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03/10/2018

Un coeur simple de Gustave Flaubert

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THEATRE de POCHE

MONTPARNASSE

 

75 boulevard du Montparnasse

 

75006 PARIS

 

 

(M° Montparnasse)

 

LOC. 01 45 44 50 21

 

Pl. de 10 à 35€

 

 http://www.theatredepoche-montparnasse.com/

 

 

Tous les jours à 19h

(sauf dimanche et lundi)

 

Adaptation : Isabelle ANDREANI

 

Mise en scène : Xavier LEMAIRE

 

avec : Isabelle ANDREANI

 

 

Un coeur simple 1 Isa Andréani Photo Lot.jpg

 

Dernier des « Trois contes » et dernier ouvrage de Flaubert paru de son vivant en 1877, « Un cœur simple » est l’histoire de Félicité, fille de ferme normande qui deviendra  bonne à tout faire à Pont l’Evêque, chez Madame Aubain, qui la recrute sur un marché, comme on acquiert un nouveau bien.

L’histoire non pas tragique mais banalement triste de Félicité retrace la vie de milliers de jeunes femmes d’alors, souvent déracinées et se mettant ou étant mises à la disposition de familles plus ou moins fortunées.

Madame Aubain, bourgeoise, veuve désargentée est mère de deux enfants que Flaubert prénomme, comme pour s’amuser, Paul et Virginie, allusion au roman de Bernardin de Saint Pierre, modèle du roman du siècle précédent, comme un hommage du romancier type du XIXè à son grand prédécesseur.


Rappelons au demeurant que le roman « Paul et Virginie » tourne autour de la nostalgie du paradis perdu, et que cette notion du paradis, perdu ou à trouver, cette quête d’une paix que dans sa simplicité Félicité pourrait nommer « bonheur » est en filigrane dans ce « Cœur simple ».

Le choix même du prénom de Félicité n’est pas anodin : issu du latin, signifiant chance, c’est un substantif qui signifie bonheur et joie. Notre Félicité fait mentir son prénom et reste une femme gentille et, pour être anachronique, assez soumise.

Dupée dans son unique histoire d’amour, elle va reporter sur les enfants Aubain, puis sur son neveu toute son affection et elle subira les départs successifs des êtres aimés, pour reporter son intérêt et ses sentiments sur Loulou, son perroquet chamarré.
 
Isabelle Andréani nous donne à voir, nous offre réellement, comme un divin présent, un personnage formidable de vie et d’humanité, riche de sentiments cachés, d’émotions retenues, d’amour inexprimé.

 

Elle est entrée dans la peau de Félicité et l’incarne comme rarement on voit un personnage être habité. Sa parfaite diction, la maîtrise absolue de son corps, de ses mouvements, de ses muscles, de son visage même confèrent à cette Félicité de roman une existence et une personnalité admirables.

 

Un coeur simple 3 Isa Andréani Photo Lot.jpg

( photos : LOT )



Mise en scène, avec efficacité et intelligence par Xavier Lemaire, dans un espace scénique assez difficile, toujours en mouvement comme pour retracer la multiplicité des menues tâches ménagères qui épuisaient le personnel d’alors, soumis aux exigences de l’employeur, travaillant sept jours sur sept et devant être disponible 24h sur 24, Isabelle Andréani rend présente cette  Félicité ; elle est partout à la fois, esquisse le portrait  d’autres personnages, comme sur un tableau de Seurat, en pointillés, pour suggérer en nous laissant le troublant sentiment que l’on voit.

Flaubert, le cauchois rigide, le bourru assez peu ouvert, au fond, et plutôt refermé sur son œuvre et lui-même, ouvre ici grandes les portes de l’empathie à l’égard des « petites gens », ceux dont son disciple Maupassant fera plus grandement encore le tour tout au travers de son œuvre.

Ce « Cœur simple » témoigne parfaitement de son courant d’écriture, qu’il a voulu, et qu’on nommera, parce que la commodité veut toujours que nous nommions, le réalisme, lequel peut s’apparenter, comme un cousin à la mode paysanne, au naturalisme, plus dru, plus cru, d’un Zola qui viendra assister aux obsèques de Gustave, à Rouen, en 1880.
 
Dans son interprétation formidable, Isabelle Andréani parvient en une heure quinze à faire passer son personnage de la jeune femme dévouée et réservée à la femme âgée, mourant dans une vision du Saint Esprit colorée, miraculeuse, inopportune. Et c’est cette inopportunité, cette non convenance, qui doit nous amener à nous interroger sur la vie des autres, leur façon de voir le monde, d’y vivre, de le subir.

L’épiphanie que vit Félicité la place d’emblée au rang des personnages inoubliables. Cette illumination la grandit davantage, qui n’en fait pas pour autant une mystique, mais lui donne un caractère plus attachant encore dans sa simplicité.

Nous avons assisté à un spectacle total, sur un texte magnifique d’humanité et de vérité,  parfaitement adapté et restitué par son interprète.

L’exigence de qualité du Théâtre de Poche n’est une fois de plus pas démentie, et ce spectacle qui vient de commencer est de ceux dont on se dit que le rater serait gâcher une merveilleuse occasion de bonheur, un bonheur inquiet, face à une belle âme.


Frédéric ARNOUX © 

 

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13:34 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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