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07/02/2020

Marie des Poules gouvernante chez George Sand de Gérard Savoisien

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PETIT MONTPARNASSE

 

31, rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Gaité ou Edgar Quine)

 

LOC. 01 43 22 77 74

 

Pl. 36€ / 20€ / 10€ pr les - de 26 ans

 

https://www.theatremontparnasse.com/

 

du mardi au samedi à 19h.

 

matinée dimanche à 17h

 

Mise en scène : Arnaud DENIS

 

avec,

 

- Béatrice AGENIN ( Marie des Poules & George Sand )

 

- Arnaud DENIS ( Maurice Sand )

 

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Partant de faits vrais et de la relation présumée entre Maurice Sand, fils de George, et Marie Caillaud, Gérard Savoisien donne à entendre un texte des plus plaisants, aidé en cela par la toujours épatante Béatrice Agenin, apparaissant au début comme dans un tableau de Gustave Caillebotte, qui dans un double rôle et traversant les âges ne cesse de démontrer, mais est-ce utile ?, son immense talent, et Arnaud Denis, qui assure également une mise en scène sobre, pudique, sans effet pesants ni cris.

Grâces lui en soient rendues !

 

Nous sommes dans le Berry, terre riche et France profonde s’il en est, à Nohant-Vic dont la châtelaine, encore que ledit château soit plutôt une grosse maison, est George Sand. Elle accueille chez elle une toute jeune fille, voire une enfant encore, qui restera à son service longtemps jusqu’à devenir gouvernante. Parce qu’elle porte le même prénom, Marie, que la cuisinière, et parce qu’elle est en charge notamment du poulailler, on la nommera « Marie des poules ».

 

L’époque n’était pas tendre avec les petites gens qui prenaient du service chez le bourgeois, ou les aristocrates, qui, par commodité, n’hésitaient jamais à changer le nom de leurs serviteurs, niant ainsi qu’ils existassent par eux-mêmes. Marie s’en sort bien …

 

Georges Sand est affligée d’un fils, Maurice, déplaisant inutile comme ceux que l’on croise chez Balzac, mirliflor et mondain, répandant partout son ennui de vivre et son appétit d’être oisif aux dépends de sa mère.

 


Naturellement Marie devenant jeune fille devra tomber dans ses rets, parce que le jeune homme est bien cela, un chasseur, un prédateur, mais ce qui n’est pour lui qu’une passade, est pour la jeune fille l’aventure de sa vie.

 

Sa façon d’envisager Marie n’est pas sans évoquer ce qui fera le fond de sauce des chansons disons amusantes, quoique sur le fond assez sordides, de Yvette Guilbert quelque 40 ans plus tard, et notamment celle où elle envisage « la pt’ite bonne, la bonne à tout faire, enfin vous m’comprenez  … »

 

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( photos : Fabienne RAPPENEAU )

 

 

A la différence de la Germinie Lacerteux des frères Goncourt, nous n’assisterons pas à la déchéance de Marie Caillaud, bien qu’elles soient toutes les deux de condition similaire. Marie va au contraire, et parce que George Sand a porté sur elle un regard bienveillant, attentif et pédagogue s’instruire et s’élever, devenir intermittente de tout, du service à table, des travaux domestiques et jusqu’à comédienne parce que Nohant recèle un petit théâtre où l’on joue, pour un public choisi de célébrités d’alors, dont certaines le sont restées, de plaisantes petites pièces écrites à la va-vite par la maitresse des lieux.

 

Marie est aussi une intermittence dans la vie de Maurice qui continue, entre Paris et Nohant de vivre sa vie de mondain, de séducteur, de marionnettiste amateur aussi, et cette passion n’est pas neutre qui le définit un peu, plus intéressé à tirer les ficelles qu’à assumer véritablement des choix qu’il ne fait pas vraiment.

 

Le personnage de Maurice est assez peu sympathique en cela qu’il n’a que peu de constance comme de consistance, et tout entier tourné vers son plaisir et sa jeunesse qui file et son attitude n’est pas sans rappeler celle que, actuellement, une opinion publique dénonce. Autres temps autres mœurs, et juger de la morale est toujours un exercice périlleux et à double tranchant tant la paille et la poutre peuvent être confondues…

 

Cette intéressante et touchante Marie n’est pas sans similitude avec la Félicité de « Un cœur simple », même si Flaubert a donné à son personnage une dimension mystique que n’a pas Marie. Elle est aussi un cœur simple, qui se donne et ne reprend pas « Quand notre cœur a fait une fois sa vendange, vivre est un mal, c’est un secret de tous connu », dit Baudelaire.

 

C’est ce que nous dit Marie de sa petite voix, avec son accent berrichon parfois quand elle est émue, et nous le sommes avec elle.
Ce qui est amusant, c’est qu’en patois cauchois, une poule naine est nommée une « caillote » ; la frêle Marie Caillaud était prédestinée à se nommer « des poules »…

 

C’est au Petit Montparnasse et c’est un très beau, très sobre et remarquable spectacle.

 


© Frédéric ARNOUX

 

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10:48 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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