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26/11/2014

Faire danser les alligators sur la flûte de Pan (reprise pour cause de succès)

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THÉÂTRE de l'ŒUVRE

 

55, Rue de Clichy

 

75009 PARIS

 

(M° Place de Clichy)

 

Tél. 01 44 53 88 88

 

 

Pl. de 17 à 32€

 

- 26 ans : 10€ (Mardi, Jeudi, Vendredi)

 

À 21h. du mardi au samedi

 

À 15h. le dimanche

 

 

D'après la correspondance de Louis-Ferdinand Céline

 

Adaptation : Emile Brami

 

Mise en scène : Ivan Morane

 

avec Denis Lavant

 

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C’est un bon titre que « Faire danser les alligators sur la flûte de Pan », et c’est aussi  presque deux heures de Céline dans le texte porté par un Denis Lavant exalté, aérien et les pieds dans la glaise à la fois, survolté et abattu alternativement, comme l’était le Docteur Destouches dans son malaise de vivre son sentiment permanent de persécution.

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgDans un discours à l’Académie, Buffon a employé sa plus célèbre formule « Le style, c’est l’homme.». Pour Céline, on peut en dire autant, comme on peut également inverser la proposition. On restera toujours dans la vérité. On a dit qu’il avait créé cette façon d’écrire mais il la doit à la rue, à la vie, à ce qu’il a connu. Son véritable talent est d’avoir su l’adapter. Il est un adaptateur, mais il est inimitable, contrairement à ce que de malheureux « porte coton »  imaginent, qui se poussent du col en empilant les adjectifs pour faire célinien, mais qui ignorent ce qu’il y a derrière.

 

Et derrière les mots de Céline, orduriers, inventés, superposés les uns aux autres, il y a la peur du vide, la quête de soi, l’assumation de sa pensée, l’aigreur, la jalousie et l’envie, la crainte de n’être pas reconnu et de ne laisser derrière lui qu’une trace trop faible , le dégoût de son époque.

Il y a sa détestation du système, qu’il a plus ou moins partagé dans sa recherche ratée de la fortune, et son désir forcené de trouver de l’argent, il y a son mépris pour ses confrères en littérature, auxquels il ne reconnaît aucune qualité (« Gidouille la crotte, Mauriac qui pète de fric. Hemingway et son vieux naturalisme chromo… » in Interview avec Jean Callendreau en 1957). La grâce, au sens chrétien, est un mot qui ne devait pas faire partie de son vaste vocabulaire.

 

Adapté notamment de la correspondance pléthorique (et on peut s’interroger sur la puissance de travail de cet auteur, toute balzacienne, qui écrivait des milliers de pages pour les publier et d’autres pour échanger !) de Céline, avec talent et finesse par Emile Brami, ce spectacle est un moment d’hallucination totale.

 

Tout ici dérange, et il faut s’en réjouir, qui nous sort du conformisme dans lequel la scène par trop souvent ronronne.

 

La mise en scène et la scénographie d’Ivan Morane sont une sorte de ballet tragique sans musique mais avec paroles, qui donnent à Denis Lavant une occasion supplémentaire de nous montrer à quel point cet artiste sait tout faire, donner de l’élégance au simple fait de s’asseoir, faire naviguer ses mains sur le clavier du piano avant de les y faire retomber dans la cacophonie, et cela n’est pas sans évoquer la traversée de l’Atlantique par Bardamu qui raconte sa navigation houleuse, ou se coucher pour la dernière fois dans les lourdeurs d’un homme assommé par sa vie.

 

Il faut aller voir et entendre ces textes qui n’en font qu’un, dense, puissant, hargneux au théâtre de l’Œuvre. C’est explosif, parfois insupportable mais toujours admirable.

C’est un homme dans toutes ses faiblesses poussant le dernier rugissement avant de s’allonger pour toujours.

 

Citant Céline, pour finir, dans une autre interview de 1957, avec Olga Obry «  Il vaut mieux se présenter au public sous un jour ignoble. Il faut que le caractère soit plus vrai que lui-même ».

 

C’est exactement ce que Denis Lavant parvient à faire, sans chercher comme d’autres, à avoir l’air d’être plus intelligent que son auteur. Qu’il en soit ici remercié.

 

Et si on veut voir le véritable Céline, il faut se procurer le double DVD édité il y a peu par les Éditions Montparnasse : « Céline vivant ».

 

On peut alors commencer de comprendre.

 

© Frédéric Arnoux

www.theatrauteurs.com

 

 

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( photos : iFou pour le Pôle Média )

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10:54 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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