Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2018

Dans la luge d'Arthur Schopenhauer de Yasmina REZA

 

aff.luge.jpg

 

 

LA SCALA

 

13, boulevard de Strasbourg

 

75010 PARIS

 

 

 

(M° Strasbourg St-Denis)

 

LOC. 01 40 03 44 30

Pl. de 32 à 49€

 

https://lascala-paris.com/

 

du mardi au samedi à 21h

dimanche à 17h

 

Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia

 

avec,

 

Yasmina REZA : Nadine Chipman

Jérôme DESCHAMPS : Serge Othon-Weil

André MARCON : Ariel Chipman

Christèle TUAL : La psychiatre

 

danslaluge385h.jpg

 

 

Yasmina Reza a trouvé le titre qui intrigue à coup sûr, un bon titre étant garant de la réussite d'une bonne pièce.

 

Or il ne s'agissait nullement ici d'un texte écrit spécifiquement pour le théâtre. Le propos est purement littéraire et correspond plutôt à une réflexion ironique sur la philosophie en général, le pessimisme et l'ennui ...

Grâce à Frédéric Bélier-Garcia qui a signé la mise en scène, le texte se transforme en une succession de dialogues à sens unique, lesquels en dépit de leur contenu se révèlent hilarants au possible !

Les intellectuels se choisissent souvent des maîtres à penser or passer de Spinoza à Schopenhauer témoigne d'un singulier parcours …

Nadine Chipman est donc l'épouse d'un universitaire qui enseigna Spinoza durant toute sa vie et de même que Nietzsche détesta Wagner après l'avoir adoré ( n'est-ce pas le sort induit à toute passion ? … ) Ariel Chipman finira par embrasser les théories de Schopenhauer en tous points opposées à celles de son premier Maître.

La logorrhée des personnages est débordante, quasi fluviale, pire que cela : torrentielle ! Il fallait donc des interprètes exceptionnels pour maîtriser avec brio un tel texte. C'est un tsunami de paroles prononcées chaque fois face à un interlocuteur complètement muet et chacun à tour de rôle sera le réceptacle des confidences de son vis à vis.

 

danslaluge.jpg

( photos : Pascal Victor / ArtcomPress )



Ce trio qui n'a rien de vaudevillesque passera son temps à parler des autres, agaçants pour la plupart, dénonçant les manies de chacun, nous amenant à conclure que la philosophie ne serait que la vaine tentative à transcender l'anecdotique.

La psy' elle-même, quatrième personnage de la pièce fera part de son manque de compassion face à une vieille femme rencontrée sur un trottoir que cette dernière obstrue de toute sa volumineuse personne aggravée par les paquets qu'elle porte et qui empêchent tout dépassement.

Ceux qui étaient persuadés que la philosophie aidait à sinon comprendre du moins supporter le monde, devront réviser leur jugement.

Le texte porté avec brio par ces comédiens exceptionnels nous permet contrairement aux personnages de passer un excellent moment. A voir pour la beauté du style et l'ironie du propos.




Simone ALEXANDRE

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

 

 

 

15:26 Publié dans THEATRE | Lien permanent

09/11/2018

Tous mes rêves partent de Gare d'Austerlitz de Mohamed KACIMI

ts-mes-reves-h.jpg

 

 

THEATRE 13 / SEINE

 

30, Rue du Chevaleret

 

75013 PARIS

 

 

 

(M° Bibliothèque François Mitterrand)

 

LOC. 01 45 88 62 22

 

Pl. 26€ - T.R. 17€

13€ le 13 de chaque mois

 

 

http://www.theatre13.com/

 

 

Du mardi au samedi à 20h

 

Dimanche à 16h

 

jusqu'au : 18 NOVEMBRE 2018

 

Mise en scène : Marjorie NAKACHE

 

avec,

 

Jamila AZNAGUE (Zélie) - Gabrielle COHEN (Rosa) 

Olga GRUMBERG (Lily) - Marjorie NAKACHE (Barbara)

Marina PASTOR ( Frida) - Irène VOYATZIS (Marylou)

 

répétition.jpg

 

Que dans une prison, les femmes privées de liberté sacrifient leur promenade pour aller se réfugier à la bibliothèque, semble de prime abord, constituer un rêve utopique d'intellectuel et pourtant … Mohamed Kacimi sait de quoi il parle puisqu'il a créé un atelier d'écriture en la prison de Fleury Mérogis à l'initiative de l'association " Lire c'est vivre " Formule vraie et fausse à la fois mais qui permet du moins en rêve de " se faire la belle ! "

L'action se déroule donc en cette prison de femmes, au moment de Noël, ce qui explique la relative liberté qui est laissée aux filles, comme elles se nomment entre elles.

Débarque alors une " primo arrivante " Frida, dont le désarroi bien légitime va permettre à toutes de découvrir un auteur qu'elles n'auraient sans doute jamais lu, ( sauf la préposée à la bibliothèque en la personne de Barbara ) car il s'agit de Musset et de son célèbre " On ne badine pas avec l'amour. "

Cette demi-douzaine de femmes va défiler sous nos yeux et nous allons les découvrir une à une par le biais de commentaires-présentation qui nous permettront d'apprendre peu ou prou, pourquoi elles se trouvent là.

Lily trouve refuge à la bibliothèque pour y lire soi-disant Paul Coelho ( on a les auteurs qu'on peut !)  mais stationne visiblement sur la première page ...

Zélie vient y raconter ses rêves qui partent tous de la gare d'Austerlitz.

Rosa est à la recherche de ses Nike et accuse d'invisibles roumaines de leur disparition.

Marylou quant à elle, attend fébrilement la visite annoncée de son mec qui prouvera qu'il ne diffère pas des autres …

 

noel-en-prison.jpg

( photos : Benoîte FANTON )

 



En cet univers clos, l'arrivée d'un membre supplémentaire constitue toujours un événement et comme chacune sait à quel point il est pénible de se retrouver là, l'attention sera plus particulièrement portée sur Frida qui, pour seul crime

( certaines n'en sont pas exemptes ) a voulu récupérer sa fille en la kidnappant mais s'est fait prendre en voulant lui offrir cette pièce de Musset précisément.

L'idée leur viendra alors d'interpréter l'Acte II, Scène V - qui est comme on le sait, la rencontre effectuée dans un bois, auprès d'une fontaine, entre Camille et Perdican.


Marylou sera donc Camille et Rosa, Perdican.

Bien sûr, le langage dérape parfois et les oreilles de l'auteur souffriraient d'étranges acouphènes s'il pouvait encore entendre, disons que c'est là le tribut payé au temps, aggravé par les circonstances …

Le public quant à lui, s'esclaffe régulièrement.

La mise en scène réalisée par Marjorie Nakache qui joue également le rôle de Barbara est vive, puissante et justifie pleinement le déplacement. Ne manquez surtout pas d'y aller !




Simone ALEXANDRE

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

13:13 Publié dans THEATRE | Lien permanent

05/11/2018

Le jour où j'ai appris que j'étais juif de et par Jean-François DEREC

aff.Derek.jpg

 

 

PETIT MONTPARNASSE

 

31, Rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Edgar Quinet)

 

LOC. 01 43 22 77 74

 

Pl. 34/22 & 10€

 

https://www.theatremontparnasse.com/

 

au mardi au samedi à 21h

 

matinée le dimanche à 15h

 

Mise en scène : Georges LAVAUDANT

 

Interprétation : Jean-François DEREC

 

Mamma-mia.jpg

 



La mémoire juive ne cesse actuellement d’être évoquée sur les scènes parisiennes, et avec talent, il faut le reconnaître.

C’est Jean François Derec qui, au Petit Montparnasse donne sa partition avec un texte de sa plume « Le jour où j’ai appris que j’étais juif », titre un peu trompeur tant la mémoire de l’auteur interprète ne s’arrête pas à ce seul jour.

Le petit grenoblois découvre qu’il n’est pas que grenoblois et que sa famille a une histoire fort lourde hors des frontières de France. C’est cette recherche du temps non perdu mais passé et totalement inconnu qui guide tout le spectacle.

Dans une mise en scène épurée à l’extrême de Georges Lavaudant, Jean François Derec donne plus à entendre qu’à voir un vieil enfant un peu perdu, ni triste ni gai, qui se moque de sa famille avec tendresse, qui compare avec truculence ashkénazes et sépharades, pour leur trouver des points communs, qui raconte son inculture religieuse, génératrice de situations assez loufoques, avec bonheur.

Unique officiant de cette sorte de messe du souvenir et de l’expression voilée de certains regrets, ceux issus du silence et de la retenue, celle de sa mère, ce prototype de mère juive dont la délicieuse Marthe Villalonga donna en son temps dans « Comment devenir une mère juive en dix leçons » une image si drôlement émouvante et juste, exubérante et sur le fond assez taiseuse, établissant ainsi la vérité suivant laquelle les grandes douleurs sont muettes, Jean François Derec se cherche en cherchant d’où il vient.

En cela, il ressemble d’une certaine manière aux enfants nés sous X, qui se situent difficilement tant le sentiment d’être privés de racines connues vient perturber leur existence.

 

incroyable.jpg

( photos : Philippe HANULA )

 



On pourra utilement rapprocher ce spectacle de celui de Laurent Spielvogel  « Les Bijoux de famille », où là aussi un bel acteur donne à voir la vie d’une famille marquée, et marquante, comme on pensera au bel « Abraham » de Michel Jonasz, en son temps…

Bien entendu, l’émotion est présente tout au long de ce beau monologue, mais une émotion pudique, pas racoleuse, tout en finesse, tout en dignité, parce que les émois de ce petit garçon puis de cet homme sont partageables, et que le fond de détresse qui les sous-tend ne peut laisser indifférent.

L’histoire terrible des années noires de la France vues par la seconde génération laisse percevoir le filtre assez épais que les victimes survivantes ont voulu imprimer à leur vie dite « d’avant », comme si, à la manière des chats, fussent-ils ou non du rabbin, ils avaient plusieurs vies, comme pour protéger les générations suivantes, et c’est ce filtre que l’auteur tente d’effacer par endroits, pour entrevoir une part de réalité.

Jean François Derec est un enfant de la fin des années cinquante, de celles où le travail mémoriel n’était pas encore d’actualité, bien au contraire, et son texte vise à avancer, et à recomposer, à partir de petits éléments, dont cinq photographies, toute une histoire familiale.

C’est un bien beau spectacle dont on ne peut ressortir sans être quelque peu transformé.


Frédéric ARNOUX ©

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

10:12 Publié dans THEATRE | Lien permanent