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30/10/2019

L'Ingénu de Voltaire

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame

des Champs

 

 

75006 PARIS

 

 

(M° N.Dame des Champs)

 

LOC. 01 45 44 57 34

 

Pl. de 11 à 26€

 

http://www.lucernaire.fr/

 

du mardi au samedi à 18h30

dimanche à 15h

 

 

jusqu'au : 8.XII.2019

 

 

Mise en scène : Jean -Christophe BARBAUD

 

avec : Thomas WILLAIME

 

 


Si on se réfère à la définition classique de l’ingénu, nous aurons affaire à une personne innocente et naïve.


Dans son conte philosophique de 1667, Voltaire a voulu que son personnage, un canadien que l’on nommait alors « Huron », devienne de moins en moins innocent et qu’il eût les yeux dessillés par les expériences de la vie.

 

Nous ne vous dirons rien de l’action reproduite sur la scène du théâtre noir du Lucernaire, car alors l’effet de surprise, s’il doit y en avoir un, aura disparu.

 

Voltaire a voulu, une fois de plus, dénoncer avec ironie les travers et les défauts d’un système dont il se satisfaisait grandement pour vivre.

 

Sous ses aspects révoltés, plus que révolutionnaires  - il sera mort depuis une assez jolie lurette quand la Révolution se réclamera de sa pensée-sous une ironie mouchetée et prudente, et c’est à nos yeux surtout là que réside son talent, dans la manière de jeter un voile sur son propos, peut être critique mais rarement totalement irrévérencieux, n’incriminant jamais complètement ceux qu’il paraît dénoncer car au fond, de quoi l’avenir est-il fait ?

 

Voltaire nous raconte l’histoire d’un jeune homme qui se laisse déborder dans un premier temps par la situation, puis par ses sentiments, puis est mû par une forme d’ambition avant de s’ouvrir à la connaissance, donc à l’esprit analytique et critique. Il aura alors sans aucun doute perdu de son ingénuité…

 

Ce nouveau seul en scène ( mais combien y en a t-il cette saison ? ) donne à Thomas Willaime l’occasion de déployer l’ensemble de la palette de ses talents, comédien, musicien, mime, danseur et sa performance est loin d’être négligeable.

 

Car au fond, ce texte, qui n’est naturellement pas fait pour la scène, a été adapté afin de permettre à l’interprète de donner à voir divers personnages, tous assez marqués, faisant passer des courants de pensées ou des sensibilités propres à chacun d’eux. Thomas Willaime y parvient avec conviction talent et non sans un certain charme. Sa performance est notable et ce jeune homme possède bien des atouts.

 

Ce qui est en revanche extrêmement critiquable est la mise en scène de Jean- Christophe Barbaud : c’est lourd, c’est pénible, c’est, et c’est une funeste tendance sur les scènes actuellement extrêmement hurleur. Faut-il indiquer aux metteurs en scène que le public n’est pas sourd ?  La vocifération n'est pas un mode d'expression bien plaisant et les effets qu'elle prétend appuyer sont peut-être ailleurs ...

 

Le traitement n’est pas sans évoquer du théâtre de rue, entre les représentations un peu tristes, voire pitoyables d’agitation vaine du Capitaine Fracasse et le tréteaux incertain d’un Molière débutant à Pézenas. On peut aimer. Mais on peut aussi en être extrêmement irrité, car tout cela gâte le plaisir. On a le sentiment que le metteur en scène demande à l’acteur de faire son numéro, et non de se placer au service du texte, sans lequel, rappelons-le, il n’est pas de spectacle.

 

Et précisément, les textes de Voltaire, tout dans la suggestion polie, dans l’ironie furtive, dans la prudente retenue de Cour, ne sont pas des mots de Comédia Dell' Arte. Les portes ne claquent pas et les gifles sont, ô modernité toutes virtuelles. Tout est dans le feutré du mot, la cruauté de l'expression, la justesse de la saillie.

 

C’est néanmoins un spectacle qu’il convient de présenter à tous les élèves de troisième à la terminale, qui doit les amener à comprendre que les aventures, subies ou créées (ou l’expérience comme on dit désormais…) ne mènent qu’à un objectif : s’éclairer la lanterne, pour être franchement trivial.

 

L’horaire est particulièrement adapté à un public de professeurs et d’élèves, qui devraient pouvoir faire leur miel de ce texte, davantage que le spectateur lambda recherchant une représentation théâtrale, et non un numéro d’acteur. Car en dépit des talents de Thomas Willaime, c’est l’effet produit par la mise en scène. C’est dommage.

 

 

Frédéric ARNOUX ©

10:48 Publié dans THEATRE | Lien permanent

25/10/2019

La Famille ORTIZ de Jean-Philippe DAGUERRE

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THEATRE RIVE GAUCHE

 

6, Rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse, Gaité

ou Edgar Quinet)

 

 

LOC. 01 43 35 32 31

 

Pl. de 27 à 45€

 

http://www.theatre-rive-gauche.com/

 

du mardi au samedi à 21h

 

dimanche à 15h

 

 

Texte et mise en scène : Jean-Philippe DAGUERRE

 

avec,

Miguel, le père : Bernard MALAKA

Marie, la mère : Isabelle de BOTTON

Pierre, le fils aîné : Stéphane DAUCH

Claire épouse de Pierre : Charlotte MATZNEFF

les jumeaux, Uno : Antoine GUIRAUD

et Ali : Kamel ISKER

 

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Chaque famille a ses secrets, plus ou moins bien vécus, plus ou moins bien gardés.

 

L'action de la pièce démarre côté cour en compagnie de deux personnages dont nous ne tarderons pas à apprendre qu'ils sont exilés au Japon. L'homme est un artiste et pousse sa chansonnette en s'accompagnant à la guitare, sa jeune femme (Charlotte Matzneff) est enceinte. Elle ne va pas tarder à découvrir le passé de son compagnon lequel n'avait jamais parlé de sa famille …

 

Reproche immédiat : pourquoi lui avoir caché tout cela et même menti ?

 

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Afin de se justifier, Pierre (Stéphane Dauch) va alors lui raconter ce qui s'est produit quelques années au préalable et dans la foulée, revivre avec nous son histoire.

Le passé ressemble souvent à un boomerang qui risque de faire mal en revenant raison pour laquelle il s'en était farouchement gardé.

 

Pourtant, cette famille était incroyablement unie. Un modèle du genre !

 

Quand il ne va pas à la pêche avec eux, le père (Bernard Malaka) ancien toréro,  organise avec ses trois fils, dont deux jumeaux : Kamel Isker et Antoine Guiraud, sous l'oeil attendri de la mère, infirmière (Isabelle de Botton) des corridas pour rire, Pierre étant le taureau dont les cornes sont des pieds de chaise.

 

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Tout se passait donc joyeusement jusqu'au jour où …

 

Le malheur ne s'annonce jamais quand il arrive. Brusquement tout bascula à commencer par la statue paternelle qui chuta de son piédestal. Pierre qui s'était pourtant comporté en héros se sentit renié et ulcéré, décida de partir à l'autre bout du monde.

 

Des années plus tard, la célébrité qu'il a gagnée au pays du Soleil Levant permettra à ses deux frères de le retrouver et il reviendra pour Noël sur les bords de la Garonne, accompagné de son épouse où là, tout finira par s'expliquer.

 

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( photos : Fabienne RAPPENEAU )

 

Une belle démonstration de tendresse filiale, de pudeur et d'humanité que nous donne ici une fois de plus, Jean-Philippe Daguerre dont nous avions tant apprécié son " Adieu Monsieur Haffmann " qui se joue toujours en ce même lieu. Voilà donc une superbe idée de soirée en perspective sachant que chaque fois, l'homme nous réconcilie avec nos semblables pourtant comme dirait l'autre : " Y'a du boulot ! "

 


Simone ALEXANDRE

 

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14:27 Publié dans THEATRE | Lien permanent

23/10/2019

Un amour sans résistance de Gilles ROZIER

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Théâtre LE LOCAL

 

18, Rue de l'Orillon

 

75011 PARIS

 

 

 

(M° Belleville)

 

LOC. 01 46 36 11 89

 

http://www.le-local.net/

 

vendredi à 20h30

 

samedi et lundi à 19h

 

dimanche à 17h

 

lundi 25 novembre avec Chantal Pétillot à 18h30

 

et Xavier Béja à 20h30

 

 

mise en scène : Gabriel Debray

 

avec en alternance,

Chantal Pétillot ou Xavier Béja

 

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Le texte d' Un amour sans résistance parut chez Denoël en 2003.


On ne peut donc soupçonner Gilles Rozier d'avoir voulu sacrifier à la mode du " no gender " !

Il n'en reste pas moins que le sexe de la personne qui nous conte cet épisode de sa vie reste à la lecture entouré d'un flou artistique ...

 

- Est-ce bien une femme qui raconte cette incroyable histoire ?


- A contrario, s'agit-il d'un homme ?


" As you like it " comme dirait le grand Will.

 

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Gabriel Debray conscient des possibilités offertes s'est habilement emparé du texte pour en confier l'interprétation en alternance soit à Chantal Petillot soit à Xavier Béja, présumant avec justesse que chacun saurait mettre en valeur les subtilités qui s'ouvriraient à eux tour à tour.

 

Sept décennies nous séparent désormais de cette époque qui n'était pas particulièrement bénie des dieux !

 

Cette confidence sera faite en fin de vie quand il y aura prescription. Au sortir de la guerre, les gens se taisaient satisfaits d'être " passés au travers " et peu désireux de revivre ce cauchemar en l'évoquant. C'est très longtemps après que les langues se délièrent ...

 

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Un coin de cave converti en cabinet littéraire dans lequel étaient cachés les livres voués à l'autodafé, leurs propriétaires risquant eux la déportation ou pire encore …
Ici, c'est un juif polonais qui survivra grâce à une obscure attraction qui déclenchera sa sauvegarde.

 

Sollicitude ambiguë car en lui permettant d'échapper au pire celui ou celle qui l'hébergeait transformait le réfugié en proie car à son entière disposition.

 

Une passion commune pour la littérature allemande en une France en guerre puis occupée servira de lien entre ces deux là avant que d'autres liens plus intimes ne s'imposent à eux.

 

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( photos : Michèle LAURENT )

 

 

La proximité du danger a toujours exacerbé les passions. Celle ci fut doublement cérébrale avant de devenir physique.

 

Chantal Petillot apporte sensibilité et humour à ce texte tandis que de son côté Xavier Béja évoque le piège que constitua cet amour " contre nature " - disait on à l'époque - dans lequel l'attrait physique se joue à l'extrême.

 

Si faire se peut, essayez d'assister à ces deux interprétations résolument différentes.
Ceux qui se plaignent de l'époque actuelle constaterons alors à quel point le sort leur est favorable grâce à ce beau sujet de réflexion qui nous est ici offert par le biais d'un double et indéniable talent.

 


Simone ALEXANDRE

 

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10:21 Publié dans THEATRE | Lien permanent