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30/05/2014

LE CAVALIER SEUL de Jacques Audiberti

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THÉÂTRE 14

20, Avenue Marc Sangnier

75014 PARIS

 

(M° Pte de Vanves)

 

Loc. 01 45 45 49 77

 

Pl. 25€ - T.R. 18€

- 26 ans : 11€

 

mardi, vendredi, samedi à 20h.30

mercredi, jeudi à 19h

matinée samedi à 16h.

 

jusqu'au 5 Juillet 2014

 

Mise en scène : Marcel Maréchal

 

Dramaturgie : François Bourgeat

 

 

avec : Marina Vlady, Marcel Maréchal, Emmanuel Dechartre, Antony Cochin, Michel Demiautte, Nassim Haddouche, Mathias Maréchal, Céline MartinSisteron, Julian Peres, Henry Valette.

 

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Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgQuelle bonne idée que de remettre au goût du jour cette pièce de Jacques Audiberti ! Tout ici plaide en faveur du théâtre (du vrai) en rupture totale avec ces trop fréquentes approches difficultueuses que nous subissons à longueur d'année ...

Ici, nul risque que le spectateur s'ennuie car c'est un régal pour les yeux et les oreilles. Grâce à l'imagination de Jacques Angéniol, les costumes rutilent avec esprit. Le verbe audibertien bondit pour mieux illustrer cette épopée abhumaniste.

En ce tumultueux XIème siècle, nous suivons le cavalier Mirtus partant de son Languedoc natal pour Jérusalem qu'il nomme Jhébus-la-Sainte non sans avoir stationné quelque temps à Constantinople, dans le palais de l'empereur.

C'est même là que les contradictions du guerrier verront le jour car lui, le paillard, l'inconstant, le collectionneur de femmes, saisi par la ressemblance de la superbe Zoé avec sa mère, incitera l'autocrate à honorer l'épouse que ce dernier fuyait depuis longtemps.

L'agnostique pour ne pas dire l'incroyant, parti en Croisade par simple goût de l'aventure restera sidéré face à L'Homme qu'il ne pourra sauver car le Destin est ce qu'il est.

Le spectateur ravi admire l'éternelle beauté d'une Marina Vlady qui incarne ici trois personnages différents tandis qu'en une identique démarche Marcel Maréchal virevolte à son tour d'un personnage à l'autre de façon éblouissante. Mathias Maréchal est le Cavalier : superbe stature et fougue incontestable !  Très curieux est L'Homme incarné par Emmanuel Dechartre  promis non à la croix mais au supplice du pal (chaque époque ayant ses spécifiques supplices) lequel passe et repasse tel une question non élucidée.

L'ensemble de la distribution fonctionne au quart de tour et si je n'en dis pas plus c'est afin de vous permettre de mieux découvrir ce moment de bonheur théâtral absolu.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

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 ( photos : Lot )

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10:04 Publié dans THEATRE | Lien permanent

25/05/2014

Mes prix littéraires de Thomas Bernhard

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LUCERNAIRE

Centre National d'Art et d'Essai

53, rue Notre Dame des Champs

75006 PARIS

 

(M° Vavin ou N.D.des Champs)

 

loc. 01 45 44 57 34

 

Pl. 25€ - T.R. 10 à 20€

 

A 19h. du mardi au samedi

 

 

jusqu'au : 5 Juillet 2014

 

Mise en scène : Olivier Martinaud

 

avec Claude Aufaure et Olivier Martinaud

 

 

3763804959.6.jpgPour être écrivain on n'en est pas moins homme et les prix littéraires ont le mérite de permettre aux auteurs de vivre décemment en se consacrant à ce pour quoi ils sont faits, c'est-à-dire, écrire encore et toujours.

Ce n'est donc pas l'événement en lui-même qui est contestable mais plutôt son déroulement ...  

Thomas Bernhard était trop libertaire pour ne pas vivre assez mal ces instants au cours desquels d'autres à sa place, exulteraient. Ajoutons que ceux qui décernent les prix ne sont pas toujours capables d'en mesurer l'exacte pertinence et profitent de l'occasion pour se mettre eux-mêmes en valeur.

Il n'est donc pas étonnant que cet auteur dont nous apprécions l'esprit subversif ait été humilié de se voir confronté à une telle démarche, un peu comme l'écolier qui se voit octroyer un bon point alors qu'il n'a peut-être pas travaillé plus que les autres mais est tout simplement doué. Certaines personnalités échappent aux normes préétablies qui feraient le bonheur du commun des mortels, rendant celles-ci ridicules.

Pour tout dire, c'est une corvée que Thomas Bernhard s'apprête à affronter et brusquement il réalise qu'il convient pour la circonstance d'arborer une tenue adéquate. 

Il ira donc se choisir un costume trop étroit (ironique coïncidence !) deux heures avant la cérémonie d'attribution du prix en question. Heureusement, sa vieille amie qu'il a coutume de présenter comme sa tante est avec lui. Leur complicité l'aidera à surmonter l'épreuve bien réelle qui les attendait car curieusement, personne ne va le reconnaître.

Ils s'installeront donc au dixième rang et patienteront avant d'être enfin découverts ! ... 

Je vous passe la suite des péripéties afin que vous puissiez par vous-mêmes en savourer le déroulement. L'auteur quant à lui, utilisera bien sûr le vitriol pour décrire ces cérémonies car ce que d'aucuns assimilent à un honneur est vécu par lui comme une indécence et même une vilénie.

Or un écrivain a besoin d'être lu comme un comédien a besoin qu'on l'entende quelque soit l'auditoire ou le degré de compréhension du lecteur. Se voir décerner un prix équivaut à passer sous les Fourches Caudines d'un jury quand on ne fait que rendre à César ce qui lui appartient.

Notre homme réagira chaque fois de façon différente mais commentera ensuite avec un humour constant et dévastateur.

Olivier Martinaud qui a signé la mise en scène et Claude Aufaure se succèderont pour porter la parole du personnage à des âges différents. 

Le premier utilise le ton ironique de la confidence tandis que le second nous fait part de son amertume par le biais de cette voix timbrée que nous lui connaissons.

L'un et l'autre distillent les remarques vachardes en un bel exercice bernhardien, jubilatoire au possible.

Les fans de l'auteur (dont je suis bien sûr, faut-il le préciser ?) vont se régaler. Le spectacle est court, très court, une petite heure mais une suite est d'ores-et-déjà prévue, par conséquent restez attentifs.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

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16:38 Publié dans THEATRE | Lien permanent

21/05/2014

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas d'après Imre Kertész

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THÉÂTRE de l'ŒUVRE

55, rue de Clichy

75009 PARIS

 

(M° Place de Clichy)

 

Loc. 01 44 53 88 88

 

Pl. 32€ - 25€ - 17€

- 26 ans : 10€

 

A 19h. du mardi au samedi

A 17h. le dimanche.

 

Mise en scène : Joël Jouanneau

 

avec Jean-Quentin Châtelain

 

 

Texte traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgAvec un physique idéal pour jouer Falstaff, Jean-Quentin Châtelain se campe, seul en scène pour ce long, très long monologue durant lequel il se battra avec le texte tant moralement que physiquement au fil des feuillets.

La salle forcément orientée par le thème reste tout-ouïe de bout en bout. Pourtant, évoquer l'Holocauste et ses conséquences est une rude affaire !  Les juifs se sentent cruellement concernés et les goys fatalement accusés.

Or la population actuelle n'est en rien responsable de ce qui s'est passé à moins de se sentir coupable des fautes commises par les ancêtres presque tous disparus.

Vous l'avez compris le problème n'est pas simple et ne saurait être écarté d'un revers de main. Certains pourtant ont choisi le négationnisme tant il est difficile de concevoir que l'on puisse infliger pareil sort à un garçon de 15 ans (parfois moins). Pourtant ce que l'on nomme l'Histoire regorge au fil des siècles de faits semblables ou approchants. Ce n'est hélas, pas fini.

Qui faut-il accuser ? Dieu ou le Diable, les hommes n'étant que les lamentables exécutants. Vous l'avez compris, le thème fait bien plus que flirter avec l'insupportable. L'auteur rescapé par miracle déclarait creuser sa tombe avec son stylo ce qui donne un vague aperçu du temps que cela peut mettre mais l'incroyable accusation de déïcide n'a t-elle pas perduré durant deux millénaires ? ...

Les Justes ne furent pas très nombreux et les Saints quant à eux sont tellement exceptionnels qu'on n'a jamais hésité à en fabriquer !

Ce texte à valeur de pamphlet ne pouvait qu'être porté par un comédien expérimenté ce qui est indéniablement le cas.

Alors que vous soyez juifs, chrétiens, (pourquoi pas musulmans) ou simplement athées, ce thème mérite réflexion même si (et précisément) les mots ne comptent pas là où seuls, les actes sont parlants.

Sachant ce que l'on sait, on ne choisit pas une impasse pour engendrer, l'Avenir ayant besoin d'espace et de ciel radieux.

Le texte d'Imre Kertész est publié chez Acte Sud depuis 1995. A lire et relire sans nul doute.

 

Simone Alexandre

 

 

En ce même lieu,

 

Récital emphatique

 

conçu et interprété par Michel Fau

accompagné au piano par Mathieu El Fassi

 

A 21h. 30 du mardi au samedi

 

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Il y a parfois des rendez-vous manqués, des déceptions plus lourdes que d’autres, pour des raisons surprenantes qui ne tiennent pas nécessairement directement à ce que l’on croit.

Il en est ainsi du spectacle actuel donné par Michel Fau au théâtre de l'Œuvre, du mardi au vendredi à 21h30, qui est la reprise de son « Récital emphatique » présenté à Marigny en 2012.

L’affiche, sur laquelle on voit le comédien, travesti, dans une posture théâtrale extrêmement démodée, est peut être à l’origine du malentendu.

Le public était là pour rire ; or je n’ai pas ri une seule fois à ce spectacle émouvant qui est une tragédie, celle d’une créature égarée, folle, évoquant Florence Foster-Jenkins et Ulrika von Glott à la fois, Salomé de barrière et Vénus de banlieue, cramponnée à ses voiles comme à un dernier rempart, puisque chacun sait que dans la danse des sept voiles, il importe toujours de ne jamais lâcher le dernier.

Tournoyant dans ses robes flottantes comme Loïs Füller pour laquelle on redoute une fin à la Isadora Duncan, étranglée dans ses foulards, Michel Fau donne une image de la recherche sinon de la séduction au moins de la sympathie, même feinte,  presque dérangeante, dans ses excès voulus, dans ses dérisions très fortement marquées, dans le désespoir qui sourd à chaque de ses mouvements de tête et de pauvre sourire. Nous sommes face à une quête de reconnaissance par le personnage, volontairement un peu ridicule, un peu pitoyable.

Ce personnage n’est pas sans m’évoquer ceux de Théophile Gautier ou d’Hector Malot.

La répétition d’un monologue de Phèdre, sur des modes différents, démontre un vrai travail d’acteur en création permanente, dans lequel on peut voir une source d’inspiration dans un très ancien sketch produit par Jacques Charon et Robert Hirsch, intitulé «  Les adieux de le vieille sociétaire » ; la drôlerie est dérangeante, le malaise  grandissant mais le numéro formidable.

Quel dommage qu’il y ait eu un public, et ce public ! Une salle venue pour rire, toute imprégnée de la « culture canal Plus », ce qui ne saurait être un signe de qualité, qui ne comprend pas mais qui se gausse, qui cherche à rire de tout sans chercher si autre chose n’est pas sous le costume dérisoire, une mauvaise salle, qui n’a pas respecté le travail de l’acteur, malgré les applaudissements..

Une troupe de péronnelles, certainement davantage des apprenties théâtreuses sans avenir que des  étudiantes en art dramatique, m’a pourri la soirée, riant de tout, de rien, pour rien. Je ne suis pas certain qu’elles comprenaient; il s’agissait surtout pour elles de se faire entendre, c’est-à-dire d’être bruyantes. Sans doute ont-elles un grand avenir dans la carrière de public de spectacles télévisuels.
Ce me fut un moment pénible que ce gâchis venu de la salle.

Pourtant Michel Fau est grand, pathétique, émouvant, riche d’expressions et ne méritait pas ce traitement.

Avec un peu de chance, et parce qu’il faut y aller, vous pourrez assister à cette magnifique tragédie autour de la femme, son sort, ses destinées nécessairement funestes dans de meilleures conditions que celles que j’ai connues.

 

Frédéric Arnoux ©

www.theatrauteurs.com

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THÉÂTRE de l'ŒUVRE : 55 rue de Clichy 75009 PARIS.

( loc. 01 44 53 88 88 )

14:07 Publié dans THEATRE | Lien permanent