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18/01/2018

Louis Ferdinand CELINE : derniers entretiens *

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LES DECHARGEURS

 

3, rue des Déchargeurs

 

75001 PARIS

 

 

 

(M° Châtelet-les-Halles)

 

Loc. 01 42 36 00 50

 

http://www.lesdechargeurs.fr/

 

Pl. 26€

 

T.R. de 10 à 22€

 

(uniquement sur le site internet du théâtre)

 

Chaque mardi et mercredi à 21h15

 

Durée : 1h25

 

mise en scène : Géraud BENECH

 

avec Stanislas de la TOUSCHE

 

 * d'après Cahiers II, Céline et l'actualité littéraire 1957 - 1961 ( Editions Gallimard )

 

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( photo : Gabriel de Vienne / ADAGP )

 

 

 

Dans une mise en scène très statique de Géraud Benesh, Stanislas de la Tousche reprend son incarnation de Céline dans « Derniers entretiens » au théâtre des Déchargeurs.

Le célinien n’apprendra ni ne découvrira rien, et les propos tenus sont ceux de Louis Ferdinand dans ce qu’ils peuvent avoir de volontairement excessifs, de faussement provocateurs, laissant voir un Céline au bord du tombeau désespérant de la nature humaine non moins que de lui-même, avec toutefois au fond du coeur une lueur d’admiration pour le personnage qu’il avait créé.

Car tout au long de sa vie, Céline n’aura fait que composer des personnages. Il a beau se revendiquer styliste ( de la langue) il est aussi scénariste et comédien, et il a raté pas mal de ses missions auto-assignées.

Le médecin vaguement dandy des années 30 a succédé au soldat Bardamu blessé en 1914, dandy qui a précédé l’auteur choyé et partout célébré devenu pamphlétaire avant d’être le perdant total, errant de châteaux en châteaux avant d’échouer avec la bande d’ectoplasmes de tout crin de Sigmaringen, puis de fuir au Danemark, d’y être rattrapé, condamné à l’indignité nationale avec la moitié de ses biens confisqués.

 

Voilà de quoi développer dans ce personnage complexe et désireux d’être admiré et plaint de quoi alimenter son fonds de commerce ! Le paraître semble être chez lui une seconde nature.

Le Céline que nous donne à voir, avec talent et fidélité Stanislas de la Tousche est le médecin des pauvres de Meudon, autre incarnation, qui semble ainsi vouloir s’acheter, modestement, une conduite.


N’oublions pas le truqueur absolu qu’il est, et lisons ses propos en marge des entretiens qu’il accorde : « Il y a l’‘Express qui est passé par Meudon. J’avais pavoisé la gare de toute ma dégueulasserie pour le recevoir. Il a dû être content. Vont pouvoir édifier leurs lecteurs et avec bonne conscience. Je me suis roulé dans ma fange de gros cochon. Puis Match…Je suis devenu le fait divers à la mode.  Cela fera peut-être vendre D’un château l’autre… ».

Il s’est composé un personnage à la Paul Léautaud, écrivain atrabilaire et misanthrope, exposant sa décrépitude à la vue des autres pour leur donner un sentiment de culpabilité.

 

Céline, à la mort de Léautaud, endosse physiquement le personnage  du « pauvre qui pue » et tente d’opposer l’allure de la victime à son tour, non sans avoir pris soin d’éluder ou minimiser ses écrits polémiques dont Lucette Almanzor, sa femme, toujours vivante, interdit depuis toujours la ré-édition  en reconnaissant leur « pouvoir maléfique ». Pour elle, ces textes ont existé « dans un certain contexte historique, à une époque particulière ».

Il est vrai qu’au même moment, Marcel Jouhandeau, catholique jusqu’au mysticisme enivré, Paul Morand, jouisseur invétéré, Jean Giraudoux, délicat jusqu’au maniérisme ( citons-le cet auteur –oublié- qui semble passer au travers des mailles du filet, sa réponse au moins à la question Pourquoi écrivez-vous ? » Parce que je ne suis ni nègre ni juif. » … Retirons l’échelle !, d’autres encore ( Montherlant…), moins francs du collier, ou plus habiles, tous ces auteurs célèbres encore suivaient la même pente prétendument littéraire.
Ceci n’est pas exonératoire de responsabilité, mais, à mots couverts, Céline les a dénoncés, ces faux-culs , en estimant payer lourdement la facture pour tous.

Dans son personnage final qui n’est pas sans évoquer le Jean Gabin d’Archimède le clochard, Céline lance ses derniers feux. Il dénonce les modes, la nouvelle vague, les nouveaux auteurs dont il estime être copié, voire plagié. Parce que suivant sa formule il met « sa peau sur la table » et travaille à en crever, il attend un retour en posant pour la postérité. Nul doute que dans cette attitude, c’est une forme de réhabilitation citoyenne par la gloire reconnue qu’il cherche, et il suffit pour s’en convaincre de lire ses écrits à la NRF entre 1931 et 1961, date de sa mort par rupture d’anévrisme.

Il caresse et voue aux gémonies, alternativement, son éditeur, ne cessant de lui réclamer la publication de ses oeuvres dans la seule collection reconnue comme un mausolée pour les écrivains : La Pléiade. Il le souhaite de son vivant, ce qui est un privilège très rare. Il ne l’obtiendra pas, mais sa veuve sera témoin de cette publication dans cette édition prestigieuse qui constitue, il faut le dire, un merveilleux monument à l’immense auteur, difficile, souvent peu sympathique, comédien et hâbleur que fut Céline.

Hâtez-vous d’aller applaudir le formidable Stanislas de la Tousche au théâtre des Déchargeurs.
Vous y rencontrerez Céline réincarné.

C’est un choc.




© Frédéric Arnoux

 

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13:47 Publié dans THEATRE | Lien permanent

15/01/2018

Les Reines de Normand Chaurette

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MANUFACTURE DES OEILLETS

 

Théâtre des Quartiers d'IVRY

 

1, Place Pierre Gosnat

 

94 IVRY-sur-SEINE

 

 

(M° Mairie d'Ivry)

 

 

LOC. 01 43 90 11 11

 

 

http://www.theatre-quartiers-ivry.com/

 

mercredi, vendredi, lundi à 20h

jeudi à 19h

samedi à 18h

dimanche à 16h

 

du 12 au 29 JANVIER 2018

 

CREATION -

 

Texte éditions Léméac / Actes Sud-Papiers

 

Mise en scène : Elisabeth CHAILLOUX

 

 

avec,

Bénédicte CHOISNET ( Anne Baxter ) 

Sophie DAULT ( la duchesse d'York ) 

Pauline HURUGUEN ( Isabelle Warwick ) 

Anne LE GUERNEC ( la reine Elisabeth ) 

Marion MALENFANT ( Anne Warwick ) 

Laurence ROY ( la reine Marguerite )

 

Durée : 1h45 -

 

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Profondément plongé dans les traductions de Shakespeare, Normand Chaurette a puisé dans Richard III l'idée de cette uchronie mettant en scène uniquement les femmes, mères, épouses et soeurs de rois ou futurs rois d'Angleterre.

L'action se déroule à Londres en 1483 lors d'une tempête de neige qui ressemble à une fin du monde. Dans le même temps Edouard IV agonise et les intrigues de cour et autres rivalités vont bon train, chacune de ces femmes haïssant farouchement les autres car ayant toutes le même objectif qui est de conserver le pouvoir ou d'y accéder ne fût-ce que quelques secondes ! ...

Cette fiction qui puise ses racines dans la Guerre des Deux Roses et oppose bien évidemment le clan des York à celui des Lancastre fait ici cohabiter quelques personnages morts depuis quelques années ( l'existence d'Isabelle Warwick prit fin en 1477 et c'est le fantôme d'Anne Baxter qui apparaît et dialogue avec la duchesse d'York puisque la duchesse d'Exeter n'est plus depuis 1476)

La psychologie de ces femmes qui ne seraient rien en dehors du statut d'épouse - à une exception près - celle de Cécile Neville femme de Richard Plantagenet, pratiquement centenaire laquelle a donné naissance à de nombreux enfants dont Edouard IV et le futur Richard III ne doivent le pouvoir qu'aux hommes dont on parle beaucoup mais que l'on ne voit jamais. Nous entendrons juste le pas claudiquant de Richard qui résonne ponctuellement comme une sourde menace.

 

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( photos : Nabil Boutros )

 



Elisabeth Woodville qui est sur le point de perdre son roi et ses deux enfants mâles hystérise à juste titre la situation. 

La reine Marguerite qui n'est plus rien ayant perdu son époux et son fils, après un premier exil est revenue en Angleterre et ne pense qu'à repartir mais ne peut s'y résoudre.

Laurence Rey joue ce personnage de façon altière et sa confrontation avec la duchesse d'York interprétée magistralement par Sophie Daull constitue le meilleur moment de la pièce, chacune mesurant sa puissance d'expression au contact de l'autre.

Quelques anachronismes bien sûr ( comment y échapper ? ) avec l'utilisation de patins à roulettes ( ! ) inspirée par cet immense couloir qu'est devenu l'espace scénique où les spectateurs sont face à face, l'incroyable transport des enfants nouveaux nés tels des foetus en des bocaux de laboratoire, lesquels n'échapperont pas à la cruauté de Richard et des costumes intemporels soit blancs soit noirs, lesquels se veulent symboliques du sort qui a frappé.

La mise en scène d'Elisabeth Chailloux reste schématique mais le texte est percutant au possible et en dit long sur la férocité des moeurs de l'époque où de façon dérisoire, les préoccupations commerciales s'inscrivaient en filigrane dans la recherche de suprématie.




Simone Alexandre

 

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11:29 Publié dans THEATRE | Lien permanent

10/01/2018

La peau d'Elisa de Carole Fréchette

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MANUFACTURE DES ABBESSES

 

7, rue Véron

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° Abbesses ou Blanche)

 

LOC. 01 42 33 42 03

 

Pl. 24€ - T.R. 13€

 

http://www.manufacturedesabbesses.com/

 

Mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19h

 

UN SPECTACLE de : MAMA PRASSINOS

 

avec Julien LECANNELLIER

 

 

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Une femme - seule - plus très jeune et une cloison-miroir derrière elle, qu'elle interrogera de temps à autre, d'un air inquiet. Avant que la pièce commence la comédienne était déjà présente, debout face au public et attendait puis elle est allée s'asseoir sur ce banc et a commencé à raconter …

Evocation de la rencontre avec Sigfried, ce sont deux adolescents alors qui vont entamer une tacite compétition en direction de l'extravagance vestimentaire ( " on n'est pas sérieux quand on a dix sept ans " ) puis arrive l'escalade et ce toit de voiture que Sigfried a découpé au chalumeau pour transformer le véhicule en cabriolet. Quand il pleut, imaginez la suite !

Sans transition, la narratrice passera à Jan qui était fou, lui aussi. Elle l'avait rencontré dans un vernissage et la beauté du garçon lui avait coupé le souffle. Le destin l'avait remis sur son chemin peu de temps après et ils n'avaient pas tardé à partager la même baignoire.

Mais elle revient à Sigfried avec lequel elle va se mettre en ménage et comme ils n'ont pas de meubles ce dernier toujours aussi fol, se met à peindre des poissons sur les murs …

Récit d'une autre rencontre, là il s'agit d'une femme ; pour les besoins de la cause la narratrice se transforme en homme. Pendant trois secondes les spectateurs pensent avoir mal compris mais non, Carole Fréchette semble brusquement flirter avec l'Orlando de Virginia Woolf ? Tantôt une femme, tantôt un homme !

La sensualité passe cette fois par le sens olfactif. Est-ce vraiment un garçon qui a envie de ce corps de femme ?

 

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Elisa se souvient de l'époque où elle avait constamment envie de faire l'amour mais " ça, c'était avant " avant que les mains la trahissent, les coudes, le cou, toutes ces parties du corps qui vieillissent en premier. Alors elle se met à pleurer.

Un témoin se présente dans un café mais rapidement chacun raconte son histoire sans presque se soucier de l'autre : à chacun son échec.

Ce spectacle-exhibition tant mentale que physique risque peut-être de mettre mal à l'aise les femmes qui ont passé 50 ans ? En attendant témoins muets nous sommes emportés un peu à la façon de ces aventures données en pâture dans La Ronde de Schnitzler car ça défile : hommes, femmes de façon ininterrompue.

Mama Prassinos raconte tout cela de façon presque détachée, en s'excusant parfois car les images évoquées ne sont pas anodines. Elle en est tellement consciente qu'elle demandera au public : " Est-ce que ça vous fait quelque chose que je vous raconte tout ça ? "

Ce quasi monologue trouve diversion en compagnie du jeune homme interprété par Julien Lecannelier qui intervient ponctuellement puis repart non sans lui avoir ( peut-être ? ) fourni l'antidote.

Ce texte court mais foisonnant est édité par Actes Sud - Papiers, l'auteur expliquera sa démarche en toute fin et la beauté de l'écriture est ici un baume qui recouvre les impressions.




Simone Alexandre 

 

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10:40 Publié dans THEATRE | Lien permanent