Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/01/2017

Le Bal d'Irène Némirovsky


aff.Le-Bal.jpg

 

 

THEATRE RIVE GAUCHE

 

6, Rue de la Gaité

 

75014 PARIS

 

 

 

(M° Edgar Quinet)

 

loc. 01 43 35 32 31

 

 

Pl. de 21 à 33€

 

 

http://www.theatre-rive-gauche.com/

 

Tous les jours à 19h

 

sauf dimanche et lundi.

 

 

Mise en scène : Virginie LEMOINE, Marie CHEVALOT

 

 

avec : Lucie BARRET - Brigitte FAURE - Serge NOEL  Françoise MIQUELIS - Pascal VANNSON

 

Le Bal-les Kampf.jpg

 

 

Il y a de multiples questions posées dans le texte rapide écrit par Irène Némirovsky en 1928, « Le Bal », finement adapté au théâtre par Virginie Lemoine qui en assure, avec Marie Chevalot une mise en scène non moins énergique qu’amusante.


C’est l’un des paradoxes de ce Bal que de nous présenter une vision un peu détachée, qui provoque souvent le rire, alors que le texte d’origine, nouvelle d’une cinquantaine de pages, laisse une impression de plus grande noirceur, et de désarroi par instants.


L’histoire est assez simple qui raconte le désir d’une femme nouvellement et même très nouvellement enrichie de donner un grand bal pour, d’une certaine manière, célébrer son entrée dans ce qu’elle imagine être le monde.

 

Sa fille de quatorze ans rêve d’y participer ne fût-ce qu’un moment, ce qui lui est refusé. Elle en ressentira un profond dépit qui l’amènera à humilier ses parents.


Le portait qui est ici donné de cette petite famille profondément ancrée dans des mœurs très « petits bourgeois » et qui aspire à davantage sans en avoir, comme on dit désormais, les codes est à la fois drôle et dérangeant.

 

Parce qu’il n’est jamais plaisant de voir se ridiculiser les uns ou les autres, nous assistons, non sans une certaine gêne, au triste spectacle de la médiocrité des parents, d’’où émerge le portait d’une mère folcochienne, éprise de grandeur et du goût de paraître sans en avoir les moyens.

 

Certes pour reprendre la célèbre formule de Charles de Gaulle, dans un autre domaine « Visez haut, c’est moins encombré ! », encore faut-il savoir jusqu’où peut porter le regard.


On a le sentiment d’une société encore très balzacienne, de ces gens qui aspirent à monter, mais qui ne savent comment s’y prendre et qui confondent Notre Dame de Lorette et Saint Philippe du Roule.

 

On est aussi encore chez Zola et dans la construction d’une fortune, ou chez Flaubert tant les parents évoquent, d’une certaine manière, Bouvard et Pécuchet parlant d’éducation, et en cela, Irène Némirovsky s’inscrit magnifiquement dans la tradition des lettres françaises.

 

Isabelle-Mme Kempf-Georges.jpg


C’est la question du rapport parents-enfants qui est également soulevée, un père assez falot qui n’est, au fond, qu’un pourvoyeur de bien être, une mère tyrannique, folle d’elle-même, épouse par intérêt, brûlant d’être une amoureuse avant que ne s’éteignent les feux de ses derniers éclats, que seuls pourront remplacer ceux des bijoux dont elle se charge sans pouvoir s’en parer.


C’est le sort de cette jeune fille terriblement seule et perdue dans un monde adulte ressenti comme étant un adversaire permanent, et qui exprime un fort désir de vivre, d’aimer, de l’être en retour, la crainte de devenir pareille à sa mère qui est ici mis en scène de belle et efficace façon.


Ce n’est pas la première fois que la scène produit de ces monstres, la mère, qui enveloppe son enfant d’un amour excessif parfois, comme dans « Les Parents terribles », qui meurt en folie pure de l’absence d’enfant comme la Martha de « Qui a peur de Virginia Woolf » ou, telle la Madame Lepic de Jules Renard humilie sans fin son fils François, mais cette Madame Kampf est différente de ses consoeurs en inhumanité : sa prétention la guide et l’étouffe.


Il serait présomptueux de vouloir ici faire l’éloge, qui n’est plus à faire, de l’auteur, mais il faut rappeler que Irène Némirovsky se situe à un double carrefour celui de trois cultures qu’elle tresse magnifiquement : russe, juive et française., et celui de trois époques, les années Folles, la guerre et l’après-guerre, qu’elle ne connaîtra jamais.

 

Et cela fait que son oeuvre est terriblement humaine, sensible, et riche d’interrogation, plus riche encore de leçons pour le présent.  La force de l’écrivain est de percevoir avant les autres le sens dans lequel ira l’histoire. L’ascension brutale de ses parents annonce leur chute.


Le personnage d’Antoinette, la fille au prénom de reine sacrifiée, mais aussi de servante chez Molière est la seule lueur d’espoir dans un monde finissant, qui renaîtra, différent, plus fort de l’expérience acquise.


C’est un très beau et intelligent spectacle qui se donne actuellement  au Théâtre Rive Gauche, dans une distribution impeccable. Vous aurez certainement compris que ne pas y aller serait se priver d’un bien grand plaisir.




Frédéric Arnoux ©

 

Bandeau horizontal Theatrauteurs.jpg

10:46 Publié dans THEATRE | Lien permanent