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03/05/2017

French Touch de et par Régis Ivanov

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VIEILLE GRILLE

 

1, Rue du Puits de l'Ermite

 

75005 PARIS

 

 

 

( M° Place Monge )

 

Loc. 01 47 07 22 11

 

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Pl. 20€ - T.R. 15€

- de 13 ans : 12€

 

A 20h

(voir le site du théâtre pour connaître les dates)

 

jusqu'au : 29 Juin 2017

 

- Mise en scène : Olivier HAMEL

 

Interprète : Régis IVANOV

 

 

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C’est à un monologue lourd de silences et de non-dits que l’auteur et comédien Régis Ivanov nous convie au Théâtre de la Vieille Grille jusqu’au 29 juin prochain.

Pour l’heure, c’est une alerte. Prions le Ciel pour qu’à la fin, ce ne soit qu’une peur rétrospective mais suffisante pour nous avoir appelés à une vigilance accrue, sans relâche ni temps mort, contre la résurrection de la Bête.


Alors qu’il est en charge d’assister une élue locale dont on devine les positions assez extrêmes, parce qu’il est l’auteur caché de ses discours, Jean Paul Pouchkine doit improviser une conférence sur la « French touch » en raison de la défection soudaine de l’élue.

C’est là une occasion pour ce plumitif de l’ombre qui ne doit pas mettre ses opinions en avant mais écrire dans le sens de ce que veut dire l’orateur d’ouvrir un peu les vannes, de lâcher la bonde.


Les origines du conférencier, belgo-lettones, lui donnent à réfléchir  car il peut se poser la question de savoir s’il est légitime, légitime à parler de la France à des Français, de l’élégance française à des non-Français, est-il un acteur, un spectateur, un étranger ?

A coups de progressions historiques appuyées de nombreux visuels de bonheurs divers et de qualités assez hétéroclites, mais on peut présumer sans grand risque que cela reste très volontaire, avec en outre et en outrance des raccourcis historiques, voire des impasses, terribles et parfois foudroyantes, ce qui donne au discours sa dimension humaine, dans ses failles, ses faiblesses, ses non-dits évoqués plus haut, Jean Paul Pouchkine va tenter de nous entraîner sur le terrain de ses préoccupations profondes.

C’est non sans intelligence, et avec un humour un peu désespéré, un humour de politesse en quelque sorte, parce que lorsqu’on dit des choses terribles, il faut savoir « les faire passer » que l’auteur parvient à expliquer que la France est une idée ancienne, toujours très présente et très vive, qui n’est riche que de la multiplicité de ceux qui la composent, qui l’ont composée et qui sont, ou deviennent, les Français.

Bien sûr le spectateur le plus ignorant ne peut se perdre, car Régis Ivanov a pris soin de nommer ceux et celles, plus rares, qui sont notre pays. Picasso, Dali, Poulenc, Stravinsky… Et Louis XIV lui-même était fils d’une Espagnole, petit-fils d’une Italienne et d’un Béarnais époux d’une autre Espagnole et formé par un Italien…

Faut-il redouter l’Europe ?

Et c’est par la citation, sinistre dans son horreur sectaire et raciste, d’un Français dont on présume qu’il était de souche, Louis Ferdinand Destouches, dit Céline, que se clôt presque ce spectacle assez provocateur.


Le conférencier alerte se transforme alors en clown de tragédie pour nous faire part, dans un manteau de sang, de ses angoisses, de ses peurs réelles, si éloignées de ses discours mercenaires.


Il se fait lanceur d’alerte et en appelle donc, sur le fondement de son propos discursif, à la mémoire collective et individuelle, parce que rien n’est jamais acquis, rien n’est jamais gagné, que l’histoire c’est le mouvement et que la création c’est la vie.

Etouffer cela, c’est replonger dans les ténèbres, c’est accepter d’être avalé par la Bête, et telle la victime épuisée face à son bourreau, pareille au bœuf affrontant le merlin du boucher, la lutte se termine toujours par l’affaissement de la victime et son apparent consentement au sacrifice.

Cet appel au sursaut de l’intelligence et de la clarté est salutaire et particulièrement opportun. Ce rappel que l’art est une voie pour la perfection, et malgré ce qu’en dit Arvers dans son Essai sur Léonard « The road to perfection is through a series of digust », qui est aussi un encouragement tout autant qu’une mise en garde contre la facilité, il ne faut rien lâcher.

Dans une mise en scène d’Olivier Hamel, qui gagnerait à être resserrée, Régis Ivanov est ce personnage touchant, émouvant dans ses peurs et ses espoirs, qui sont les nôtres.


Il faut aller entendre ce monologue plus sûrement que tout discours politique.



Frédéric Arnoux ©

 

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11:01 Publié dans THEATRE | Lien permanent