Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/05/2014

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas d'après Imre Kertész

JQ.Chatelain.jpg

THÉÂTRE de l'ŒUVRE

55, rue de Clichy

75009 PARIS

 

(M° Place de Clichy)

 

Loc. 01 44 53 88 88

 

Pl. 32€ - 25€ - 17€

- 26 ans : 10€

 

A 19h. du mardi au samedi

A 17h. le dimanche.

 

Mise en scène : Joël Jouanneau

 

avec Jean-Quentin Châtelain

 

 

Texte traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgAvec un physique idéal pour jouer Falstaff, Jean-Quentin Châtelain se campe, seul en scène pour ce long, très long monologue durant lequel il se battra avec le texte tant moralement que physiquement au fil des feuillets.

La salle forcément orientée par le thème reste tout-ouïe de bout en bout. Pourtant, évoquer l'Holocauste et ses conséquences est une rude affaire !  Les juifs se sentent cruellement concernés et les goys fatalement accusés.

Or la population actuelle n'est en rien responsable de ce qui s'est passé à moins de se sentir coupable des fautes commises par les ancêtres presque tous disparus.

Vous l'avez compris le problème n'est pas simple et ne saurait être écarté d'un revers de main. Certains pourtant ont choisi le négationnisme tant il est difficile de concevoir que l'on puisse infliger pareil sort à un garçon de 15 ans (parfois moins). Pourtant ce que l'on nomme l'Histoire regorge au fil des siècles de faits semblables ou approchants. Ce n'est hélas, pas fini.

Qui faut-il accuser ? Dieu ou le Diable, les hommes n'étant que les lamentables exécutants. Vous l'avez compris, le thème fait bien plus que flirter avec l'insupportable. L'auteur rescapé par miracle déclarait creuser sa tombe avec son stylo ce qui donne un vague aperçu du temps que cela peut mettre mais l'incroyable accusation de déïcide n'a t-elle pas perduré durant deux millénaires ? ...

Les Justes ne furent pas très nombreux et les Saints quant à eux sont tellement exceptionnels qu'on n'a jamais hésité à en fabriquer !

Ce texte à valeur de pamphlet ne pouvait qu'être porté par un comédien expérimenté ce qui est indéniablement le cas.

Alors que vous soyez juifs, chrétiens, (pourquoi pas musulmans) ou simplement athées, ce thème mérite réflexion même si (et précisément) les mots ne comptent pas là où seuls, les actes sont parlants.

Sachant ce que l'on sait, on ne choisit pas une impasse pour engendrer, l'Avenir ayant besoin d'espace et de ciel radieux.

Le texte d'Imre Kertész est publié chez Acte Sud depuis 1995. A lire et relire sans nul doute.

 

Simone Alexandre

 

 

En ce même lieu,

 

Récital emphatique

 

conçu et interprété par Michel Fau

accompagné au piano par Mathieu El Fassi

 

A 21h. 30 du mardi au samedi

 

Miche-Fau.jpg

Il y a parfois des rendez-vous manqués, des déceptions plus lourdes que d’autres, pour des raisons surprenantes qui ne tiennent pas nécessairement directement à ce que l’on croit.

Il en est ainsi du spectacle actuel donné par Michel Fau au théâtre de l'Œuvre, du mardi au vendredi à 21h30, qui est la reprise de son « Récital emphatique » présenté à Marigny en 2012.

L’affiche, sur laquelle on voit le comédien, travesti, dans une posture théâtrale extrêmement démodée, est peut être à l’origine du malentendu.

Le public était là pour rire ; or je n’ai pas ri une seule fois à ce spectacle émouvant qui est une tragédie, celle d’une créature égarée, folle, évoquant Florence Foster-Jenkins et Ulrika von Glott à la fois, Salomé de barrière et Vénus de banlieue, cramponnée à ses voiles comme à un dernier rempart, puisque chacun sait que dans la danse des sept voiles, il importe toujours de ne jamais lâcher le dernier.

Tournoyant dans ses robes flottantes comme Loïs Füller pour laquelle on redoute une fin à la Isadora Duncan, étranglée dans ses foulards, Michel Fau donne une image de la recherche sinon de la séduction au moins de la sympathie, même feinte,  presque dérangeante, dans ses excès voulus, dans ses dérisions très fortement marquées, dans le désespoir qui sourd à chaque de ses mouvements de tête et de pauvre sourire. Nous sommes face à une quête de reconnaissance par le personnage, volontairement un peu ridicule, un peu pitoyable.

Ce personnage n’est pas sans m’évoquer ceux de Théophile Gautier ou d’Hector Malot.

La répétition d’un monologue de Phèdre, sur des modes différents, démontre un vrai travail d’acteur en création permanente, dans lequel on peut voir une source d’inspiration dans un très ancien sketch produit par Jacques Charon et Robert Hirsch, intitulé «  Les adieux de le vieille sociétaire » ; la drôlerie est dérangeante, le malaise  grandissant mais le numéro formidable.

Quel dommage qu’il y ait eu un public, et ce public ! Une salle venue pour rire, toute imprégnée de la « culture canal Plus », ce qui ne saurait être un signe de qualité, qui ne comprend pas mais qui se gausse, qui cherche à rire de tout sans chercher si autre chose n’est pas sous le costume dérisoire, une mauvaise salle, qui n’a pas respecté le travail de l’acteur, malgré les applaudissements..

Une troupe de péronnelles, certainement davantage des apprenties théâtreuses sans avenir que des  étudiantes en art dramatique, m’a pourri la soirée, riant de tout, de rien, pour rien. Je ne suis pas certain qu’elles comprenaient; il s’agissait surtout pour elles de se faire entendre, c’est-à-dire d’être bruyantes. Sans doute ont-elles un grand avenir dans la carrière de public de spectacles télévisuels.
Ce me fut un moment pénible que ce gâchis venu de la salle.

Pourtant Michel Fau est grand, pathétique, émouvant, riche d’expressions et ne méritait pas ce traitement.

Avec un peu de chance, et parce qu’il faut y aller, vous pourrez assister à cette magnifique tragédie autour de la femme, son sort, ses destinées nécessairement funestes dans de meilleures conditions que celles que j’ai connues.

 

Frédéric Arnoux ©

www.theatrauteurs.com

L'Oeuvre.jpg

THÉÂTRE de l'ŒUVRE : 55 rue de Clichy 75009 PARIS.

( loc. 01 44 53 88 88 )

14:07 Publié dans THEATRE | Lien permanent

16/05/2014

Big Apple d'Isabelle Le Nouvel

aff.big-apple.jpg

THÉÂTRE DE PARIS

Salle Réjane

15, Rue Blanche

75009 PARIS

 

(M° Trinité-Blanche-St-Lazare)

 

Loc. 01 42 80 01 81

 

Pl. de 28€ à 38€

- de 26 ans : 10€

 

 

Du mardi au samedi à 21h.

Matinées : 17 h. le samedi,

15h. le dimanche

Relâche le lundi.

 

 

Mise en scène : NIELS ARESTRUP

 

avec MARIANNE BASLER et CHRISTOPHE MALAVOY

 

 

Pour qui sonne le glas.

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgDécor d'une laideur à hurler (même à l'époque Ikéa) on se demande comment ces deux là ont pu vivre dans un tel environnement durant dix années même si ces dernières ont passé à la vitesse grand V. Il est vrai que l'amour est aveugle et puis la routine meurtrière à tous les couples s'est peu à peu installée jusqu'à ce que le drame survienne. Brod (Christophe Malavoy) est atteint d'une grave maladie et Syst (Marianne Basler) doit affronter la situation avec lucidité, patience et compréhension. Or, précisément le délai annoncé d'un an vient de s'écouler et le couple vit dans l'attente du résultat des analyses. Alors le terrible jeu du " je sais que tu sais mais il ne faut pas que tu le saches " va se mettre en place. Il faut avoir vécu personnellement ce genre de situation pour en mesurer l'ampleur et toutes les subtilités dont il convient  de faire preuve en pareille circonstance, afin que l'autre ne soit pas complètement désespéré. 

Quand on sait que le temps est compté, on se surprend à vouloir concrétiser immédiatement tout ce que l'on avait vaguement envisagé au préalable. 

Ainsi ce vieux rêve de traverser l'Atlantique et d'aller voir un maximum de choses là-bas.

Avant cela, il y eut cet épisode comique de l'acquisition d'une télé à très, très grand écran, devant laquelle Brod va pester comme un diable, les fesses solidement calées dans son fauteuil, en une classique démarche de contestation en chambre. 

Mais Syst est là, débordante de vie, ce qui le rend jaloux parfois et parfaitement injuste tandis qu'il mûrit le projet d'une mort assistée en fin de parcours, quelque part à Zurich. Aussi avant, faudra-t-il se payer du bon temps afin de partir sans trop de regrets. 

Aborder un tel thème n'est pas facile et n'aurait pu passer la rampe sans le talent conjugué de ces deux interprètes. 

On est rassurés de voir Christophe Malavoy revigoré au moment des applaudissements et sa partenaire joyeuse.

Vous l'avez compris, cette pièce n'est pas destinée à toutes les sensibilités mais certains ne vont pas au théâtre uniquement pour " s'éclater " et la qualité de jeu des comédiens est ici savourée par un public qui applaudit en toute connaissance de cause.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com.

Malavoy-Basler.jpg

3670096355.jpg

09:09 Publié dans THEATRE | Lien permanent

13/05/2014

Peer Gynt de Henrik Ibsen

Peer Gynt-h.jpg

THÉÂTRE DE LA TEMPÊTE

CARTOUCHERIE de VINCENNES

Route du Champ-de-Manœuvre

75012 PARIS

 

( M° Château de Vincennes )

+ navette gratuite : Cartoucherie

ou autobus 112

 

loc. 01 43 28 36 36

 

Salle Jean-Marie Serreau

 

A 20h. du mardi au samedi

A 16h. le dimanche

 

JUSQU'AU 8 JUIN 2014

 

texte français : François Regnault

(Éditions Théâtrales)

mise en scène : Christine Berg

 

avec : Moustafa Benaibout, Loïc Brabant, Céline Chéenne, Vanessa Fonte, Julien Lemoine, Marine Molard, Antoine Philippot, Stephan Ramirez.

 

musiciens : Gabriel Philippot et Julien Lemoine

 

Peer-la-mère.jpg

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgPataclop, pataclop, pataclop … le rythme caracolant de la pièce se met en place, prend ses marques. Le fond de scène en demi-cercle évoque d'emblée la piste d'un cirque, visiblement celui de l'existence. 

Côté cour, une roue de la fortune mais également celle du temps qui passe sert à rappeler que la vie n'est qu'une loterie au cours de laquelle les anti-héros perdent plus souvent qu'ils ne gagnent.

Le clinquant des costumes s'oppose au drame existentiel de Peer Gynt dont la musculature balafrée de bretelles illustre bien ici que le roi est nu car cet ambitieux se double d'un loser et  collectionne les mésaventures. En fait, cet égaré reste un éternel adolescent qui se veut sans attaches mais rêve de conquérir le monde.

Or le clinquant de l'éphémère ne peut faire oublier les brumes du désespoir car n'oublions pas qu'Ibsen était disciple de Kierkegaard ce qui n'annule nullement la quête permanente de ce libertaire (Peer) en constante recherche de son moi intime. 

Ici, le spectateur habitué de ce répertoire se déclarera sans doute un peu dérouté par le ton quasi pirandellien de l'adaptation, souligné par une mise en scène au rythme enlevé.  Ironie du sort, le texte initial fut écrit l'année même de la naissance de celui dont les personnages se déclarèrent en quête d'auteur alors que notre héros norvégien est en quête de lui-même, à la recherche de sa vérité laquelle passe par des vérités successives eu égard à son tempérament.

Antoine Philippot fait preuve d'une présence indéniable dans le rôle titre et autour de lui ses partenaires se démultiplient avec brio.

A voir bien sûr mais il n'est certes pas inutile de lire ou relire le texte dans une traduction dénuée de tout parti-pris afin de ne pas être amenés à utiliser la trop célèbre et trop fréquente paronomase : " traduttore, traditore " 

Cela dit, ne boudons pas notre plaisir car cette adaptation est brillante et permettra sans doute de réconcilier une partie du public qui trouve habituellement Ibsen trop austère. Par conséquent, ne jouons pas les puristes et pour la beauté du spectacle, croyez-moi, allez y ! 

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com 

Icietmaintenant-1.jpg

( photos : Ici et Maintenant )

534938400.jpg

13:34 Publié dans THEATRE | Lien permanent