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09/11/2018

Tous mes rêves partent de Gare d'Austerlitz de Mohamed KACIMI

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THEATRE 13 / SEINE

 

30, Rue du Chevaleret

 

75013 PARIS

 

 

 

(M° Bibliothèque François Mitterrand)

 

LOC. 01 45 88 62 22

 

Pl. 26€ - T.R. 17€

13€ le 13 de chaque mois

 

 

http://www.theatre13.com/

 

 

Du mardi au samedi à 20h

 

Dimanche à 16h

 

jusqu'au : 18 NOVEMBRE 2018

 

Mise en scène : Marjorie NAKACHE

 

avec,

 

Jamila AZNAGUE (Zélie) - Gabrielle COHEN (Rosa) 

Olga GRUMBERG (Lily) - Marjorie NAKACHE (Barbara)

Marina PASTOR ( Frida) - Irène VOYATZIS (Marylou)

 

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Que dans une prison, les femmes privées de liberté sacrifient leur promenade pour aller se réfugier à la bibliothèque, semble de prime abord, constituer un rêve utopique d'intellectuel et pourtant … Mohamed Kacimi sait de quoi il parle puisqu'il a créé un atelier d'écriture en la prison de Fleury Mérogis à l'initiative de l'association " Lire c'est vivre " Formule vraie et fausse à la fois mais qui permet du moins en rêve de " se faire la belle ! "

L'action se déroule donc en cette prison de femmes, au moment de Noël, ce qui explique la relative liberté qui est laissée aux filles, comme elles se nomment entre elles.

Débarque alors une " primo arrivante " Frida, dont le désarroi bien légitime va permettre à toutes de découvrir un auteur qu'elles n'auraient sans doute jamais lu, ( sauf la préposée à la bibliothèque en la personne de Barbara ) car il s'agit de Musset et de son célèbre " On ne badine pas avec l'amour. "

Cette demi-douzaine de femmes va défiler sous nos yeux et nous allons les découvrir une à une par le biais de commentaires-présentation qui nous permettront d'apprendre peu ou prou, pourquoi elles se trouvent là.

Lily trouve refuge à la bibliothèque pour y lire soi-disant Paul Coelho ( on a les auteurs qu'on peut !)  mais stationne visiblement sur la première page ...

Zélie vient y raconter ses rêves qui partent tous de la gare d'Austerlitz.

Rosa est à la recherche de ses Nike et accuse d'invisibles roumaines de leur disparition.

Marylou quant à elle, attend fébrilement la visite annoncée de son mec qui prouvera qu'il ne diffère pas des autres …

 

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( photos : Benoîte FANTON )

 



En cet univers clos, l'arrivée d'un membre supplémentaire constitue toujours un événement et comme chacune sait à quel point il est pénible de se retrouver là, l'attention sera plus particulièrement portée sur Frida qui, pour seul crime

( certaines n'en sont pas exemptes ) a voulu récupérer sa fille en la kidnappant mais s'est fait prendre en voulant lui offrir cette pièce de Musset précisément.

L'idée leur viendra alors d'interpréter l'Acte II, Scène V - qui est comme on le sait, la rencontre effectuée dans un bois, auprès d'une fontaine, entre Camille et Perdican.


Marylou sera donc Camille et Rosa, Perdican.

Bien sûr, le langage dérape parfois et les oreilles de l'auteur souffriraient d'étranges acouphènes s'il pouvait encore entendre, disons que c'est là le tribut payé au temps, aggravé par les circonstances …

Le public quant à lui, s'esclaffe régulièrement.

La mise en scène réalisée par Marjorie Nakache qui joue également le rôle de Barbara est vive, puissante et justifie pleinement le déplacement. Ne manquez surtout pas d'y aller !




Simone ALEXANDRE

 

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13:13 Publié dans THEATRE | Lien permanent

05/11/2018

Le jour où j'ai appris que j'étais juif de et par Jean-François DEREC

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PETIT MONTPARNASSE

 

31, Rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Edgar Quinet)

 

LOC. 01 43 22 77 74

 

Pl. 34/22 & 10€

 

https://www.theatremontparnasse.com/

 

au mardi au samedi à 21h

 

matinée le dimanche à 15h

 

Mise en scène : Georges LAVAUDANT

 

Interprétation : Jean-François DEREC

 

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La mémoire juive ne cesse actuellement d’être évoquée sur les scènes parisiennes, et avec talent, il faut le reconnaître.

C’est Jean François Derec qui, au Petit Montparnasse donne sa partition avec un texte de sa plume « Le jour où j’ai appris que j’étais juif », titre un peu trompeur tant la mémoire de l’auteur interprète ne s’arrête pas à ce seul jour.

Le petit grenoblois découvre qu’il n’est pas que grenoblois et que sa famille a une histoire fort lourde hors des frontières de France. C’est cette recherche du temps non perdu mais passé et totalement inconnu qui guide tout le spectacle.

Dans une mise en scène épurée à l’extrême de Georges Lavaudant, Jean François Derec donne plus à entendre qu’à voir un vieil enfant un peu perdu, ni triste ni gai, qui se moque de sa famille avec tendresse, qui compare avec truculence ashkénazes et sépharades, pour leur trouver des points communs, qui raconte son inculture religieuse, génératrice de situations assez loufoques, avec bonheur.

Unique officiant de cette sorte de messe du souvenir et de l’expression voilée de certains regrets, ceux issus du silence et de la retenue, celle de sa mère, ce prototype de mère juive dont la délicieuse Marthe Villalonga donna en son temps dans « Comment devenir une mère juive en dix leçons » une image si drôlement émouvante et juste, exubérante et sur le fond assez taiseuse, établissant ainsi la vérité suivant laquelle les grandes douleurs sont muettes, Jean François Derec se cherche en cherchant d’où il vient.

En cela, il ressemble d’une certaine manière aux enfants nés sous X, qui se situent difficilement tant le sentiment d’être privés de racines connues vient perturber leur existence.

 

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( photos : Philippe HANULA )

 



On pourra utilement rapprocher ce spectacle de celui de Laurent Spielvogel  « Les Bijoux de famille », où là aussi un bel acteur donne à voir la vie d’une famille marquée, et marquante, comme on pensera au bel « Abraham » de Michel Jonasz, en son temps…

Bien entendu, l’émotion est présente tout au long de ce beau monologue, mais une émotion pudique, pas racoleuse, tout en finesse, tout en dignité, parce que les émois de ce petit garçon puis de cet homme sont partageables, et que le fond de détresse qui les sous-tend ne peut laisser indifférent.

L’histoire terrible des années noires de la France vues par la seconde génération laisse percevoir le filtre assez épais que les victimes survivantes ont voulu imprimer à leur vie dite « d’avant », comme si, à la manière des chats, fussent-ils ou non du rabbin, ils avaient plusieurs vies, comme pour protéger les générations suivantes, et c’est ce filtre que l’auteur tente d’effacer par endroits, pour entrevoir une part de réalité.

Jean François Derec est un enfant de la fin des années cinquante, de celles où le travail mémoriel n’était pas encore d’actualité, bien au contraire, et son texte vise à avancer, et à recomposer, à partir de petits éléments, dont cinq photographies, toute une histoire familiale.

C’est un bien beau spectacle dont on ne peut ressortir sans être quelque peu transformé.


Frédéric ARNOUX ©

 

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10:12 Publié dans THEATRE | Lien permanent

04/11/2018

Les Bonnes de Jean Genet

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GUICHET-MONTPARNASSE

 

15, Rue du Maine

 

 

75014 PARIS

 

(M° Montparnasse)

 

LOC. 01 43 27 88 61

 

Pl. 20€ - T.R. 15€

 

Forfait 2 spectacles le même soir : 30€

 

le jeudi à 19h

 

jusqu'au : 22 NOVEMBRE 2018

 

http://www.guichetmontparnasse.com/

 

Mise  en scène : Mathilde CHABIN-GUIGNARD

 

avec Delphine AUDREY (Madame) - Jude MARTIN (Claire) - Frédérique SOREL (Solange)

 

 

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Avant que la lumière n'éclabousse le plateau, on entend le vrombissement d'un aspirateur car lorsque Madame s'absente, les Bonnes ont intérêt à s'activer.

Nous découvrons en fond de scène, quatre portants, chargés de vêtements féminins tous plus soyeux les uns que les autres, avec pour seules teintes, le rouge ou le blanc en une symbolique très significative : le rouge étant la couleur de la passion ( et du meurtre … ) le blanc, teinte réservée aux reines en deuil ; or Monsieur ( qu'on ne verra jamais ) vient d'être condamné au bagne.

Les Bonnes - quant à elles - n'ont que le noir pour se vêtir, emblème du désespoir anarchique depuis que Louise Michel a un jour de meeting eut l'idée ( paraît-il ? … ) d'accrocher un vieux jupon couleur de ténèbres à un manche à balai.

Caractère dérisoire des grandes causes !

Solange et Claire ne sont pas encore arrivées à ce stade là.
Elles expriment leur rage en catimini, quand Madame est sortie, en jetant à terre les vêtements qu'elles ne pourront jamais s'offrir.

Et puis elles jouent à parodier leur existence et c'est ainsi que Solange devient Claire tandis que cette dernière se prend pour Madame. On se défoule comme on peut.

Jean Genet nous dit-on, était lecteur de la revue Détective, où il découvrit le compte rendu de l'affaire Papin, ces deux soeurs employées de maison devenues criminelles.

Ah ! pouvoir étrangler Madame … lui faire rendre gorge de toutes ses bontés qui sont autant d'insultes destinées à renforcer l'assujettissement du personnel !

" C'est un conte " disait Genet, " une forme de récit allégorique " - un jeu de miroir en quelque sorte où chacun (e) se prend pour l'autre … C'est surtout une critique acerbe de la société où les nantis écrasent les employés.


En cette période où les riches le sont de plus en plus et à ce titre trouveraient inconcevable de se salir les mains au contact de travaux ménagers, semblables situations ne risquent-elles pas de se reproduire ?

 

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Jean Genet avait un temps envisagé de faire jouer les deux soeurs par deux hommes et peut-être souhaitait-il représenter cette pièce en milieu carcéral ? Bien possible ...
Depuis, des metteurs en scène ont parfois eu l'idée de confier le rôle de Madame à un interprète masculin. Nous savons tous que l'auteur adorait bousculer l'ordre établi en cassant les conventions.

Alors pourquoi en effet, ne pas confier celui de Claire à Jude Martin qui se déclarait partant pour l'aventure ?

Sa minceur va de pair avec la silhouette androgyne de Frédérique Sorel ( Solange ) et conforte le contraste avec Madame, aux formes nettement plus épanouies.

Ce qui se produisit ensuite, vous le savez sans doute, ce texte étant le plus joué parmi le répertoire de Jean Genet et si vous l'ignorez, il me faut alors vous laisser découvrir ce qui advint mais pour cela faites vite, car la pièce qui ne se joue qu'un seul soir par semaine - le jeudi - n'est à l'affiche que jusqu'au 22 novembre.

Scénographie et mise en scène sont brillantes et l'interprétation de Frédérique Sorel a plus spécialement attiré mon attention grâce à l'intelligente justesse de son jeu.



Simone ALEXANDRE

 

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18:23 Publié dans THEATRE | Lien permanent

30/10/2018

TERRITOIRES EXILES TARA-B de Kazem SHAHRYARI / Création

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ART STUDIO THEATRE

 

120 bis, rue Haxo

 

75019 PARIS

 

 

 

(M° Pte des Lilas / Télégraphe)

 

LOC. 01 42 45 73 25

 

Pl. 12 & 9€

 

http://artstudiotheatre.org/

 

les jeudi, vendredi, samedi à 20h30

 

jusqu'au : 15 DECEMBRE 2018

 

Texte et mise en scène : Kazem Shahryari

 

avec : Mehdi Chout : Mara-Z  - Diana Kelly Melicio : Tara-B à 22 ans - Marie-Jeanne Owono : Tara-B à 80 ans - Mathilde Pous : Mira-B - Armane Shahryari : Nello et Paolo - Tatiana Zavialova : les gardiennes

 

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Des personnages fantomatiques parcourent l'espace scénique, faisant le geste d'ouvrir d'invisibles portes. Puis ils reviennent, visage caché, porteurs de valises - leur seul et unique bien.

La pièce commence en 2018, à Rome dans l'un de ces modestes quartiers où une jeune étudiante sollicite une chambre à louer. Les vieux immeubles semblent garder le souvenir de ceux qui ont séjourné là, laissant sur place un peu de leur âme désormais évanouie.

Obscurément troublée par l'atmosphère qui se dégage du lieu, histoire de se rassurer, la jeune ivoirienne téléphone à son ami resté à Paris lequel se trouve précisément au Père Lachaise donc en compagnie de fantômes, lui aussi ...

Remontons dans le temps.

 

Cette fois l'action se déroule en 1937 où un jeune anti-fasciste ( Nello ) désespère de la Rome de Mussolini. Il s'inquiète de savoir auprès de la logeuse qui, l'a précédé en cette chambre et la gardienne évoque alors le passage de cet homme venu d'Abyssinie, que les miliciens ont un jour emmené et dont on n'a plus jamais entendu parler.

 

Il se nommait : Mara-Z et était artiste-peintre.

 

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Nous allons faire sa connaissance ainsi que celle de sa femme Tara-B.

 

Ils vivaient l'un et l'autre dans cette partie de l'Afrique orientale où Haïlé Sélassié régna une première fois en qualité de Négus jusqu'en juin 1936 avant que la présence des italiens ne le contraigne à s'exiler en Angleterre. L'occupation durera de 1935 à 1941.

Or Mara Z, dont le frère vient d'être enlevé par la police comprend lui aussi qu'il est en danger et se voit contraint de s'enfuir. Il décide alors de se rendre à Rome où il espère pouvoir vivre tout en perfectionnant son art. Il ne savait pas encore qu'il venait de se jeter dans la gueule du loup ...

Actuellement, fuyant la misère et la guerre, beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants quittent leur pays d'origine dans l'espoir de trouver ailleurs une vie meilleure.
Certains abandonnent leur famille de l'autre côté, espérant revenir un peu plus tard et parfois, plus personne n'entend parler d'eux. 

 

Pour ceux qui sont restés, c'est l'histoire d'un deuil impossible qui commence …

 

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Cette pièce est donc tristement d'actualité et il a fallu tout le talent de Kazem Shahryari pour peindre cette dramatique histoire de façon poétique comme lui seul en est capable. Et comme on dit qu'en France " tout finit par des chansons " le spectacle n'y fera pas exception.

Sciemment, je ne vous en dirai pas plus car il faut absolument aller les voir et entendre, vivre avec eux ce témoignage bouleversant inspiré par le Taranta-Babu de Nazim Hikmet, auquel Kazem Shahryari a voulu rendre un vibrant hommage ainsi qu'à tous les exilés de la Terre qui sont ses frères.




Simone ALEXANDRE 

 

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09:56 Publié dans THEATRE | Lien permanent