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21/12/2016

La cruche de Georges Courteline

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame-des-Champs

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° N.D. des Champs)

 

Loc. 01 45 44 57 34

 

 

http://www.lucernaire.fr/

 

du mardi au samedi à 19h

 

le dimanche à 15h

 

Mise en scène : Henri de Vasselot

 

avec : Antonine Bacquet ou Agathe Trebucq - Maria Mirante ou Florence Alayrac - Martin Jeudy ou Marc Valéro - Alexander Swan - Marc Sollogoub ou Henri de Vasselot

 

 

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Un spectacle qui commence par un air de « Ciboulette » du délicat et délicieux Reynaldo Hahn ne peut être que riche de promesses.

Elles sont tenues par les jolies voix de la troupe de « L’envolée lyrique » qui a le bon goût d’intercaler dans le texte somme toute assez court de Courteline des airs piochés de ci de là dans divers répertoires, avec justesse et opportunité.

« La Cruche » pièce rapide écrite en 1909 et, fait notable en raison de sa rareté chez Courteline, en collaboration avec Pierre Wolff, auteur à succès de son vivant mais tombé dans un oubli paisible, met en scène quatre personnages : le couple formé par le sieur Lauriane et Margot (dite la Cruche), le peintre Duvernié, célibataire et séducteur amant de la très mariée et volage Camille, dont Laurianne aimerait recueillir les faveurs, quand Duvernié rêve de Margot. La boucle est ainsi bouclée, la pièce peut être dite.

Naturellement s’ensuivent des situations légères et cocasses, où le quiproquo n’a qu’une place très légère, et c’est heureux, car ce principe a cela de pénible que poussé à l’extrême, il perd de son sel. Rien de cela ici où tout va très vite, les idées, les mots et l’action.

Laurianne est une sorte de sale type qui a davantage d’ambition que de moyens et moins de tête que d’impulsion. Pour tout dire, il est assez peu sympathique, ce qui, en creux, confère à la personne de la douce Margot, ancien trottin comme elle le rappelle ce qui fait comprendre combien elle est d’origine modeste d’autant plus de douceur. Disons que Laurianne est un macho au petit pied et Margot une femme soumise, et au-delà.

L’analyse qu’elle donnera d’elle-même n’est pas sans émouvoir, car on imagine sans peine l’inconfort permanent de sa position : ouvrière jetée dans la bourgeoisie et chez des artistes, elle peine à trouver une place et ne dispose pas des arguments pour lutter, ni peut être même survivre dans un monde certes feutré, mais néanmoins d’une absolue violence. A la manière du lierre, elle vit où elle s’attache et, suivant un vieux diction, aime qui feint l’aimer.

Camille est en revanche une femme de tête, bourgeoise installée disposant d’un large vocabulaire, comme de la grammaire des émotions pour exprimer ce qu’elle ressent, plaisir gêne ou attentes. Elle est une image de la femme forte, mais in fine néanmoins vaincue par les hommes, ce qui chez l’auteur et suivant l’époque, ne saurait surprendre.

Quant à Duvernié, il vit sa vie d’artiste, inconséquent et léger, papillonnant,  certainement plus épris de lui-même que de tout autre.

 

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( photos : Cédric Barbereau )

 



Néanmoins, nous sommes chez Courteline, et chacun a sa part de dinguerie qui vient amodier le sérieux de tout cela. On peut se poser la question de savoir si l’innocence, présentée comme de la bêtise est exempte de clairvoyance, ou si le confort abêtit, ou rend méchant, et que faut-il penser de la franchise, des honneurs, de l’amour ? Faut-il même en penser quelque chose ?

Dans un décor plutôt stylisé, dans des costumes chics et plaisants, Henri de Vasselot réussit sa mise en scène sans répit, vivante, gaie.


La troupe de « L’envolée lyrique » donne avec générosité un spectacle épatant, drôle sans être superficiel, sérieux mais avec humour, élégant,  et son talent généreux emporte une salle ravie de pouvoir assister à une représentation de franche et salvatrice joie de vivre.

C’est au Lucernaire, toujours à l’affût de jolies productions, jusqu’au 22 janvier prochain. Il convient de s’y précipiter.



Frédéric Arnoux ©

 

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11:41 Publié dans THEATRE | Lien permanent

19/12/2016

Fille du Paradis d'après Putain de Nelly Arcan

Texte publié par les Editions du Seuil et les Editions Points

 

Adaptation et mise en scène : Ahmed MADANI

 

 

Interprétation : Véronique SACRI

 

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" Fille du Paradis " … ( ô ironie  ! ... )

Adaptation du célèbre (sic) roman de Nelly Arcan intitulé élégamment " Putain. "
Ce n'est pas tout à fait par hasard si Ahmed Madani s'est penché sur cet écrit qui peut en choquer certains. 

Loin de moi l'intention de dénoncer mais quel père ( musulman ou non ) voudrait que sa fille en arrive là ?
 
Sans justifier le port du voile islamique on peut le comprendre face à de tels exemples. Il faut alors prendre la démarche comme une résistance et non une provocation.

Mai 68 fut la meilleure et la pire des choses …
Avant, en Occident, on surveillait étroitement les adolescentes écartant de leur route tout risque de déviance ; ensuite ce ne fut plus possible, l'émancipation étant passée par là, avec ses avantages et ses inconvénients.
 
Après l'explosion émancipatrice, le libéralisme - terme pudique, " politiquement correct " pour désigner le capitalisme - avait une revanche à prendre. Etudier ( surtout au Canada, l'action se situant à Montréal et on se souvient des manifestations dénonçant l'excessif coût des études là-bas ) n'est finalement réservé qu'à une élite. Si les parents n'ont pas les moyens, on laisse tomber et à défaut de diplômes, impossible de trouver un emploi intéressant. C'est sans issue. Alors certaines se donnent les moyens  plus ou moins acceptables de continuer en dépit de tout.

Ce spectacle est par excellence clivant et au final assez sexiste puisque les hommes se mettront immanquablement à fantasmer tandis que la plupart des femmes risquent d'être submergées par le dégoût.
 
Il a fallu beaucoup de courage à Véronique Sacri pour prendre ce texte à bras-le-corps et force est de constater que ses efforts auront été récompensés si j'en juge par les réactions du public. Quelques minutes avant que la représentation commence, une spectatrice enthousiaste déclarait être là pour la troisième fois ! ...

Pour ma part je formulerai un seul regret, puisque Cynthia est une escort-girl canadienne entendre l'accent québécois aurait sans doute apporté une touche ludique à des situations " hard " au possible et ce faisant aurait permis sinon d'éraser la crudité du propos mais de fournir un supplément d'humour " en ce monde de brutes."

Délibérément, auteur, adaptateur et interprète ont fait le choix inverse, celui de la clarté absolue et assument parfaitement la mission qu'ils se sont fixée.




Simone Alexandre

 

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15:15 Publié dans THEATRE | Lien permanent

17/12/2016

Mileva Einstein d'Angelo Corda

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THEATRE de la REINE BLANCHE

 

2 bis, passage Ruelle

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° Chapelle)

 

 

loc. 01 40 05 06 96

 

 

http://www.reineblanche.com/

 

du : 22 novembre au 30 décembre 2016

 

à 19h.

 

Places de 10 à 20€

 

 

Texte et mise en scène : Angelo CORDA

 

 

avec : Marc-Henri LAMANDE, Aude KERIVEL,

Arnaud CERMOLACCE et Ambjörn ELDER

 

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Nous connaissons tous le couple formé par Pierre et Marie Curie, celui constitué par Albert et Mileva Einstein l'est moins. Angelo Corda a donc eu l'idée d'écrire et de mettre en scène cette farce politico-vaticanesque.
 
Il existe depuis toujours une incompatibilité entre l'Eglise et la Science. ( se souvenir de Galilée et de Giordano Bruno pour ne nommer que ces deux victimes là )


Or même à l'aube du Vingtième Siècle - où se situe l'action - les esprits avaient peu changé : l'hégémonie pontificale se voulait toujours omnisciente et s'attaquait à tout ce qui risquait d'ébranler ses théories. Celle de la relativité du Temps pouvait donc mettre à mal la croyance voulant que l'Univers ait été créé en 6 jours ( et non 7 ) puisque Dieu s'est alors reposé et visiblement poursuit son oeuvre en fermant les yeux et se bouchant les oreilles dans l'attente de l'Apocalypse prévue.

En ce cas, comment s'étonner que le " représentant de Dieu sur terre " ait eu l'idée d'envoyer un espion au domicile des époux Einstein afin de les dissuader de faire paraître leurs travaux ?  Deux précautions valant mieux qu'une, ce ne sera pas un émissaire du Vatican mais deux qui se présenteront et par conséquent, un de trop.

Je voudrais saluer ici la sobre prestation de Ambjörn Elder à la présence bien trop éphémère, hélas !

Les moyens utilisés sont pour le moins expéditifs et comme Mileva ( qui n'était pas de confession juive ) fait figure de brebis égarée, le Saint Siège pèsera de tout son poids pour la ramener en son camp. C'est l'instant précis où la pièce dévie en direction du thriller et où l'épouse rudoyée par un chercheur macho deviendra une ébauche de Mata-Hari.

 

C'est énorme bien sûr et les comédiens voguent sans retenue sur cette mer d'intranquillité. Einstein cocufié par un évêque, la situation ne manque pas de piquant et devrait réjouir tous les anticléricaux de France et de Navarre pour employer une expression aussi célèbre que désormais obsolète.

La vie de Mileva Einstein fut légèrement différente de ce qui nous est ici montré mais n'oublions pas que nous sommes au théâtre où parait-il, tout est permis ? …
Quant à savoir si les travaux de l'homme qui tirait la langue doivent plus à son épouse qu'à Poincaré, laissons les scientifiques trancher la question or il semble que la polémique ne soit pas éteinte.

 

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Ceux qui, un peu plus sérieusement voudront s'intéresser au personnage-titre pourront bien sûr se pencher sur les " Lettres d'amour et de Science " d'Albert Einstein et Mileva Maric parues au Seuil ainsi que sur " Mileva-Maric Einstein, vivre avec Albert Einstein " par Radmila Milentijevic aux Editions de l'Age d'homme. Une double idée de cadeaux pour les fêtes de fin d'année également.

En attendant, vous pouvez certes aller vous divertir en prenant le chemin qui mène à la Reine Blanche d'autant que le désopilant Marc-Henri Lamande fait tout pour cela, sans retenue aucune tant il est évident que le comédien s'en donne à coeur joie !

 

Simone Alexandre

 

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15:23 Publié dans THEATRE | Lien permanent