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23/12/2007

Même si c'est vrai c'est faux de Henri Michaux

Théâtre Artistic Athévains
45bis, rue Richard Lenoir
75011 Paris
(M° Voltaire)
T. 01 43 56 38 32
Pl. 30€, TR 20€
tarif jeunes - 26 ans : 10€

Du 11 au 23 décembre 2007

mardi 19h. mercredi, jeudi 20h.30
vendredi 19h. samedi 18h
dimanche 16h.30 (relâche le lundi)

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adaptation théâtrale et mise en scène,
Isa Mercure et Gilles Guillot
scénographie : Claude Lemaire.
avec Gilles Guillot (Plume, etc ...)
Hervé Dupuis ou Bertrand Ravalard au piano sur une musique de Hervé Dupuis

Honfleur, grand ciel bleu parsemé de nuages, bruit de vagues, un homme lézarde sur la jetée. C'est à un voyage immobile que Gilles Guillot va nous convier et pour cela, il sera Plume, ce personnage inventé par Henri Michaux que l'auteur a gratifié d'un nom plus léger que l'air mais dont l'esprit véhicule de très nombreuses et parfois, très lourdes pensées.
Plume, c'est cet homme entre deux âges, coincé dans ce costume couleur de muraille qui prétend vouloir dormir mais dont l' esprit vagabonde en permanence. Car ce Neptune terrien déclenche des tempêtes, s'invente de terribles haines, joue les sérial-Scapin enfournant une multitude de Géronte en son sac.
- " Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre " dira t' il.
Une petite copie de lui, habillée à l'identique, sorte d'avatar en miniature se trouve là, à proximité comme si son reflet dans l'eau, en émergeant avait rétréci.
Pluche semble croire en la métempsycose à part que, selon lui, l'âme ne vole pas, elle nage. Car il croit en Dieu, même si ce dernier n'en sait rien ... Le monde dans lequel il vit serait affreux s'il n'était aussi absurde. On y arrache des têtes car certaines tiennent et d'autres pas. Un rat, un mouton ou un éléphant peuvent aussi bien être écrasés quant au papier, son malheur est de rester couché sous la plume alors qu'il est amoureux de l'encre ...
Nous assistons à ce délire verbal dit de façon naturelle comme si tout ce que nous entendons était d'une banalité absolument quotidienne.
Le verbe chemine en compagnie du piano qui intervient en contrepoint. Des marionnettes, grandeur nature celles-là, font leur apparition. L'une d'elle porte couronne et puisque c'est la reine, notre homme l'accompagnera en un petit pas de danse avant d'accéder à plus d'intimité.
On entre (ou pas), en cet univers décalé qu'il faut sans doute bien connaître pour tout à fait l'apprécier car force est d'admettre qu' on n'y accède pas directement de plein pied.

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

16:35 Publié dans THEATRE | Lien permanent

13/12/2007

Une laborieuse entreprise de Hanokh Levin

Théâtre Artistic Athévains
45bis, rue Richard Lenoir
75011 PARIS
(M° Voltaire)
Tél. 01 43 56 38 32
Pl. 30€, TR 20/15€
- 26 ans : 10€
jusqu'au : 30 décembre 2007

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photo Arthur PEQUIN.

traduction :Laurence Sendrowicz (Editions Théâtrales)
mise en scène et scénographie : Jean-Pierre Berthomier
avec, Christine Joly (Leviva), Philippe Lebas (Yona), Jean-Pierre Mesnard (Gounkel)

Un homme assis cogite dans son lit. Le sol jonché de vêtements épars a des allures de champ de bataille. Ses cogitations aboutissent à la constatation suivante, " tout bouge, tout évolue, une seule chose reste immuable, le mariage ! " et le résultat ne semble pas le satisfaire. Féroce, il prétend traîner " un boulet de viande avariée " On ne saurait faire plus aimable et avec ce texte Hanokh Levin va se surpasser sur le plan de l'humour grinçant, déclenchant des cascades de rire dans le public.
Tout ce que vous n'avez jamais osé dire sur le mariage va être ici exprimé sans le moindre détour. Si ce texte n'était aussi prégnant on pourrait lui juxtaposer la chanson d' Aznavour,
- " tu t'laisses aller, tu t'laisses aller ... "
Leviva est sans doute plus en chair qu'au moment du mariage, du moins on le suppose mais elle est toujours aussi aimante et puis Yona, les années aidant n'est pas plus frais qu'elle avec ses cheveux hirsutes et son front dégarni seulement voilà, un homme continue à se voir en coq jusqu'à la fin de ses jours (ou presque).
Bref, il va vouloir partir, recommencer sa vie avec une autre, plusieurs même ? Après tout, pourquoi pas !
Il a fait le tour de son épouse et même plusieurs fois, c'est simple, il devine tout ce qu'elle va lui dire ... Oh ! ironie, il chante tandis qu'elle pleure et puis comme il le dira crûment : " on ne peut pas bâtir sa vie sur un cul ! "
Arrivé à l'âge où l'on effectue le bilan de son existence, le résultat est clair, Yona n'a pas eu ce qu'il voulait et ajoute t' il,
- " ce que j'ai ... j'en veux pas ! "
Les jours ou plutôt les nuits, s'additionnent tous et toutes identiques, ponctués par les bruits de la rue quand la fenêtre est ouverte mais également aussi par les scènes de ménage.
Un voisin jouant les intrus se verra du même coup, transformé en boute-en-train et repartira assez piteusement.
Les situations sont atroces, lucides et furieusement cocasses d'autant que de toute cette férocité émerge l'évidente tendresse qui unit ces deux là presque malgré eux.
La mise en scène et scénographie de Jean-Pierre Berthomier adhèrent à la drôlerie du texte, les interprètes sont tous les trois formidables grâce à une justesse d'expression qui amène le public à passer par tous les sentiments allant du rire aux larmes. C'est bien là et de toute évidence, l'une des meilleures pièces vues depuis le démarrage de saison !

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

14:20 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Entretien avec M. Saïd Hammadi, ouvrier algérien.

Théâtre de Ménilmontant
15, rue du Retrait
75020 PARIS
(M° Gambetta)
Tél. 01 46 36 98 60
Pl. 15€, TR. 10€

Du mardi au samedi à 20h.45
Dimanche à 16h.
Relâche exceptionnelle le 30 décembre.
... jusqu'au : 31 décembre 2007

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Texte de Tahar Ben Jelloun
publié dans Le Monde du 11 avril 1978 sous le titre,
" Les grilles du temps "
Mise en scène : Alexandre Laurent
Scénographie & création lumière : Mathieu Bataille

avec Zahir Boukhenak (M. Saïd Hammadi)
& Philippe Haug (Journaliste-écrivain)

Combien de M. Saïd Hammadi avons nous croisé dans notre existence sans penser peut-être, à leur accorder un regard ? Parfois certains ont fait pire ...
Que venaient faire ces hommes qui avaient quitté leur pays, leur famille pour se perdre parmi une population qui ne les voyait même pas, ne leur concédant que le droit de travailler pour un salaire de misère ?
Après avoir colonisé les algériens chez eux, dans leur propre pays, nous avons ensuite réussi à les faire venir pour les coloniser en France, à domicile !
Beaucoup sont venus de leur propre chef car de même que le rêve américain attirait irrésistiblement tous ceux qui pour une raison ou une autre se sentaient mal là où ils étaient, il semble qu'un rêve européen soit devenu la dernière utopie en cours ... Les générations françaises précédentes ont fait croire à leurs enfants que certaines tâches étaient indignes d'eux, il fallait alors avoir recours à une main-d'oeuvre externe et si possible, au meilleur prix.
M. Saïd Hammadi est de ceux là. Habitué au soleil, il doit se contenter du ciel gris, de la petite chambre qui ne fait que 12m2 et qu'il partage avec un collègue. Comme il le dit, aucun français n'accepterait de vivre en de telles conditions.
Seulement, sur les malheureux 3000 fr qu'il gagne en France (c'était avant l' euro qui n'a sans doute rien arrangé ...) il peut en faisant très attention en adresser 1000 à sa famille restée au village, là-bas, de l'autre côté de la mer qu'il traverse une fois par an pour aller les rejoindre et revenir ensuite galèrer jusqu'à la retraite.
Un journaliste-écrivain va l'interroger afin de comprendre ou du moins essayer ...
Ce texte de Tahar Ben Jelloun est paru dans le Monde sous le titre " Les Grilles du Temps " en 1978 mais depuis, qu'y a t' il de changé ? ...
Les flux migratoires alternent quant à leur provenance tandis que les problèmes restent identiques. Le fantasme de l' An 2000 qui occupa les esprits s'est évanoui au fil des années. M. Saïd Hammadi ne sera pas " la dernière génération à émigrer " bien au contraire, puisqu' il semble que les raisons de bouger se multiplient. On prévoit même des arrivées massives dues aux désastreuses modifications climatiques dont les pays riches sont en grande partie responsables, bien entendu.
De tous les regrets qu'il peut collectionner, notre transfuge déplore avant tout de ne pas avoir eu la possibilité de s'instruire afin d'être en mesure de mieux se défendre. Ce texte nous en dit long sur le sort de certains alors qu'un minimum d'humanisme aurait pu et pourrait encore tout changer.

Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

14:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent