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11/01/2008

Jean la Chance, Bertolt Brecht - Jean-Claude Fall

Théâtre d'Ivry Antoine Vitez
1, rue Simon Dereure
94200 IVRY
(M° ligne 7 : Mairie d' Ivry)
www.theatre-quartiers-ivry.com
tél. 01 43 90 11 11
Pl. 19/12/9€

mardi, mercredi, vendredi & samedi à 20h.
jeudi : 19h. dimanche 16h. relâche le lundi.


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photo Marc Ginot.

traduction Marielle Silhouette & Bernard Banoun (L'Arche, éditeur)
mise en scène : Jean-Claude Fall
avec David Ayala, Mihaï Fusu, Patty Hannock, Dominique Ratonnat, Roxane Borgna, Fouad Dekkiche, Jean-Claude Fall, Isabelle Fürst, Fanny Rudell, Luc Sabot.

La bonté qui pour beaucoup rime avec naïveté afin de ne pas dire pire ... fait effectivement de Jean un être bon et un peu naïf. Cela ne le dispense pas certes, d'une dose de bon sens car enfin, si le monde dans son ensemble était moins corrompu, les êtres comme lui risqueraient ils d'être punis pour trop de grandeur d'âme ?
La chance, c'est ce qui vous accompagne parfois ou qui vous tombe dessus brusquement sans l'avoir totalement mérité, conséquence de la prodigalité des dieux. Jean a tellement confiance en la vie qu'il voit constamment celle ci sous un jour favorable. Inexplicablement, il est heureux !
Sa femme va le tromper et suivre le suborneur. Qu'à cela ne tienne, puisque c'est ce qu'elle désirait et puis la servante est toujours là, prête à s'occuper de lui. D'ailleurs, son épouse lui a laissé la ferme, pourquoi alors serait-il malheureux ? Juste un peu contrarié mais cela ne durera pas car ce n'est pas dans sa nature. Tant que les étoiles s'allumeront au ciel et qu'il pourra les contempler voilà la preuve intangible que tout va bien.
Une maison ne valant pas à ses yeux deux charrettes avec au bout la liberté, il va après force schnaps accepter ce troc proposé par des filous.
Mais aucune charrette ne remplace un ami, c'est bien connu.
Celui là a la parole facile et il s'en sert auprès de ce grand enfant de Jean qui aura ensuite la tête tournée par un manège, (en toute logique) puis se fera voler une oie à laquelle il s'était attaché. Jean ira ainsi de mésaventure en mésaventure sans presque s'en rendre compte car c'est une heureuse nature qui ne retient que le bon côté des choses ...
On comprend bien que tout cela ne pouvait finir que d'une seule façon.
David Ayala est ce anti-héros qui déclenche notre sympathie teintée d'affectueuse désapprobation. On a presque envie de l'avertir : " ne fais pas cela, tu vas te faire avoir ... "
Quand un superbe mais cruel jeu scénique le plonge à demi-nu dans l'eau, on s'inquiète pour lui. Le comédien est absolument magnifique dans ce rôle pour lequel on peine à imaginer quelqu'un d'autre à sa place. Il ne saurait même en être question tant il colle au personnage que l'on aime sans réserve aucune. Autour de lui ses camarades vont et viennent, lui donnent allègrement la réplique et parfois en chansons - un peu ..." just ", le côté chant, mais nous ne sommes pas un pays de chanteurs - des musiciens aux tons et allures tziganes les accompagnent. Le tout est enlevé et ces deux heures passent sans que l'on s'en aperçoive.

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

13:45 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Moloch de Philippe Crubézy (création)

Théâtre de l'Est Parisien
159 avenue Gambetta
75020 Paris
(M° Gambetta, Pelleport, Saint-Fargeau)
www.theatre-estparisien.net
Tél.01 43 64 80 80

du mercredi 9 janvier au vendredi 8 février 2008
mercredi, vendredi, lundi à 20h.30
jeudi, samedi, mardi à 19h.30

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photo, Hervé Bellamy.

Texte et mise en scène : Philippe Crubézy (écrivain engagé à l'Est parisien, saison 07/08)
avec, Elisabeth Catroux, Xavier de Guillebon, Ophélie Marsaud, Jean O'Cottrell.

Etrange spectacle : celui de quelques humains pris dans l'engrenage de la société actuelle, monstre sanguinaire qui dévore ses enfants.
Si pour essayer de comprendre, on remontait à l'âge des cavernes, trouverait-on l'explication ? Il est permis d'en douter. C'est cependant ce que va tenter Alain (Jean O'Cottrell) qui au moment où il devrait être en mesure de récolter le fruit d'un demi siècle d'existence, se voit brusquement licencié.
Cherche t' on à découvrir tout ce qui se passe dans la tête de quelqu'un à qui cela arrive ? Le fait est d'une consternante banalité et c'est bien entendu le traitement de l'histoire qui le sera moins.
Claudine, sa femme (Elisabeth Catroux) est ce que l'on nomme communément, une femme active et de ce fait, c'est elle qui va empêcher le ménage de partir complètement à la dérive alors que la vie d' Alain s'égare dans l'inutilité ...
Leur fille, Fanny (Ophélie Marsaud) en proie à un étrange vice, joue et perd régulièrement des sommes de plus en plus importantes.
La solidarité familiale a ses limites et d'ailleurs, comment faire face en semblable contexte ?
Monsieur X (Xavier de Guillebon) aura donc son rôle à jouer. Tout d'abord antipathique au possible, cynique prédateur, pur produit de la société capitaliste en place, ce dernier va peu à peu nous étonner ...
Au fil des situations évoquées, le spectateur va donc passer par tous les sentiments, consternation, indignation, compassion, espoir.
Le décor est sinon étrange du moins inhabituel comme ce qui va peu à peu sous nos yeux, advenir. La pièce est certes, un peu longue, mais peut-être est-ce tout simplement dû au fait qu'il fallait laisser aux sentiments le temps d'évoluer ? ...
Ces aller-retour de rideau également peuvent expliquer notre impatience à connaître la fin. Il n'est pas facile d'évoquer une situation banale dans des conditions extraordinaires et l'on est forcément un peu déroutés mais la réflexion engendrée valait la peine de s'y livrer.
Le théâtre n'est pas exactement la vie or, cette dernière pèse lourd dans ce qui nous est raconté.
Par ailleurs, Philippe Crubézy a privilégié le cheminement intérieur des deux hommes, ce qui créé un léger décalage par rapport à leurs vis-à-vis féminines qui se trouvent automatiquement vouées à plus d'extériorité. N'importe, cette situation déstabilisante, à elle seule valait le détour.

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

13:10 Publié dans THEATRE | Lien permanent

ANTIGONE de Sophocle

L' ATALANTE
10 Place Charles Dullin
75018 PARIS
(M° Anvers)
Tél. 01 46 06 11 90
Pl. 18/13/8€

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi & lundi à 20h.30
Dimanche à 17h.

Jusqu'au : 11 février 2008

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Traduit du grec ancien par Florence Dupont - L' Arche, éditeur.

Mise en scène, René Loyon
avec, Jacques Brücher, Marie Delmarès, Yedwart Ingey, René Loyon, Igor Mendjisky, Claire Puygrenier.

L'homme tragique ne peut rien contre la volonté des dieux susceptibles de le balayer comme un fétu de paille.
Tous les textes anciens ont démontré cela.
L'époque actuelle, hélas trop riche en tragédies diverses semble avoir peu à peu amoindri notre perception du tragique en un réflexe d'auto-protection. Nous traînons depuis plus d'un demi siècle et même bien au delà, la conviction que cette forme d'expression peut receler une part de ridicule si on ne la débarrasse de tout pathos. De ce fait, nos metteurs en scène s'évertuent à rendre le discours quotidien à l'extrême. Ce qui peut se justifier face à des alexandrins ciselés au XVII ème siècle mais certes pas en ce qui concerne un texte antique dont la fidèle traduction prouve l'absence d'afféterie initiale. Je voudrais ajouter que la traduction de Florence Dupont est de toute évidence remarquable.
Le metteur en scène a misé sur un relatif dépouillement qui se justifie par la beauté du texte. Sophocle suffirait à meubler un espace vide et l'absence de meubles aurait empêché les personnages de s'asseoir ce qui me paraît relever de l'aberration pure et simple en matière de tragédie où les personnages sont par définition debout voire à genoux mais jamais assis, (no sense) à quelques impériales exceptions ...
Dans le même ordre d'idée, voir un garde arriver en débardeur, le chef couvert d'un bonnet de pêcheur couvrant des cheveux longs et raides me paraît quelque peu ... Dommage car le comédien, lui est excellent !
Comédien, le mot est lâché, je ne vois plus depuis longtemps que des comédiens jouant la tragédie mais de tragédien point, cette forme d'expression étant victime sans doute de la caricature qui en est faite comme si sobriété et tragédie ne pouvaient aller de pair.
Je ferai une exception pour Claire Puygrenier qui semble investie sobrement mais parfaitement de la dimension tragique, preuve que tout n'est peut-être pas perdu ?
Igor Mendjisky est un intelligent Hémon tout à fait crédible.
René Loyon propose un Créon étrangement mesuré, ce qui réduit quelque peu le caractère redoutable du personnage.
Marie Delmarès dans le rôle titre va jusqu'au bout d'elle-même et l'on devine Jacques Brücher respectueux des indications données.
A aller voir cependant, pour la beauté du texte qui ne saurait souffrir d'aucun amoindrissement.

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

12:50 Publié dans THEATRE | Lien permanent