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19/12/2014

Gouttes dans l'océan de Rainer Werner Fassbinder

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À LA FOLIE THÉÂTRE

 

6, rue de la Folie Méricourt

 

75011 PARIS

 

(M° St-Ambroise)

 

tél. 01 43 55 14 80

 

 

Pl. 22€ - T.R. 17€

 

À 21h.30, jeudi et samedi

 

Relâche 25 décembre, 27 et 1er Janvier

 

Du : 4 Décembre au 24 Janvier 2015

 

 

Traduction : Jean-François Poirier

 

Mise en scène : Sylvain Martin

 

avec : William Astre, Pierre Derenne, Juliette Dutent, Florence Wagner

 

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« Gouttes dans l’Océan » de Rainer Werner Fassbinder est présentée comme une « comédie avec fin pseudo-tragique ». Nous y avons vu une sorte de tragédie grecque dans tout ce qu’il y a de plus classique avec la lente montée vers la catastrophe finale, cette acmé que nombre d’auteurs ratent, et qui est ici parfaitement réussie.

 

Pour qui a vu le seul bon film de François Ozon « Gouttes d’eau sur pierre brûlante » avec le regretté et remarquable Bernard Giraudeau et le trop rare Malik Zidi, cette pièce leur sera vite familière.

 

Néanmoins, il y a quelque chose de plus au théâtre qui tient à la réalité des acteurs en chair et en os devant nous, qui se déchirent et s’entrecroisent. Et c’est bien là la supériorité du théâtre sur le cinéma !

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgDe quoi est-il question : Franz, tout jeune homme perdu et incertain quant à lui-même arrive chez Léopold, beaucoup plus âgé que lui, sans savoir pourquoi, et il y restera sans davantage en savoir la raison mais vivant dans une sorte de brume quant à ce que peut être la vie, qu’il rêve à tout instant, il s’imagine être heureux. Sa jeunesse, sa candeur confinant à l’innocence et sa beauté lui sont autant d’excuses.

 

Manipulateur, Léopold est un personnage très moderne dont les caractéristiques faisaient récemment la une de la presse hebdomadaire ; il est indéniablement à classer dans la catégorie des pervers narcissiques, affligé par ailleurs d’un donjuanisme pansexuel effrayant. L’autre n’existe que pour autant qu’il satisfasse à l’ensemble de ses désirs.

 

C’est ce qui fait de ce texte vieux déjà de 40 ans une pièce ultra moderne, dont le metteur en scène  Sylvain Martin,  qui abuse un peu de la nudité et du « parler fort », mais ce peut être un choix, ne nous semble pas néanmoins avoir tiré tous les ressorts. La scène est trop vaste qui ne rend pas cette idée d’enfermement, le décor trop clair qui ouvre des perspectives dans un monde clos ;

 

Franz l’ange noir et sombre du début sera peu à peu transformé en ange blanc abattu. 

 

Deux femmes passent dans la vie de ces deux hommes qu’à la vérité rien ne rassemble ni n’unit, n’était une sexualité que l’on devine assez rude, Anna la douce amie de Frantz et Véra l’ancienne liaison de Léopold.  Ni l’une ni l’autre n’ont véritablement de fond et c’est bien ce qui nous fait croire à la misogynie de Fassbinder, à la fois attiré par ces femmes, mais peu inquiet d’en connaître les ressorts. Leur caractère est naturellement moins travaillé que celui de ses deux héros. Cela n’est pas sans rappeler « Le droit du plus fort » où le personnage le plus âgé n’est pas attiré par la jeunesse ou la sexualité mais par l’argent.
Ainsi Fassbinder fermait-il le cercle de la recherche des pulsions de ses héros fragiles.

  

Dans une traduction de Jean François Poirier, c’est un texte important, tant son intelligente clairvoyance vient nous saisir de fouet, qu’il faut aller entendre. Vous aurez ainsi l’occasion voire l’ardente obligation d’applaudir William Astre dans le rôle de Léopold, Juliette Dutent est Anna, Florence Wagner Vera et Pierre Derenne (qui vient d‘obtenir le P’tit Molière 2014 du meilleur comédien dans un premier rôle) est Frantz.

A la suite du Kaspar Haüser de Paul Verlaine il aurait pu dire :

 

(…) « Qu’est- ce que je fais en ce monde

Ô vous tous, ma peine est profonde » (…)

 

Sur une nostalgique et intelligente bande son des années 70, c’est un spectacle assez fort et très poignant qui se donne en ce moment tous les jeudi et samedi à 21h30 à la Folie-théâtre.

 

© Frédéric Arnoux

www.theatrauteurs.com

 

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10:41 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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