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29/11/2014

Où étais-tu ? ... de Natalie Rafal

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LUCERNAIRE

 

Centre National d'art et d'essai

 

53, Rue Notre Dame-des-Champs

 

75006 PARIS

 

 

(M° Vavin ou N.D. des Champs)

 

Tél. 01 45 44 57 34

 

 

Pl. 25€ - T.R. 10 à 20€

-26 ans : 10€

 

À 21h. du mardi au samedi

 

 

jusqu'au : 17 JANVIER 2015

 

 

Mise en scène : Isabelle Labrousse et Jérôme Pisani

 

avec : Natalie Rafal et Guillaume Edé

 

 

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Un spectacle absolument charmant vous attend au Lucernaire. 

Qualifié de " road-movie amoureux, poétique et déjanté " …

( après vérification, tout est vrai ) et on se laisse porter par cette histoire loufoque et surtout pas casanière ! 

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgUn couple imaginaire ou réel (on ne saura jamais si l'homme est un amoureux qui attendait patiemment que sa douce daigne enfin se poser ou s'il est là pour figurer tous les mâles à la fois ) est sous nos yeux, car vu le nombre de pays que la dame prétend avoir traversé, vu le nombre d'amants qu'elle a cueilli au passage, sans doute faudrait-il plusieurs existences pour accomplir tout cela, mais … qui sait ? !

 

N'importe, cette collectionneuse de rimes et pas seulement ... égrène joyeusement ce qui fut - ou qu'elle aurait souhaité qui soit - face à son questionneur qui lui répète avec obstination,

 

- " Où étais-tu ? " …

 

C'est joyeux, les musiques judicieusement choisies rappellent des souvenirs (aux spectateurs également) les lumières sont habilement jolies tandis que les deux interprètes nous gratifient d'un ballet aérien en jonglant avec les cubes-valises et les vêtements multicolores glanés çà et là, aux quatre coins de la planète. L'écriture de Nathalie Rafal est enlevée (on n'en attendait pas moins avec un nom pareil ! ) et pour parfaire la coïncidence, nous constatons qu'elle adore les voyages en avion …

 

Vous avouerai-je que j'ai été " scotchée " de bout en bout par la prestation de Guillaume Edé lequel s'il avait eu moins de talent aurait pu n'être qu'un simple faire valoir alors que son engagement physique et mental, (il ne décroche pas une seconde) ses gestes élégants font que nous bénéficions ici d'un bel équilibre entre les deux personnages qui, de ce fait, se mettent l'un l'autre en valeur grâce à la mise en scène précise du duo (invisible celui-là mais ô combien actif) Labrousse-Pisani.

 

C'est agréable à entendre, tout autant à voir en une époque où la notion d'esthétisme a quelque peu tendance à jouer les filles de l'air … 

Pourtant c'est fait avec peu de choses mais la scénographe Liina Keevalik fait preuve d'une évidente maîtrise et d'un goût très sûr.

Musique et lumières s'entrecroisent avec bonheur ...

Puisque nous sommes au Paradis, c'est de rigueur !

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

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 ( photos : Liina Keevalik )

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13:55 Publié dans THEATRE | Lien permanent

27/11/2014

La chair de l'homme (Diagonale 1) d'après Valère Novarina

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THÉÂTRE de la REINE BLANCHE

 

2 bis, passage Ruelle

 

75018 PARIS

 

(M° La Chapelle ou Marx Dormoy)

 

Tél. 01 40 05 06 96

 

 

DU 25 NOVEMBRE 2014 au 28 FEVRIER 2015 à 21H

 

les semaines paires (en alternance) du mardi au samedi.

 

 

Conception et interprétation : Marc-Henri Lamande

 

Direction d'acteur et création lumière : Ludovic Langelin

 

Création sonore et musique de scène (clavier et électronique) Marc Roques

 

Musique de scène (violoncelle) Louise Chirinian

 

 

 

 

D I E V (pour revenir à l'écriture ancienne) anagramme de

V I D E mot d'esprit novarinien, l'homme prenant fort le risque d'être tout entier inclus en cette formule.

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgCar enfin, qu'est-ce que la philosophie au théâtre sinon une posture, ( c’est à dire une forme d’imposture ) l'art théâtral n'étant qu'un moyen – très noble et très ancien - de raconter une histoire par le prisme d'un processus évolutif et surtout le recours aux personnages, dotés de caractères spécifiques,  évoluant dans d'éventuels et souhaitables rebondissements, le tout étant (parfois) porteur d'une idéologie qui est, comme chacun sait, un système d’idées prédéfinies appliquées à la réalité.

 

Quelle conception périmée, allez-vous dire ? ! ! ! ...

 

Alors on invente des formes nouvelles, inspirées de Nietzsche, d'Artaud, pourquoi pas de Kierkegaard en passant par le regard d'Alfred Jarry pour rendre tout cela plus digeste, et qui sait ? ... à force de repères, plus confortable. Le spectateur lui, pendant ce temps s'ennuie ferme.

Certes, il se trouvera bien quelques snobinards, intellectuels au petit pied en mal de mode et les nécessaires habituels thuriféraires, vains et béats pour crier au génie !

 

Ici, nous sommes confrontés à un personnage prétendument lunaire afin de justifier la couche de blanc dont il s'est tartiné la face, après avoir glissé sa frêle silhouette dans une combinaison qui ne fait surtout pas de lui un Superman mais un approximatif descendant du mime Marceau. 

En manière de prologue, un clavier acoustique sera là pour créer l'ambiance tandis que l'épilogue confié cette fois à un violoncelle viendra apporter quelque consolation à nos oreilles saturées de propos allant dans tous les sens, dits à un rythme précipité avec parfois des syllabes jouant à saute-mouton et, bien sûr, une gestuelle appropriée. Car c'est à un périlleux exercice auquel se livre Marc-Henri Lamande alternant d'une semaine sur l'autre et en un même lieu : Céline et Novarina. Aussi et comme le chantait en son temps Chevalier, " si vous n'aimez pas ça, n'en dégoûtez pas les autres " j'arrêterai là mon commentaire, pour vous conseiller d'aller sur place forger votre propre opinion.  Quant à moi, je ne peux qu'ajouter que cette fois, ce n'était pas précisément " ma tasse de thé " !

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

 

( Interview accordée par le comédien, lors de son passage au Lucernaire )

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08:28 Publié dans THEATRE | Lien permanent

26/11/2014

Faire danser les alligators sur la flûte de Pan (reprise pour cause de succès)

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THÉÂTRE de l'ŒUVRE

 

55, Rue de Clichy

 

75009 PARIS

 

(M° Place de Clichy)

 

Tél. 01 44 53 88 88

 

 

Pl. de 17 à 32€

 

- 26 ans : 10€ (Mardi, Jeudi, Vendredi)

 

À 21h. du mardi au samedi

 

À 15h. le dimanche

 

 

D'après la correspondance de Louis-Ferdinand Céline

 

Adaptation : Emile Brami

 

Mise en scène : Ivan Morane

 

avec Denis Lavant

 

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C’est un bon titre que « Faire danser les alligators sur la flûte de Pan », et c’est aussi  presque deux heures de Céline dans le texte porté par un Denis Lavant exalté, aérien et les pieds dans la glaise à la fois, survolté et abattu alternativement, comme l’était le Docteur Destouches dans son malaise de vivre son sentiment permanent de persécution.

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgDans un discours à l’Académie, Buffon a employé sa plus célèbre formule « Le style, c’est l’homme.». Pour Céline, on peut en dire autant, comme on peut également inverser la proposition. On restera toujours dans la vérité. On a dit qu’il avait créé cette façon d’écrire mais il la doit à la rue, à la vie, à ce qu’il a connu. Son véritable talent est d’avoir su l’adapter. Il est un adaptateur, mais il est inimitable, contrairement à ce que de malheureux « porte coton »  imaginent, qui se poussent du col en empilant les adjectifs pour faire célinien, mais qui ignorent ce qu’il y a derrière.

 

Et derrière les mots de Céline, orduriers, inventés, superposés les uns aux autres, il y a la peur du vide, la quête de soi, l’assumation de sa pensée, l’aigreur, la jalousie et l’envie, la crainte de n’être pas reconnu et de ne laisser derrière lui qu’une trace trop faible , le dégoût de son époque.

Il y a sa détestation du système, qu’il a plus ou moins partagé dans sa recherche ratée de la fortune, et son désir forcené de trouver de l’argent, il y a son mépris pour ses confrères en littérature, auxquels il ne reconnaît aucune qualité (« Gidouille la crotte, Mauriac qui pète de fric. Hemingway et son vieux naturalisme chromo… » in Interview avec Jean Callendreau en 1957). La grâce, au sens chrétien, est un mot qui ne devait pas faire partie de son vaste vocabulaire.

 

Adapté notamment de la correspondance pléthorique (et on peut s’interroger sur la puissance de travail de cet auteur, toute balzacienne, qui écrivait des milliers de pages pour les publier et d’autres pour échanger !) de Céline, avec talent et finesse par Emile Brami, ce spectacle est un moment d’hallucination totale.

 

Tout ici dérange, et il faut s’en réjouir, qui nous sort du conformisme dans lequel la scène par trop souvent ronronne.

 

La mise en scène et la scénographie d’Ivan Morane sont une sorte de ballet tragique sans musique mais avec paroles, qui donnent à Denis Lavant une occasion supplémentaire de nous montrer à quel point cet artiste sait tout faire, donner de l’élégance au simple fait de s’asseoir, faire naviguer ses mains sur le clavier du piano avant de les y faire retomber dans la cacophonie, et cela n’est pas sans évoquer la traversée de l’Atlantique par Bardamu qui raconte sa navigation houleuse, ou se coucher pour la dernière fois dans les lourdeurs d’un homme assommé par sa vie.

 

Il faut aller voir et entendre ces textes qui n’en font qu’un, dense, puissant, hargneux au théâtre de l’Œuvre. C’est explosif, parfois insupportable mais toujours admirable.

C’est un homme dans toutes ses faiblesses poussant le dernier rugissement avant de s’allonger pour toujours.

 

Citant Céline, pour finir, dans une autre interview de 1957, avec Olga Obry «  Il vaut mieux se présenter au public sous un jour ignoble. Il faut que le caractère soit plus vrai que lui-même ».

 

C’est exactement ce que Denis Lavant parvient à faire, sans chercher comme d’autres, à avoir l’air d’être plus intelligent que son auteur. Qu’il en soit ici remercié.

 

Et si on veut voir le véritable Céline, il faut se procurer le double DVD édité il y a peu par les Éditions Montparnasse : « Céline vivant ».

 

On peut alors commencer de comprendre.

 

© Frédéric Arnoux

www.theatrauteurs.com

 

 

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( photos : iFou pour le Pôle Média )

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10:54 Publié dans THEATRE | Lien permanent