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11/10/2018

VIPERE AU POING de Hervé BAZIN

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THEATRE du RANELAGH

 

5, rue des Vignes

 

 

75016 PARIS

 

 

(M° La Muette)

 

LOC. 01 42 88 64 44

 

Places : 32, 28 1 10€

 

https://www.theatre-ranelagh.com/

 

Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h

Dimanche à 15h

 

 

Mise en scène : Victoria RIBEIRO

 

avec : Aurélien HOUVER

 

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Pouvait-on adapter un roman à  - très fort - succès en un monologue ? Il semble une fois de plus que la réponse soit positive car seul en scène, suivant la formule désormais en usage, Aurélien Houver donne à voir, un peu et à entendre, beaucoup, « Vipère au poing » roman publié en 1948 par Hervé Bazin, futur président d’une académie Goncourt qui ne voulut pas lui décerner son prix pour cet ouvrage.

Peu ou prou tout le monde connaît l’histoire de ce combat farouche entre Jean Rézeau, affublé du surnom ridicule de « Brasse bouillon » et sa mère, froide, autoritaire, distante, peu maternelle en somme, surnommée  Folcoche, contraction entre « folle «  et « cochon ».

C’est en somme une histoire de famille, et Maurice Nadeau a évoqué les Atrides à son propos, ce qui n’est que partiellement vrai puisque le père est très absent, voire transparent,  et que la haine est simplement partagée entre la mère et ses fils, et encore, cette détestation n’est-elle pas complète ni uniforme de la part des trois frères.

Ce qui a pu faire le succès de l’ouvrage en son temps est la contestation de l’autorité maternelle aussi marquée et le portait d’une femme aussi dure.

Pour les mêmes raisons, ce texte peut toujours attirer en y ajoutant le motif de la curiosité historique, les mœurs, en ce compris les moeurs familiales, ont terriblement changé en 60 ans, et ce que peuvent connaître les enfants Rézeau relèverait désormais des tribunaux avec risque d’inculpation pour maltraitance.

A l’heure où l’adjectif « recomposée » vient presqu’automatiquement s’accoler au mot « famille », nous avons sous les yeux le spectacle d’une famille fissurée et dont un élément, le fils cadet souhaite l’éclatement.

Au vrai, sous des apparences un peu hâbleuses, ce personnage est assez peu sympathique et peine à nous entraîner dans son malheur domestique. Nous avons face à nous deux personnages qui s’affrontent et qui ont la particularité d‘être mère et fils. La parole étant au fils, il peut bien présenter sa version.

Nous ignorerons toujours celle de sa mère et le récit reste à charge. C’est toutefois ce qui en fait l’intérêt.

 

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( photos : BEN DUMAS )



Il semble que Bazin ait à peine transposé son histoire personnelle, changeant de ci de là un nom, un prénom , un lieu. Mais tout cela reste très identifiable et le nom du village, Soledot, peut être remplacé par Angers, ville d’origine de l’auteur.

Marcel Jouhandeau, belle plume cruelle de la génération précédant celle de Bazin, n’a pas fait autre chose avec un Guéret transformé en Chaminadour et des portraits si criants de vérité que bien que les noms eussent été modifiés, chacun s’est reconnu. Et comme Jouhandeau, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, Bazin a été battu froid tout le reste de sa vie dans sa ville d’origine.

On saluera l’énergie de l’interprète, Aurélien Houver, qui donne à son personnage vie, consistance, qui l’incarne réellement, et qui, dans une grande économie de moyens restitue l’environnement de Jean Rézeau, sa famille et ses précepteurs successifs, mais aussi les lieux, clos ou ouverts, dans un décor minimaliste et assez ésotérique.

On reprochera à Victoria Ribeiro les éclats de voix trop nombreux et souvent inopportuns qu’elle impose à son interprète, quand la véritable méchanceté n’est pas dans la fureur mais bien dans le silence, et que le combat que se livrent fils et mère est sourd, sournois, souterrain. Il nous semble que l’univers volontairement restreint voulu par Paule-Folcoche y aurait gagné.

La prison qu’elle crée au sein de sa famille lui permet de surveiller et punir…

On ne rit pas dans ces échanges, mais on compatit, sans toutefois toujours passer du côté des enfants. Il faut saluer en cela l’intelligence et le talent d’ Aurélien Houver, qui donne à ce spectacle et de l’adaptation du roman un caractère ambigu, tout à fait justifié.




Frédéric ARNOUX ©

 

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14:40 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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