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05/03/2013

Le baiser de la veuve d' Israel Horovitz

La-veuve.jpg


AKTEON Théâtre

11, rue du Général Blaise

75011 PARIS


(M° St-Ambroise)


Loc. 01 43 38 74 62

www.akteon.fr

 

du mercredi au samedi à 19h.30


jusqu'au : 30 MARS 2013


 

Adaptation : Eric Kahane


Mise en scène : Tony Le Guern

 

avec : Bruno Guillot, Capucine Jaworski et Tony Le Guern

 

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Le plateau est jonché de papiers, l'espace scénique envahi de piles de journaux qui échoueront tous dans cette énorme machine destinée à les concasser, amalgamer avant recyclage. Deux hommes s'activent en discutant. 

En réalité Robert dit " Bobby le bélier " et George Ferguson dit " Georgie la crevette " travaillent à un rythme différent. Le premier a engagé l'autre et peine à le motiver. Mais ces deux anciens camarades de classe ont tellement de choses à se dire ... D'autant qu'une figure du passé s'apprête à refaire son apparition. Betty, " la petite souris grise " de leur adolescence, celle qui perturbait tous les garçons  jusqu'au jour où, pour parler vulgairement, elle passa à la casserole. On a depuis, trouvé le terme de " tournante " pour désigner ce crime collectif. 

Ensuite la victime est partie, les coupables sont restés mais personne n'a oublié et voilà que brusquement, elle revient car son frère est malade, très malade même et nul ne pourra se soustraire à l'effet boomerang.

Bobby a curieusement réussi à lui arracher un rendez-vous et il est tout excité à cette seule perspective. Pourtant il est évident que la rencontre risque d'engendrer une certaine gêne ... Quand elle sera là, confrontée à ces deux bouseux qui n'ont pas évolué d'un poil, le contraste sera flagrant. Ce qui ne détruit pas rend plus fort et en vingt années on peut soit sombrer soit se reconstruire. C'est une femme élégante doublée d'une intellectuelle qui surgit face à eux et conséquence inéluctable, les deux hommes ne vont pas tarder à s'affronter violemment.

Tony Le Guern qui a également signé la mise en scène est époustouflant dans le rôle de Ferguson, personnage de plus en plus complexe, au cynisme ahurissant.

Bruno Guillot qui est Bobby, ce faux dur, ce rouleur de mécaniques n'est en fait qu'un amoureux transi, pas très fier de ce qui s'est passé et qui ne demanderait qu'à réparer (s'il le pouvait) les erreurs commises durant sa jeunesse.

Quant à Betty interprétée par Capucine Jaworski j'avoue avoir été un temps déroutée par son aspect de femme séduisante mais rangée, intellectuelle, alors que de nombreuses mises en scènes nous ont souvent proposé des bombes sexuelles marquées par les expériences de la vie. Cette fois le personnage est plus cérébral et c'est un choix qui se défend. Du reste la venue récente de l'auteur suffirait à le justifier.

Côté métaphore, n'oublions pas que la veuve noire est une dangereuse araignée, tandis que " La Veuve " fut le surnom le plus connu de la guillotine, symbole d'une justice impitoyable. 

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

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( photos : Tony Bruno )


14:39 Publié dans THEATRE | Lien permanent

04/03/2013

La Confession d'un enfant du siècle.

Bertrand Farge.jpg


THEATRE du MARAIS

37, rue Volta

75003 PARIS


Métro : Arts et Métiers


Réserv. 01 45 44 88 42

 

Pl.20€ - T.R. 14€

 

du jeudi au samedi à 21h.

dimanche à 17h.



PROLONGATION JUSQU'AU : 31 MARS 2013


et en Avril,

 

les 4, 5, 12, 18, 19, 25 & 26 à 19h.


 

Musset adapté par Frédéric Vossier


Mise en scène : Marie-Claude Morland


Interprétation : Bertrand Farge



 

Agréable décor, propice à illustrer les événements que ces derniers se déroulent en intérieur ou à l'extérieur mais comme je ne voudrais pas vous priver du plaisir de la découverte, je n'en dirai pas plus.

Par tendresse maternelle, les femmes confessent volontiers que les hommes restent de grands enfants durant toute leur vie. C'est à la fois vrai et faux tant l'âme humaine est pétrie de paradoxes et de contradictions.

Ici, un homme d'âge mûr se souvient, raconte ce que fut sa jeunesse et ses folies amoureuses. Il semble depuis longtemps avoir trouvé refuge dans l'alcool, ce faux ami, précisant,

- " nous sommes tous des enfants malades ... incurables. "

Il avait 19 ans alors et une maîtresse adorée, persuadé qu'il était de la réciprocité des sentiments … Lors d'une réception, un couvert vint à tomber de table, il se pencha pour le ramasser et découvrit la trahison de celle qui jusqu'alors, était tout pour lui. Une période de débauche ne tardera pas à succéder à sa déconvenue puis à la mort de son père, il ira s'installer à la campagne dans la demeure familiale mais si jeune, devient-on ermite ? Une rencontre inattendue lui permettra de redécouvrir les délices puis les affres de la passion et de la jalousie.

Musset écrivit ce roman thérapeutique après avoir constaté que George Sand le trompait avec le médecin qui le soignait lors de leur voyage à Venise ...

Bertrand Farge incarne le personnage d'Octave - lequel n'est que l'avatar du poète - ce, avec talent et surtout une élégance de gestes désormais oubliée ...

La mise en scène de Marie-Claude Morland adhère parfaitement au texte et le concrétise efficacement. Le temps est aboli, le spectateur intègre tout naturellement l'époque évoquée. Il est vrai que si excessifs qu'ils soient, les sentiments humains sont éternels et à ce titre, les excès du passé demeurent ceux du présent.

Voilà donc un excellent moment de théâtre non dénué de classicisme, échappant de ce fait aux décalages habituels que d'aucuns nomment dépoussiérage ou modernisme faute d'avoir saisi l'esprit du texte. Bertrand Fage dit impeccablement celui-ci et l'incarnation est parfaite.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

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( photos : Didier Goudal )


 

16:36 Publié dans THEATRE | Lien permanent

03/03/2013

Bouvard et Pécuchet d'après Flaubert.


LUCERNAIRE


Centre National d'art et d'essai


53, rue Notre Dame des Champs


75006 PARIS


(M° N.Dame des Champs)


01 45 44 57 34


www.lucernaire.fr



du : 20 février au 26 MAI 2013


du mardi au samedi à 20h.

dimanche à 15h.


 

d'après le roman inachevé de Gustave Flaubert


Adaptation et mise en scène : Vincent Colin


avec Roch-Antoine Albaladéjo et Philippe Blancher

 

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Si aimer consiste à regarder ensemble dans la même direction, il y eut entre ces deux là, une recherche aussi inconsciente que misogyne de l'âme soeur ... 

Le hasard a créé la rencontre et la discussion révélera les similitudes. Même profession, même âge, même opinion concernant les femmes qu'ils jugent : " frivoles, acariâtres, têtues mais souvent meilleures que les hommes ... "  

Il y a tant chez les personnages que leurs interprètes : Philippe Blancher ( le grand ) et Roch-Antoine Albaladejo ( le petit ) du Don Quichotte et Sancho Pança, du Laurel et Hardy avant l'heure. L'un et l'autre se complètent merveilleusement et la mise en scène de Vincent Colin est réglée avec une précision de chorégraphe. Qu'ils sont drôles, émouvants aussi, leurs ridicules étant les nôtres, lorsque nous nous lançons dans un projet inatteignable, lorsque nous sautons brusquement du coq à l'âne tant est grand notre besoin d'action pour l'action. Flaubert savait par avance qu'il s'attaquait là à un sujet qui risquait de le dépasser et qui effectivement a eu raison de lui puisque ce roman pour le moins satirique restera inachevé tant le fait de se pencher sur la bêtise humaine débouche sur le vertige lequel sera fatal pour lui.  

L'adaptation scénique commence par l'intervention d'une voix off - à la présence indéniable - au phrasé impeccable, rien d'étonnant puisque nous avons le privilège d'entendre ici Edith Scob. Ensuite, viendra la rencontre entre " les deux cloportes " tel que Flaubert les désignait avec une tendresse teintée d'ambiguïté. 

Nul besoin de remonter aussi loin dans le temps pour trouver des gens qui las de la ville ont voulu s'installer à la campagne avant de comprendre qu'elle n'était pas faite pour eux. Or ici, l'expérience porte beaucoup plus loin puisque nos deux copistes vont curieusement se prendre pour des hommes d'action avec hélas peu de dispositions à le devenir. On admire leur enthousiasme chaque fois qu'ils se lancent dans une entreprise nouvelle qui comme les précédentes est vouée à l'échec. C'est le mythe de Sisyphe nonobstant les nombreux changements de cap,  ( la bonhommie en prime ) et puis illustrer la bêtise avec intelligence constitue un plaisir sans égal. D'autant que, soyons honnêtes, ces deux hommes ne sont pas sots, ils surestiment juste leurs possibilités, nous en connaissons tous de semblables … Contrairement à leurs personnages, les comédiens, eux sont brillants. Par conséquent, à voir d'urgence et en priorité.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

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(photos : Cie Vincent Colin)


15:24 Publié dans THEATRE | Lien permanent