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24/04/2011

La banalité du mal de Christine Brückner, traduction Patricia Thibault.

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LA MANUFACTURE DES ABBESSES

7, rue Véron 75016 PARIS

M° Abbesses ou Blanche

Loc. 01 42 33 42 03

Pl. 24€ - T.R. 13€

du mardi au jeudi à 21h

jusqu'au : 19 MAI 2011

Mise en scène de Jean-Paul Sermadiras

avec Patricia Thibault

 

La pièce commence sur une chanson appartenant au répertoire de Zarah Léander. C'était mettre d'emblée la barre très haut. Sans avoir exactement la tessiture de la célèbre suédoise, Patricia Thibault possède un bel organe vocal dont elle se sert admirablement tant pour ce chant a capella (ce qui n'est pas une mince difficulté) que pour couvrir son jeu scénique. La comédienne prête son indéniable présence au personnage d'Eva Braun, source de tant d'interrogations ...
Car enfin, qui était réellement cette femme que la plupart des historiens ont jugée insignifiante, une sorte de midinette qui s'était bêtement entichée d'Hitler ?Un jour une diseuse de bonne aventure lui aurait prédit un destin exceptionnel et elle y a cru dur comme fer, les circonstances ont fait le reste.

Un personnage de tragédie ne s'accomplit qu'au moment de l'issue fatale et incontournable et c'est exactement ce qui va se passer ici. Cette femme angoissée, bien que gavée de tranquillisants, ayant déjà deux tentatives de suicide à son acquis, se raconte en s'adressant à ce lieutenant symbolisé par un spectateur placé au premier rang. Le personnage d'Eva est tout à la fois futile, naïf à la limite de la sottise, arriviste et étrangement obsessionnel. Sans Hitler, elle n'existe pas, n'aurait sans doute jamais existé. Il symbolisera donc son Destin jusqu'à l'ultime seconde. Impossible de lui reprocher son aveuglement puisqu'il fut partagé par beaucoup d'autres ... tout un peuple en fait ! Il est évident qu'il se dégageait de cet homme un magnétisme diabolique. Pourtant il n'était pas tendre avec elle, allant même en privé jusqu'à la traiter de " petite idiote " Celui qui se considérait comme un surhomme avait sans nul doute à l'esprit cette phrase de Nietzsche : " Si tu vas à la femme, n'oublie pas le fouet " Inutile en ce qui concerne Eva Braun car elle était par avance domptée et puis cet homme n'a t-il pas fait trembler le monde ? Elle ne pouvait donc que suivre la pente sur laquelle le sort l'avait placée.La comédienne-traductrice offre une dimension inusitée au personnage en l'éclairant d'un jour nouveau mais sans pour autant prendre parti en un sens ou un autre.Elle EST tout simplement.La mise en scène que l'on doit à Jean-Paul Sermadiras se révèle tout à la fois sobre et significative. A voir, absolument. 


Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

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15:57 Publié dans THEATRE | Lien permanent

18/04/2011

Mon dernier spectacle de Karine Casati et Laurent Lethiais.

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ESSAION

6, rue Pierre-au-Lard

75004 PARIS

(M° Hôtel de Ville ou Rambuteau)

loc. 01 42 78 46 42

Pl. 15€ - T.R. 10€

jusqu'au 14 MAI 2011

A 18 heures le samedi.

(relâche le : 23 avril)

Mise en scène : Philippe Risler

Avec Karine Casati, Eric Descargues et Julie Enselme.

 

Pouvoir une fois, une seule avoir le choix complet de ce que l'on va jouer, sans l'ombre d'une contrainte; se produire dans les rôles les plus fous - s'offrir le luxe d'être Cyrano et non Roxane mais avant encore, choisir son Roméo, le séduire et partir avec lui ! Tout organiser, hypnotiser le public en un temps minimal, celui de l'écoulement d'un sablier. Traverser la scène comme une comète dont la trajectoire lumineuse marquera à tout jamais les esprits. Etre reine de tragédie tout en se permettant certaines libertés ... et interrompre une scène pour passer un coup de fil.
Chanter, faire du trapèze ... ( enfin ... presque ) Figurer sur un écran où l'on serait la partenaire de Gabin. Aaaah ! quel beau conte de fées.

Tout cela Reine le réalise en compagnie de Wilfried, son partenaire subtil qui jamais ne tire la couverture à lui mais favorise avec gentillesse sa mise en valeur. Et puis se payer le luxe de rudoyer sa soeur, la violoniste complexée dont les genoux s'embrassent.
Tenez, même si on clame que c'est le tout dernier spectacle, la toute dernière représentation, le public ravi en redemandera. Ce fut le cas et ce sera le cas chaque fois car, quelle merveille que ce moment là ! Voulez vous parier qu'il se trouvera un jour où un spectateur bondira sur scène, retournera le sablier et criera : " bis ! " Pour cela, il est vrai, il faudrait programmer un peu plus tard mais on ne sait jamais ? ...
En attendant, applaudissons.


Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

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21:00 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Jean et Béatrice de Carole Fréchette.

GUICHET MONTPARNASSE

15 rue du Maine

75014 PARIS

(M° Montparnasse-Bienvenue)

Loc. 01 43 27 88 61

Pl. 18€ - T.R. 13€

A 20h.30 du mercredi au samedi,

jusqu'au : 7 MAI 2011

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Mise en scène : Patrick Rouzaud

avec Pascale Bouillon et Didier Forest.

Décidément, les jeux de rôle sont à la mode ...
Il semble même qu'en ce 21ème siècle, les individus n'osent plus être eux-mêmes, tout simplement.

Rassurez-vous, cela est narré avec le plus grand talent puisque l'on doit cette pièce à Carole Fréchette.
Lorsque l'action commence, on voit une femme qui lit couchée à plat ventre au pied de son lit.
Tiens ? pourquoi pas dessus ? ... premier décalage, premier indice. Il y en aura d'autres ...
Cette belle au bois dormant (et à répétition) attend son prince lequel arrive, plutôt essoufflé à cause du nombre d'étages qu'il a dû gravir mais aussi parce qu'il n'est plus jeune et svelte. En outre, le nounours en question a le sens des réalités. - " Combien ? " sera son premier mot. Bonjour la poésie !
Et oui, car une récompense substantielle fut promise. L'homme a lu la petite annonce et vient pour décrocher le gros lot. Jean est quelque peu matérialiste et ne s'extasie que sur les billets de 20 à condition qu'ils soient le plus nombreux possible ...

Etrange personnage que cette Béatrice, volontiers directive, mythomane et atteinte de narcolepsie : la totale !
Le texte " est à la fois léger et profond, violent et tendre, ironique et poétique " pour reprendre les intentions du metteur en scène qui sont parfaitement mises en application.
Telle une princesse du Moyen Age, la gente dame soumet son prince à des épreuves. Des prétendants et même des amants ? Elle en eût certes ... pas moins de 14 en 14 années. A croire qu'elle les changeait à chaque Nouvel An. Jean est pressé d'en finir ! Il est venu dans un but précis et compte bien l'atteindre. Ce qui n'est pas absolument du goût de la dame qui elle, a envie de jouer les prolongations  ...
Et splatch ! par la fenêtre la clé, mais ne vous leurrez pas, ce n'est pas celle d'une ceinture de chasteté.
Notre homme va alors jouer les mouches enfermées dans un bocal et se cogner quelque peu aux parois.
Les deux comédiens sont parfaits et pourtant les rôles n'étaient pas faciles car ils flirtent en permanence avec le ridicule que les interprètes ont su habilement éviter.

Rencontre d'une schizophrène avec quelqu'un qui a les pieds sur terre or, rassurez-vous, ils ne seront plus jamais les mêmes après avoir vécu cette expérience.
Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut qu'être fortuite, bien entendu car les auteurs ne s'inspirent jamais de la vraie vie comme chacun sait.


Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

 

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15:08 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Les épouvantails de Laurent Leclerc

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LES DECHARGEURS

3, rue des Déchargeurs

75001 PARIS

M° Châtelet-Les Halles

loc. 08 92 70 12 28

www.barouf-theatre.com

A 20h. du mardi au samedi

jusqu'au 21 MAI 2011

Texte publié aux Editions Les Marchands de fables.

Mise en scène : Laurent Leclerc

avec Margaux Delafon et Laurent Leclerc.

 

Les épouvantails jadis, se trouvaient dans les champs; maintenant on en trouve dans les rues, vêtus de bric et de broc et s'ils n'ont pas les bras en croix, ils ont très souvent la main tendue.
Personne ne mérite un sort pareil !

Le passant, gêné évite leur regard même quand la compassion l'amène à s'arrêter; les autres poursuivent leur chemin, feignant de ne rien voir ...
Curieuse époque où " les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres " phrase rebattue à l'extrême mais qui ne déclenche rien.
Ici, Jeanne et Lucien furent victimes d'une restructuration, terme barbare censé recouvrir une abomination. Les multinationales jonglent avec les dollars ou l'euro tout en jetant les gens à la rue. Le hasard va réunir ces deux là au coin d'un trottoir.
Des deux, la femme est la plus combative, normal, question d'habitude. Lui, semble avoir finalement accepté son sort avec une sérénité quasi bouddhique.

On a envie de dire,
- " que reste t-il des années trente ? "

A force de se retourner dans leur tombe, ceux qui se sont battus ne savent plus où se situe l'endroit de l'envers. Pourtant, des lingots, ces deux là en ont vu défiler sous leurs yeux tout à la fois éblouis et résignés. Alors après avoir touché le fond du fond, ils auront une idée.
Laquelle ? ... Je vous laisse la découvrir en vous rendant aux Déchargeurs assister à ce spectacle tout à fait particulier, déroutant même qui avait encore besoin de trouver son rythme le soir où je l'ai vu mais qui le trouvera très vite, n'en doutons pas car les deux comédiens (Margaux Delafon et Laurent Leclerc) sont talentueux et le prouvent chaque soir en bousculant de toute leur énergie, les consciences endormies.


Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

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10:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent

11/04/2011

Les bonnes de Jean Genet

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L' ETOILE du NORD

16, rue Georgette Agutte

75018 PARIS

(M° Guy Môquet)

Loc. 01 42 26 47 47

Pl. 14€ - T.R. 10€

jusqu'au 16 avril 2011

mardi, mercredi, vendredi à 20h.30

jeudi à 19h.30 - samedi, 16 & 19h.30

Mise en scène : Guillaume Claysse

avec Aurélia Arto, Flore Lefebvre des Noêttes, Anne Le Guernec

 

Les Bonnes sont sans nul doute la pièce de Jean Genet la plus fréquemment mise en scène. Tout d'abord, ne nous leurrons pas, à cause du nombre restreint de personnages mais également parce qu'elle permet beaucoup de lectures envisageables.  C'est un conte et comme tous les contes, l'imaginaire prend ici une  place importante, ouvrant la porte à de multiples possibilités. 
Sartre pensait que dans l'esprit de Genet ces femmes n'étaient en réalité que des travestis destinés à donner le change à un public bourgeois ...
Pure extrapolation intellectuelle, sans doute car un sordide fait divers a pu aussi bien alimenter l'imagination de l'auteur.
Claire et Solange, Solange et Claire, duo infernal de deux femmes de chambre, de deux soeurs qui jouent à être Madame en l'absence de cette dernière. 
Unité de temps, d'espace, de lieu et désordre dévastateur ...
Le rôle de ces deux là est de ranger, de tout nettoyer, elles feront donc l'inverse.
A la fin de la pièce le sol sera jonché de détritus mais en réalité leur cerveau respectif est une immense poubelle, où s'entasse pêle-mêle, tout et n'importe quoi en une désespérante anarchie. Jean Genet qui avait des idées tellement précises concernant la représentation de ses pièces fut amené à ajouter un codicille intitulé " Comment jouer Les Bonnes " directives dont aucun metteur-en-scène ou presque ne tient compte, (bien sûr) car désormais le verbe n'est là que pour alimenter le mouvement, comme chacun sait.
Une immense statue, très laide sorte de magot féminin occupe l'espace scénique.
Que vient faire ce micro superfétatoire sinon ajouter une touche de mauvais goût à cet écran qui se veut explicatif jusqu'au pléonasme ? Les Bonnes sont un peu rustiques, Madame un peu vulgaire ... sans doute est-ce l'époque qui veut cela ?
L'art théâtral est un ascenseur qui au fil des années monte et descend or, force est de constater que nous stagnons très souvent au niveau du sous-sol ... Je me hâte de préciser que j'ai vu tellement de relectures de cette pièce qu'il me plaît de ne me souvenir  que des plus sublimées, de celles qui privilégiaient la beauté esthétique car après tout, on va au théâtre pour améliorer sa vision de la vie, non ? Or dans l'Antiquité, un crime était un sacrifice offert aux dieux et non un fait divers crapoteux. Autres temps, autres perceptions, bien que les moeurs - elles - au fil des siècles,changent peu. Comme il en faut pour tous les goûts, je ne saurais vous dissuader d'y aller mais en ce qui me concerne, me serais volontiers passée de cette vision que je vais me hâter d'oublier, espérons-le.

Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com

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12:32 Publié dans THEATRE | Lien permanent