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20/09/2019

Je ne suis pas Michel BOUQUET de Michel BOUQUET d'après Les Joueurs, entretien avec Charles Berling Editions Grasset

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POCHE MONTPARNASSE

 

75, boulevard du Montparnasse

 

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° Montparnasse)

 

LOC. 01 45 44 50 21

 

Pl. de 10 à 35€

 

http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

du mardi au samedi à 19h

 

Mise en scène : Damien BRICOTEAUX

 

avec Maxime d'Aboville

 

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Il y a parfois dans l’effarante multiplicité des spectacles dits « seul en scène » des moments de pur bonheur.

Ce « Je ne suis pas Michel Bouquet » en est un, et de la plus belle eau.

 


Maxime d’Aboville nous donne à entendre un artiste au soir de sa vie, il a plus de 80 ans lorsqu’il tient les propos ici retransmis, qui a de son art la plus haute idée, l’idée la plus personnelle, et de lui-même la connaissance la plus fine, qui lui permet , sans le dire, sans même le suggérer de donner une leçon qui n’a rien de doctrinale à un public ravi qui en redemanderait bien volontiers davantage.

 


Les propos, qui sont naturellement quelque peu autobiographiques car si Michel Bouquet parle de son métier, c’est aussi et nécessairement au fil de sa propre histoire personnelle, sont passionnants qui nous évoquent les gloires passées de la scène, remontant très loin,

jusqu’ à Segond-Weber, tragédienne au talent et au nom quasiment oubliés et que seule une plaque à son nom, rue de la Roquette, à Paris, rappelle au public amnésique et souvent ingrat, pour arriver à Marie Bell, Pierre Dux et, catalyseur de la carrière du jeune Michel, Maurice Escande.

 

Ces gloires de la scène des années 1940, dont le nom ne dit pas ou plus grand-chose au plus grand nombre, ces comédiens n’ayant pas laissé de traces indélébiles sur pellicule, ont durablement marqué Michel Bouquet qui en parle ou les évoque avec une réelle émotion et un attachement non feint.

 


Et pourtant, par la voix du remarquable à tous égards Maxime d’Aboville, nous apprenons d’entrée en scène que la génération précédente n’apprend rien à la suivante.

La subtilité de ce propos réside dans le fait qu’il nous sera démontré le contraire, si, et seulement si, l’effort est porté par les successeurs pour ne pas négliger totalement leurs aînés. On n’apprend rien seul.

 

En revanche, le comédien est seul face à son personnage qu’il doit aimer, quels qu’en soient la nature, le caractère, les défauts, les qualités. Et au final, le comédien n’est plus face à son personnage, il l’enveloppe, le double, le remplace.

 


Parce que selon la formule entendue, il faut « manger la tête de l’auteur », nous assistons avec bonheur et délectation à un plaidoyer en faveur de celui-ci, quand la mode voudrait qu’il disparût au profit du seul metteur en scène. Molière, certes, mais aussi Camus sont ainsi célébrés, honorés, ressuscités s’il est nécessaire, car un auteur meurt-il ? Rien n’est moins certain. Le comédien n’est pas pour rien ni pour peu dans cette éternité de l’auteur…

 

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( photos : Victor TONELLI )

 


Sans forfanterie, avec des colères que l’on pressent plus feintes que réelles, partageant des souvenirs cocasses, ou émouvants, très personnels parfois, mais toujours avec une pudeur et une retenue absolues, Michel Bouquet, qui est le centre de la pièce, l’auteur également puisque ce monologue est issu de « Les Joueurs , entretiens avec Charles Berling » ( charmant jeu de mots pour parler des comédiens…) apparaît ici comme en majesté, à la manière de ces images que l’on considère pour se redonner du courage, de la force ou simplement un instant de bonheur.


Et ce titre « Je ne suis pas Michel Bouquet » prend ici toute sa puissance : qui d’autre que Michel Bouquet peut être Michel Bouquet, même en l’incarnant ?

 


Le corps jeune de Maxime d’Aboville s’efface derrière le propos qui reste celui de son auteur, dont on perçoit alors toute la profondeur, la sagesse, les moments de douce folie aussi, la profonde humanité et l’humilité du véritable artiste.

 


Parce qu’un bonheur, fût-il scénique n’arrive jamais seul, le spectateur attentif mais souvent ennuyé, toutefois ici cueilli et d’emblée conquis, que je suis a eu la joie d’assister à ce remarquable spectacle assis à quelques fauteuils de Michel Bouquet lui-même. Et cela ajoutait encore à l’aspect quelque peu fantasque de la situation: l’excellent Maxime d’Aboville incarnait Michel Bouquet tenant des propos de Michel Bouquet face à son auteur et personnage tout à la fois. Le mot de théâtre prenait alors tout son sens.

 


Dire que ce fut un moment de grâce est peu dire.
Courez au Théâtre de Poche –Montparnasse, c’est du mardi au samedi à 19 heures et c’est une merveille d’intelligence et d’émotions.

 


© Frédéric ARNOUX

 

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16:05 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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