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29/01/2018

Vendredi 13 de Jean-Louis Bauer

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THEATRE de la REINE BLANCHE

 

2bis, passage Ruelle

 

75018 PARIS

 

 

 

(M° La Chapelle ou Marx Dormoy)

 

 

LOC. 01 40 05 06 96

 

 

Pl. 25€ - T.R. 20€

Groupes : 12€

 

http://www.reineblanche.com/

 

jeudi, vendredi, samedi à 20h45

dimanche à 15h30

& le jeudi 15 février à 14h30

 

Durée : 1h20

 

 

jusqu'au : 25 FEVRIER 2018

 

 

Texte et mise en scène : Jean-Louis Bauer

 

 

C R E A T I O N

 

 

avec : Amina Boudjemline, Margot van Hove, Loïc Le Manac'h et Mayel Elhajaoui

 

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13 Novembre 2015,

 

- qui pourrait oublier cette date où notre insouciance a volé en éclats, définitivement basculé ? Une population jeune et diverse était installée en terrasse des cafés, endroit idéal pour boire et fumer en écoutant de la musique.

C'est alors que l'horreur-de-la-guerre-en-temps-de-paix s'est invitée. Depuis trop longtemps nous fermions les yeux sur ce qui se passait ( et se passe toujours ) AILLEURS, loin de nous et de notre confortable petite quiétude.

Pudiquement la télévision filtre les images de massacres perpétrés de l'autre côté de la Méditerranée, se limitant presque à regret à fournir la vision de villes en ruines suite aux bombardements aériens dans lesquels pourtant populations civiles, femmes et enfants perdent la vie. A t'on oublié que lorsqu'on lance un boomerang, il revient systématiquement ?

Et comme toujours, ce sont les innocents qui paient.

Chacun est persuadé d'avoir raison ( inutile de connaître les écrits de Schopenhauer pour savoir cela ) Il en a toujours été de même lors des conflits qui de tout temps ont opposé les peuples. C'est triste, voire désespérant mais c'est ainsi.

 

 

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Jean Louis Bauer a situé sa pièce-constat en un cimetière ce qui est aborder le problème de front ! Jonas est venu sur la tombe de sa bien aimée tuée par l'aveugle folie des hommes.

Il reste là, éperdu, délirant, croyant la voir, dialoguant avec son fantôme.

Le garçon est jeune, plein de vie et ne demandait qu'à être heureux seulement un soir par pur caprice, il a refusé de sortir pour rejoindre Leila - là où elle était - sous prétexte qu'il n'avait pas envie d'interrompre ce qu'il regardait à la télé.

Le Destin a la main lourde parfois ...

Maintenant, il ne reste plus au jeune homme que sa douleur, sa rage et ses remords.

Pourtant il n'y a pas si longtemps, ils étaient quatre copains, Djebrill ( un musulman, franco-algérien ) frère de Leila, c'était même le meilleur ami de Jonas ( lui, le juif, franco-polonais ) … Djebrill a fini par épouser l'ex-petite amie de Jonas ( Lucie ) qui a troqué son nom de baptême pour celui d'Amana puisqu'elle s'est convertie à la religion musulmane au grand dam de sa mère qui depuis refuse de lui parler …

Les trois survivants vont se retrouver sur la tombe de Leila et forcément, cela ne va pas très bien se passer. La triste réalité et ses conséquences s'imposent à eux. Comment rester amis après ce qui vient d'arriver ? Comment continuer à vivre, comment parvenir à se reconstruire ?

 

 

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( photos : Pascal Gély )



Jean-Louis Bauer s'est emparé de ce thème à bon escient. Seul le théâtre peut trouver des mots assez forts pour exprimer les sentiments, forcément violents qui submergent les victimes de semblable situation.

Les quatre comédiens incarnent leur personnage respectif avec force et persuasion.

Voilà une pièce dont l'utilité est incontestable, durant laquelle chaque spectateur se met à la place de chacun sur scène. Ce n'est pas autrement que nous pourrons assumer le traumatisme de ces drames ( pour ne pas dire tragédie ) de l'époque actuelle. N'oublions pas que le théâtre a toujours eu un but cathartique. Ce texte en est la parfaite illustration.

Allez y nombreux car tous et toutes ( auteur-metteur en scène et interprètes) le méritent pleinement.




Simone Alexandre

 

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13:58 Publié dans THEATRE | Lien permanent

26/01/2018

Mademoiselle Julie de Strindberg

 

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THEATRE de POCHE

 

75 boulevard du Montparnasse

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

 

LOC.01 45 44 50 21

 

 

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

Du mardi au samedi à 21h

 

Dimanche à 15h

 

 

jusqu'au : 18 MARS 2018

 

 

Traduction et mise en scène de NILS OHLUND

 

avec : Jessica VEDEL ( Julie ) - Caroline PECHENY ( Kristin ) - Fred CACHEUX ou Nils OHLUND ( Jean, en alternance )

 

 

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Au moment où des écarts abyssaux se creusent en cette société mondialisée, où gagnants et perdants n'ont jamais été aussi visibles ( depuis la chute de l'Ancien Régime, bien sûr … ) où l'on essaie de donner le change ( en théorie ) concernant l'égalité des sexes, décider de jouer ce texte de Strindberg tombait à point nommé.

Mademoiselle Julie, cette moderne amazone, cette jeune femme dominatrice mais en réalité vulnérable et fragile est ici confrontée à cette synthèse de Rastignac et Ruy-Blas ( Jean ) qui, à force de cirer quotidiennement les bottes du comte nourrit le mépris de sa caste ainsi qu'une admirative attirance teintée de haine pour la classe dominante.

L'action se déroule au moment du solstice d'Eté période correspondant au " soleil de minuit " dans les pays nordiques où les hivers sont longs, très longs et où le retour à la lumière déclenche une fête célébrée par tous quelque soit le milieu social car la joie est alors unanime.

Il est notoire que Jean est lié à Kristin, la cuisinière ( du reste, ils vont à l'église ensemble ) tandis que Mademoiselle Julie vient de rompre brutalement avec son fiancé. Or voilà qu'en toute liberté, la fille du comte invite le valet à danser.

Certes, l'homme restera respectueux le plus longtemps possible mais Mademoiselle Julie a décidé de s'amuser et en pareille circonstance, rien ni personne ne lui résiste. C'est ainsi que danse et alcool aidant, il adviendra ce qui devait arriver …

Tout en écrivant cette pièce moderne ( à l'époque ) pour ne pas dire subversive, August Strindberg a rigoureusement respecté la règle des trois unités. Toute l'action se déroule en cette lumineuse nuit et dans la cuisine où Kristin officie habituellement.

Là, les projets les plus fous verront le jour et l'irréparable sera commis.

La scénographie réalisée par Lauriane Scimeni est volontairement austère.  L'espace scénique est principalement occupé par cette longue table rectangulaire à laquelle Jean et Julie prendront place, face à face en une symbolique distance laquelle sera de courte durée, le rapprochement de ces deux êtres s'avérant aussi inéluctable qu'explosif !

Symboliquement, là aussi, l'utilisation de la troisième personne s'intercalera dans le langage qu'il s'agisse de Kristin s'adressant à Jean qui est pourtant son égal et de façon intermittente et nettement condescendante quand Mademoiselle Julie a l'intention de rappeler la différence qui existe entre elle et l'employé de son père.

 

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( Photos : André MULLER )

 



Je ne vais certes pas vous raconter l'histoire qui est du reste connue de beaucoup mais sachez que l'interprétation et la mise en scène de Nils Ohlund ont sur le public un impact inégalé.

Jessica Vedel est une Mademoiselle Julie tout à la fois insolite avec ses cheveux bruns et d'une puissance d'expression qui nous rive à son jeu de façon incroyable !

Sans aucun artifice, Carolina Pécheny investit le personnage de Kristin alliant le sens moral à l'assujettissement de sa fonction.

Cette " tragédie naturaliste " comme la définissait son auteur, n'a jamais été mieux servie qu'ici et l'enthousiasme des applaudissements est parfaitement justifié.

Longue vie à cette Mademoiselle Julie !


Simone Alexandre

 

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http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

14:12 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Le Marchand de Venise de Shakespeare

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre-Dame-des-Champs

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° N.D.des Champs)

 

LOC. 01 42 22 66 87

 

 

http://www.lucernaire.fr/

 

Du mardi au samedi à 20h

 

Dimanche à 17h

 

 

jusqu'au : 1er AVRIL 2018

 

Mise en scène : NED GRUJIC

 

avec : THOMAS MARCEUL DU CEDRIC REVOLLON,

JULIA PICQUET ou LEA DUBREUCQ, REMY RUTOVIC et ANTOINE THERY

 

 

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Alors que la pièce de Shakespeare, « Le Marchand de Venise », compte pas moins de 19 rôles parlants, dans son adaptation Nec Grujic est parvenu avec seulement quatre comédiens à rendre ce spectacle plus que crédible.

 


Il a par ailleurs assuré la mise en scène avec finesse et énergie, sans temps mort, se jouant des changements de tableaux, de lieux d’espaces de si belle manière que nous restons en haleine d’un bout à l’autre de cette belle représentation.

Rendons grâces ici à son inventivité, à la richesse de ses idées.

Cette œuvre du cher William n’est pas une des moins connues, mais n’est pas non plus une des moins polémiques : contraint d’emprunter une très forte somme à Shylock, marchand juif de Venise, Antonio, marchand vénitien et chrétien, signe un contrat de prêt par lequel il s’engage à rembourser faute de quoi il abandonnera une livre de sa chair à son prêteur. Bien entendu, l’impensable se produit et le débiteur doit s’acquitter.

En dépit de certains mots d’esprit de l’auteur, cette pièce n’appelle à rire, ni même sourire, à aucun moment tant elle est lourde de certains non-dits, tant aucun des personnages n’est vraiment sympathique, tant les oppositions fondées sur l’appartenance sociale et religieuse sont prégnantes.

 

 

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En butte permanente aux insultes et aux coups des vénitiens, on dirait désormais, de façon polémique, « de souche », Shylock exige le respect des conventions signées. Cette triste affaire ira jusqu’au procès qui n’en demeurera pas moins une parodie puisque l’affaire sera plaidée par une personne sans droit ni qualification, devant le Doge qui avalisera. Et Shylock ne s’en sortira pas indemne, alors que Antonio sera renforcé dans ses droits et possessions.

L’immoralité de tout cela n’échappera à personne.

Faut-il voir dans cette pièce un écrit antisémite ?

 

Le long discours de Shylock en dit long sur les persécutions qu’il subit, alors qu’il semble être l’incarnation de tout un peuple.

Il incarne d’une certaine manière le Juif errant qui a nourri  l’imagination et la littérature depuis l’époque médiévale et jusqu’à maintenant encore. Il est le personnage d’Eugène Süe ou Isaac Laquedem, le personnage d’Alexandre Dumas. Sous une multiplicité d’identités, il est la souffrance et la sagesse, perpétuelles et éternelles, ses défauts, ses qualités, son humilité, l’acteur des soumissions et des renoncements.

 

 

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Shylock est de loin le personnage le plus complexe de cette œuvre qui oppose un monde de marchands jouisseurs à un monde de marchands travailleurs. C’est la haute société vénitienne, que le pouvoir conforte, face aux habitants du premier Ghetto du monde, qui travaillent et cherchent non pas à exister, mais donnent le sentiment de vouloir justifier de leur existence, comme s’ils devaient s’excuser d’être là. C’est très émouvant.

Dans une distribution courte, rappelons-le, mais impeccable, Ned Grujic donne à voir, à apercevoir, à comprendre en tout cas, que ce monde du début du XVIIème siècle est dur, injuste, inéquitable,  tout imprégné des conflits religieux que nous retrouvons dans notre pénible actualité.

Nous sommes loin de l’image fantasmée, un peu stupide, même pas très jolie, de ces masques de carnaval qui dissimulent  les sentiments quels qu’ils soient tout autant que les visages.
Sans mauvais jeu de mots, nous sommes dans la chair de la vie vénitienne, dans les accords et les transactions, dans la vie commerçante et dans la tentative par une incarnation des plus humbles à se défendre de manière éclatante contre les puissants.

 

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Son échec n’en sera que plus durablement violent.


Saluons la très belle image finale, inspirée, et douloureuse.
Une fois de plus le Lucernaire avec cette excellente production défend le théâtre avec force, intelligence et conviction.  C’est jusqu’au 1er avril prochain, et on s’y précipite.


 © Frédéric Arnoux

 

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10:15 Publié dans THEATRE | Lien permanent