Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/09/2014

Chère Elena de Ludmilla Razoumovskaïa

Chere-Elena-h.jpg

THÉÂTRE DE POCHE

75 boulevard du Montparnasse

75006 PARIS

 

(M° Montparnasse-Bienvenue)

 

Réserv. 01 45 44 50 21

 

 

du mardi au samedi à 21h.

dimanche à 15h.

 

 

Traduction : Joëlle et Marc BLONDEL

 

Mise en scène : Didier LONG

 

 

avec : Myriam BOYER,

 

 

Gauthier BATTOUE, Julien CRAMPON, François DEBLOCK, Jeanne RUFF

 

Chere-Elena-les-3.jpg

 

 

Bandeau vertical Théâtrauteurs2.jpgC’est une histoire terrible qui commence par un abus de confiance et qui finit dans l’horreur absolue et la défaite de tous.

C’est une histoire de petits malins qui se sentent pousser des ailes, que leur médiocrité les aide à envisager couvrant toute l’Union soviétique, et que le pragmatisme de leur professeur ramènera aux justes proportions de moignons de poussins.

Il n’est pas aisé de parler de « Chère Elena » de Ludmilla Razoumovskaïa parce qu’il convient de ne pas révéler l’histoire, ni le caractère des unes et des autres.

Disons que quatre étudiants en fin de cursus scolaire, avant le supérieur, sonnent à la porte d’Elena Sergueievna prétextant lui souhaiter son anniversaire. Elle est à la fois surprise et heureuse mais sa joie sera de courte durée lorsqu’elle  comprendra ce qu’ils veulent vraiment.

C’est une longue nuit de palabres et de manipulation qui commence.

Ces quatre personnages étudiants sont des sortes d’allégories des figures qu’ils présentent, le traîne-savate, déjà raté, mais attachant et séduisant, funestement et précocement alcoolique, Vitia, l’indécis Pacha, amoureux conditionnel de la blonde Lialia, inconsistante et futile, animée de soubresauts de lucidité, complice moralisante se donnant les gants d’une certaine forme de pureté, quand son Pacha n’est que faiblesse et velléité. Pour les secouer, les pousser à révéler ce qu’ils sont, tout autre chose que les charmants adolescents en fin d’adolescence qui sonnent à la porte d’Elena, il y a Volodia, sec, coupant, plus manipulateur que diplomate, plus roué que madré, totalement immoral quand ses amis ne sont qu’amoraux, ce qui leur donne une part d’innocence dans leur stupidité, un Volodia antipathique jusqu’au vertige pour qui seul l’atteinte du but importe.

Face à eux, Elena, plantée dans ses principes, tentant de préserver et de protéger des valeurs en cours d’écroulement dans une URSS qui commence de se déliter et qui ouvre des possibilités aux arrivistes de tout crin, que ses élèves personnifient chacun à des degrés divers.

Forte de ses valeurs anciennes, dont elle n’a pas vu qu’elles étaient totalement démonétisées, Elena résiste, pied à pied, mot pour mot, défendant ce en quoi elle a toujours cru, et qu’elle voit se lézarder de plus en plus largement. Atterrée, abattue, elle constate la faillite de son action de professeur, qui suit celle du régime en lequel elle croyait, mais elle résiste. Je ne vous dirai pas jusqu’où ira cette résistance, car il vous appartient d’aller entendre cette pièce intelligente et vive, une réflexion sur le temps, les mœurs, les systèmes politiques, les principes et leurs modes, mais attention, pièce dangereuse ! C’est âpre, c’est violent.

Pour ce texte passionnant, Myriam Boyer, si petite et qui tient une telle place sur la scène parisienne, qui est une des comédiennes pour qui on se déplace nécessairement, parce qu’elle est toujours lumineuse et sombre à la fois, au sourire éclatant qui transperce et qui, à chaque envoi, touche.

Autour d‘elle quatre jeunes gens prometteurs (Julien Crampon, Gauthier Battoue, Jeanne Ruff et François Deblock), dont on peut simplement regretter que le metteur en scène, Didier Long, ait choisi de les faire hurler par trop souvent et sans nécessité. Certes ils sont jeunes, fougueux, nerveux, et somme toute assez craintifs de tout à commencer d’eux-mêmes, mais le cri n’est pas le seul moyen que le texte leur ait offert pour le traduire.

Comme pour le tableau de Munch, le cri doit être muet. Il n’en est que plus assourdissant.

Un beau et bon spectacle intelligent, qui doit faire réfléchir, au Théâtre de Poche.

 

© Frédéric Arnoux

www.theatrauteurs.com

 

Chere-Elena-les-4.jpg

2834272143.jpg

10:34 Publié dans THEATRE | Lien permanent

Les commentaires sont fermés.