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10/11/2017

Le pavé dans la Marne de et par Jean-Paul Farré

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LUCERNAIRE

 

53, rue Notre Dame-des-Champs

 

75006 PARIS

 

 

(M° N.D. des Champs)

 

Loc. 01 45 44 57 34

 

Pl. de 11 à 26€

 

http://www.lucernaire.fr/

 

Du mardi au samedi à 18h30

 

le dimanche à 15h

 

jusqu'au : 3 DECEMBRE 2017

 

 

Mise en scène, scénographie et lumières,

Ivan MORANE

 

avec Jean-Paul FARRE

 

violon : Muriel RAYNAUD

 

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Ce qui est plaisant avec Jean Paul Farré, c’est l’empathie qu’il a toujours su conserver avec son public, présent dans la salle.


Son spectacle actuel, fondé sur un texte qu’il écrivit en 2014, intitulé « Le pavé dans la Marne » est une uchronie désespérée qui reflète assez bien le caractère tendre et peu dupe de ce curieux ludion de la scène.


Certes il y a de ci de là quelques pointes visant à l’humour, mais du bout des lèvres, par pudeur, comme pour être poli face à ce qui est et restera une tragédie sans nom, mais non sans répétition, tant il est vrai que si l’Histoire ne repasse pas les plats, elle n’est jamais exempte de soubresauts.

Ce tableau de la Grande guerre prend la forme d’une fausse conférence sur une scène de théâtre aux armées, tribune sobre , à la manière d’une estrade de foire, où le narrateur nous explique que la guerre de 14 -18 s’est achevée  en .. 1914 sur la victoire de la Marne, remportée par les Allemands !

Cela ne peut aller sans modifications sur le déroulement des années futures, à commencer par la remise en cause, justifiée, des militaires français de l’époque, c’est à dire les généraux, qui ne seront jamais maréchaux, les politiques qui verront leur carrière dévier de la trajectoire prévue, le pays être profondément redessiné, et les morts  ne jamais rejoindre leur tombeau.

Toute la vie en eût été changée, cette vie qu’il nous est donnée de voir au travers de la présence sur scène ( et au violon ) de Muriel Raynaud qui représente la femme, c’est à dire toutes les femmes, les mères inquiètes, les sœurs déboussolées, les fiancées aux aguets, les ouvrières prenant la main sur le fonctionnement économique du pays, les cousettes et les fermières, toute une allégorie de la permanence humaine, de la vie qui continue, quand les hommes meurent aux tranchées.

 

 

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( photos : Didier PALLAGES )

 



Le procédé de la ré-écriture du futur par la modification du passé n’est pas nouveau, et le cinéma s’est largement engouffré dans ce type d’approche, notamment pour donner une vision de l’avenir. C’est un peu le « Et si… » des enfants qui commencent de comprendre ce qui leur est donné de vivre.

Ici, Jean Paul Farré n’a pas cette prétention un peu vaine de nous annoncer le futur, mais simplement de forcer à la réflexion sur ce qu’aurait pu être notre présent, et c’est bien davantage perturbant car c’est moins la fantaisie de notre imagination qui est sollicitée que l’analyse de ce que nous vivons, l’axe européen France-Allemagne, la géopolitique, et nos vies simples, nos vies quotidiennes, et plus affiné encore, le sort de la famille Farré. C’est une sorte de longue vue qui commence par un spectre large et qui finit sur des fantômes.

Parce que souvenons- nous des chiffres, tous pays confondus, puissances alliées, empires centraux et pays neutres, cela représente 18 591 701 morts en quatre ans, ou un peu plus si nous considérons les morts des séquelles ! Pour la seule France, 14-18, c’est 1 397 800 militaires tués et 300 000 civils morts également !

Alors oui, le spectacle de Jean Paul Farré, mis en scène sobrement, sans éclat, avec retenue et pudeur par Ivan Morane, trouve sa pleine justification, en ces mois de 2017 où nous amorçons les dernières phases de l’anniversaire de ces funestes années.

 


Ce n’est ni une commémoration, ni une célébration, juste un moment d’histoire auquel on soustrait ce qu’il a eu de pire pour tenter une autre expérience. Cela ne manque ni de charme ni d’intérêt.




© Frédéric Arnoux

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10:35 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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