au lieu de l'accepter tel qu'il est, la perfide créature a décrété que c'était à lui de changer et même dans l'intervalle, de débarrasser purement et simplement le plancher. Damned !

Devient-on " le dernier des abrutis quand on est amoureux " ?
Pourtant un très vieil adage propose depuis toujours la solution,

" Suivez, on vous fuira,
" Fuyez, on vous suivra "

Mais l'amour est sourd et aveugle, c'est bien connu !

Plus d'un spectateur se reconnaîtra tout au long de ce monologue que Julien Romano nous livre ici, sans l'ombre d'une réserve en s'y impliquant totalement ( corps et âme ) et quand le vieillard du début refait son apparition ce sont les accents de Musset qui nous reviennent en mémoire :

… "  quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. "
 
" On ne badine pas avec l'amour ", bien sûr.

Il vous reste jusqu'au 30 décembre pour aller voir et entendre Julien Romano au Guichet Montparnasse et il est impossible que vous ne soyez pas émus.




Simone Alexandre

 

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10:16 Publié dans THEATRE | Lien permanent