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27/10/2017

PROJECTION PRIVEE de Rémi de Vos

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame des Champs

 

75006 PARIS

 

 

(M° N.D. des Champs)

 

LOC. 01 45 44 57 34

 

Pl. de 11 à 26€

 

http://www.lucernaire.fr/

 

Tous les jours sauf dimanche et lundi à 21h

 

Durée : 1h20

 

Mise en scène : Michel Burstin

 

avec Bruno Rochette ( l'homme ) - Sylvie Rolland ( la fille ) - Elsa Tauveron ( la femme )

 

 

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( photo : Joseph Bauderet )

 

 

 Une femme installée sur son canapé, remet inlassablement du rouge à lèvres … Son " babouin " marital est absent aussi se confie t-elle à nous. Comme elle est presque toujours seule, la télé lui tient compagnie et elle suit les émissions avec l'âme d'une midinette.

 

Emoustillée par tout ce qu'elle voit sur le petit écran, la dame a une méthode pour approcher les vedettes : elle ne manque aucun enterrement et souvent, la loi des séries lui permet d'approcher ce monde auquel elle n'appartient pas. Bref, comme on dit vulgairement, elle se fait son cinéma.

Brusque changement d'atmosphère, voilà que l'époux débarque accompagné d'une conquête qu'il cherche à justifier n'importe comment, en disant n'importe quoi.


" C'est la nouvelle baby-sitter ! " ce qui pose un léger problème étant donné que le couple n'a pas d'enfant puis l'homme s'étonne en constatant que son épouse est là, persuadé que cette dernière était allée rendre visite à sa soeur ? -
Manque de chance, elle n'en a pas ...
 
Une fois de plus, l'humour  " ab absurdo " de Rémi De Vos fait merveille !

Immédiatement, le spectateur rationaliste perd pied multipliant les hypothèses ...

La dernière conquête de l'époux volage, quelque peu mal à l'aise - car en surnombre et trompée elle aussi - ne tardera pas à sympathiser avec la femme ou du moins tentera de se rapprocher de celle-ci afin de se faire pardonner.
Et puis, la solidarité féminine existe tout de même !  

L'auteur nous proposera une petite parenthèse romanesque dans le style Jane Austen car vivre par petit écran interposé, cela finit par laisser des traces dans l'imaginaire ; le trio de comédiens s'en donne donc à coeur-joie et nous aussi.

Gardons nous farouchement de vous dire comment tout cela va finir, le chiffre 3 étant bien sûr insolite et pas très confortable pour un couple. Or, sans être particulièrement féroces on ne rit jamais autant que du malheur des autres, c'est bien connu puisque l'on reste persuadés que ça ne pourra jamais nous arriver personnellement.

Allez y, texte, mise en scène, jeu des comédiens font bien plus que valoir le détour et on découvre alors ce moment complètement foutraque en se félicitant d'avoir eu la riche idée d'aller voir cette pièce plutôt qu'une autre.




Simone Alexandre

 

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11:09 Publié dans THEATRE | Lien permanent

26/10/2017

Le journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau

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THEATRE LES DECHARGEURS

 

3, Rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

(M° Châtelet)

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

Pl. de 10 à 18€

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Tous les jours sauf dimanche & lundi à 19h30

 

 

jusqu'au : 28 OCTOBRE 2017

 

- PROLONGATIONS : les 4, 11 & 18 novembre,

les 2 & 23 décembre à 17 heures et la semaine

du 12 au 16 décembre à 21h15

 

Mise en scène : Jean-Pierre Hané

 

avec Catherine Artigala

 

 

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( photo : Sébastien Cotterot )

 

 

Autant le dire d’emblée  « le Journal d’une femme de chambre » que propose actuellement le théâtre des Déchargeurs est une totale réussite !


Dans une adaptation de Michel Monnereau et une mise en scène ( et des lumières ) de Jean-Pierre Hané, l’excellente Catherine Artigala nous donne à voir mais surtout à entendre une Célestine formidable de vie, de combativité, de féminité et d’abandon.

Octave Mirbeau a cela de surprenant que chacun de ses textes revenant à la scène est une redécouverte ; c’est un auteur qui n’a pas hésité à torpiller son monde, celui de la seconde partie du XIXème, qui n’a pas craint de fustiger sa société, tout fils de notaire normand, donc de bon bourgeois, qu’il fût, avec au-delà une pointe de modernité qui le fit se lier d’amitié avec Monet, Rodin, Pissaro…

Qui est Célestine ? : une femme de chambre, ce qui ne se confond pas avec une bonne à tout faire dans la hiérarchie du monde ancillaire, c’est-à-dire une servante affectée à la seule personne de ses employeurs et qui ne s’occupe que d’eux, dans leur directe intimité. Elle saura nous le décrire non sans laisser le sentiment d’une sorte de perversité ou de désir caché, comme un jeu dont, enfant, elle aurait été privée… Cela lui vaut des déboires qu’elle relate avec une distanciation comique, désabusée qu’elle est, constatant un peu surprise les mœurs du temps, les lubies de ses patrons, leur dinguerie parfois.

Son intelligence instinctive la met d’emblée à l’abri de bien des ennuis, même si elle reconnaît que son statut l’expose terriblement, et il ne nous est rien caché des mauvaises pratiques tant des employés que des patrons, classes sociales qui se regardent en chiens de faïence et que tout oppose dans un combat souvent invisible et sourd. Les forces semblent s’équilibrer dans les besoins qu’ils ont les uns des autres, en ces époques où la rente permet encore aux bourgeois, pas même trop riches, d’employer du personnel.

Nous sommes en 1900. Nous sommes en Normandie, terre parfois violente comme Maupassant le décrit dans ses Contes… Alors ses personnages sont faits de cette pâte, anti-dreyfusarde sans se rendre compte que cela veut dire antisémite, nationalistes par amour des défilés militaires en province, rare distraction … et vaguement calotins parce que le curé reste un personnage important. La loi de séparation n’a pas encore été votée.

Comme tout un chacun, Célestine rêve d’améliorer sa condition et le mariage est une voie de sortie à la fois simple, traditionnelle et honorable. Reste à trouver le mari qui lui permettra de s’élever.
Et c’est là que Mirbeau est à son meilleur, car si le souhait de Célestine, son ambition même, est à la fois légitime et modeste, les moyens pour y parvenir lui feront revoir tous ses préceptes moraux. C’est cette lente glissade vers l’infâme, qui met à jour les pires travers de l’individu, qui fait de ce texte, d’une folle modernité, un brûlot.

Célestine passera de la critique muette à la dissimulation, puis au mensonge, puis à l’aveuglement coupable, complice, avant de basculer complètement dans l’abandon de soi et d’accepter l’inacceptable. On la perçoit alors prête à agir.

D’une certaine manière Mirbeau laisse entendre que ces reniements informulés et ce passage à l’acte sont des phases nécessaires pour parvenir et attester de son appartenance à une classe.
Il est terrible alors, en ce que, d’une certaine manière, mais sans en adopter les points de vues, il annonce la liberté de langage et le ton de Céline ;  comme on dit maintenant, il est « sans filtre ».

La mise en lumière de cet intelligent monologue est pour beaucoup dans l’énergie que nous ressentons, et la bande-son, suggestive et recherchée, est une réussite car elle joue un rôle à part entière dans ce spectacle fin et dérangeant  qu’il importe de courir applaudir.




© Frédéric Arnoux

 

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11:53 Publié dans THEATRE | Lien permanent

24/10/2017

Quai des Brumes d'après le scénario de Jacques Prévert

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THEATRE ESSAION

 

6, rue Pierre-au-Lard

 

75004 PARIS

 

 

 

(M° Hôtel de Ville ou Rambuteau)

 

Loc. 01 42 78 46 42

 

Pl. de 10 à 25€

 

http://www.essaion-theatre.com/

 

vendredi & samedi à 19h30

 

dimanche à 18h

 

jusqu'au : 14 JANVIER 2017

 

Musique originale et mise en scène : Philippe NICAUD

 

avec : Sylvestre BOURDEAU, Idriss HAMIDA, Fabrice MERLO, Philippe NICAUD, Sara VIOT et Pamphile CHAMBON à l'accordéon.

 

 

Publié en 1927 par Pierre Mac Orlan, le roman  « Le quai des brumes «  a fait l’objet de la célébrissime adaptation cinématographique que chacun connait en 1938, en collaboration étroite de Marcel Carné avec Jacques Prévert.


Encensé depuis lors, il ne faut pas perdre de vue que Jean Renoir, rien moins, avait rebaptisé ce film « Le cul des brêmes », sans qu’on sache s’il pensait aux poissons d’eau douce, l’action se déroulant au Havre, ou aux cartes à jouer, symboles du désoeuvrement.

« Le quai des brumes » est désormais également un spectacle théâtral, fondé non plus sur le roman, mais sur le film, dans une mise en scène et sur des musiques de Philippe Nicaud.


Selon Pierre Mac Orlan si on veut revenir aux origines, le film était du domaine du fantastique social.


La pièce qu’il nous est donné de voir est plutôt du morcellement d’action. Pour tout dire, le découpage n’est pas des plus réussis et nous assistons à une suite de saynètes plus ou moins liées entr’elles, dans une action qu’il faut reconstituer.

 



C’est une manière de puzzle théâtral, pas inintéressant, mais qui souffre par trop de ses prestigieuses origines. Par ailleurs, on s’aperçoit très vite que le vocabulaire de Prévert a mal franchi la barrière du temps, que sa poésie s’est émoussée et que la violence et la vitesse de notre époque nous empêchent d’entrer parfaitement dans cette nouvelle histoire d’amour fou et désespéré.

L’univers presque exclusivement masculin dans lequel nous sommes amenés à entrer - Jean le déserteur, amené  chez Panama, bistrotier revenu de tout y compris des Amériques par un camionneur irascible, dans un bar où se croisent un peintre suicidaire, un malfrat quinquagénaire et un jeune bourgeois en mal de rupture de ban – n’est féminisé que par une jeune femme, Nelly, perdue et ,selon toute vraisemblance, peu farouche.
Dans cette galaxie masculine, elle est nécessairement celle par qui le scandale et le drame arrivent.

En cela cette pièce, outre son atmosphère, est noire, car elle ne donne pas de la femme le meilleur reflet qui soit. On est encore très près de l’image assez fantastique de la femme corruptrice, qui donne à l’homme à croire en son rachat pour mieux le frapper et le détruire.
Dépendante des uns, elle pourrait libérer les autres, suivant ses goûts et ses affections…
On peut douter de la modernité du propos.

Les fumées largement répandues sur la scène, suggérant des brumes normandes comme la Normandie n’en connut jamais, non plus que l’accordéon ne suffisent à recréer l’ambiance du film que nous avons en tête.
Certes les performances des comédiens- et de la comédienne - ne sont pas en cause, mais on peut s’interroger  sur l’opportunité d’adapter ce qui était déjà une adaptation…

Que cette sévérité ne retienne pas un public moins averti, et peut être moins prévenu contre l’oeuvre de Prévert, d’aller applaudir cette pièce à l’Essaïon.

 

La découverte reste un moment précieux.



© Frédéric Arnoux

 

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09:59 Publié dans SPECTACLE MUSICAL, THEATRE | Lien permanent