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26/01/2018

Le Marchand de Venise de Shakespeare

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre-Dame-des-Champs

 

75006 PARIS

 

 

 

(M° N.D.des Champs)

 

LOC. 01 42 22 66 87

 

 

http://www.lucernaire.fr/

 

Du mardi au samedi à 20h

 

Dimanche à 17h

 

 

jusqu'au : 1er AVRIL 2018

 

Mise en scène : NED GRUJIC

 

avec : THOMAS MARCEUL DU CEDRIC REVOLLON,

JULIA PICQUET ou LEA DUBREUCQ, REMY RUTOVIC et ANTOINE THERY

 

 

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Alors que la pièce de Shakespeare, « Le Marchand de Venise », compte pas moins de 19 rôles parlants, dans son adaptation Nec Grujic est parvenu avec seulement quatre comédiens à rendre ce spectacle plus que crédible.

 


Il a par ailleurs assuré la mise en scène avec finesse et énergie, sans temps mort, se jouant des changements de tableaux, de lieux d’espaces de si belle manière que nous restons en haleine d’un bout à l’autre de cette belle représentation.

Rendons grâces ici à son inventivité, à la richesse de ses idées.

Cette œuvre du cher William n’est pas une des moins connues, mais n’est pas non plus une des moins polémiques : contraint d’emprunter une très forte somme à Shylock, marchand juif de Venise, Antonio, marchand vénitien et chrétien, signe un contrat de prêt par lequel il s’engage à rembourser faute de quoi il abandonnera une livre de sa chair à son prêteur. Bien entendu, l’impensable se produit et le débiteur doit s’acquitter.

En dépit de certains mots d’esprit de l’auteur, cette pièce n’appelle à rire, ni même sourire, à aucun moment tant elle est lourde de certains non-dits, tant aucun des personnages n’est vraiment sympathique, tant les oppositions fondées sur l’appartenance sociale et religieuse sont prégnantes.

 

 

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En butte permanente aux insultes et aux coups des vénitiens, on dirait désormais, de façon polémique, « de souche », Shylock exige le respect des conventions signées. Cette triste affaire ira jusqu’au procès qui n’en demeurera pas moins une parodie puisque l’affaire sera plaidée par une personne sans droit ni qualification, devant le Doge qui avalisera. Et Shylock ne s’en sortira pas indemne, alors que Antonio sera renforcé dans ses droits et possessions.

L’immoralité de tout cela n’échappera à personne.

Faut-il voir dans cette pièce un écrit antisémite ?

 

Le long discours de Shylock en dit long sur les persécutions qu’il subit, alors qu’il semble être l’incarnation de tout un peuple.

Il incarne d’une certaine manière le Juif errant qui a nourri  l’imagination et la littérature depuis l’époque médiévale et jusqu’à maintenant encore. Il est le personnage d’Eugène Süe ou Isaac Laquedem, le personnage d’Alexandre Dumas. Sous une multiplicité d’identités, il est la souffrance et la sagesse, perpétuelles et éternelles, ses défauts, ses qualités, son humilité, l’acteur des soumissions et des renoncements.

 

 

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Shylock est de loin le personnage le plus complexe de cette œuvre qui oppose un monde de marchands jouisseurs à un monde de marchands travailleurs. C’est la haute société vénitienne, que le pouvoir conforte, face aux habitants du premier Ghetto du monde, qui travaillent et cherchent non pas à exister, mais donnent le sentiment de vouloir justifier de leur existence, comme s’ils devaient s’excuser d’être là. C’est très émouvant.

Dans une distribution courte, rappelons-le, mais impeccable, Ned Grujic donne à voir, à apercevoir, à comprendre en tout cas, que ce monde du début du XVIIème siècle est dur, injuste, inéquitable,  tout imprégné des conflits religieux que nous retrouvons dans notre pénible actualité.

Nous sommes loin de l’image fantasmée, un peu stupide, même pas très jolie, de ces masques de carnaval qui dissimulent  les sentiments quels qu’ils soient tout autant que les visages.
Sans mauvais jeu de mots, nous sommes dans la chair de la vie vénitienne, dans les accords et les transactions, dans la vie commerçante et dans la tentative par une incarnation des plus humbles à se défendre de manière éclatante contre les puissants.

 

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Son échec n’en sera que plus durablement violent.


Saluons la très belle image finale, inspirée, et douloureuse.
Une fois de plus le Lucernaire avec cette excellente production défend le théâtre avec force, intelligence et conviction.  C’est jusqu’au 1er avril prochain, et on s’y précipite.


 © Frédéric Arnoux

 

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10:15 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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