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11/03/2013

Médée , l'insomnie de l'amour monstre.

Médée-h.jpg


THEATRE de l'EPEE de BOIS

Cartoucherie de Vincennes

Route du Champ de Manoeuvre

75012 PARIS


(M° Château de Vincennes + navette ou bus 112)


Loc. 01 48 08 39 74


www.epeedebois.com


 

Du 19 mars au 7 avril 2013


du mardi au samedi à 19h.

dimanche à 16h.


Spectacle conçu d'après le mythe de Médée sur des textes d'Euripide, Ovide, Heiner Muller, Jorge-Luis Borges, Diana Dobreva.


Mise en scène et interprétation : Diana Dobreva


Musique : Petia Dimanova


avec Diana Dobreva (Médée) - Olivier Raynal (Jason) - Aneli Pino (la nourrice) - Jean-Charles Mouveaux (le précepteur) 



 

La pièce commence par l'intervention d'un personnage à l'aspect cadavérique, tout de blanc vêtu, sorte d'apparition cauchemardesque qui ne tardera pas à laisser la place à des femmes qui passent et repassent de jardin à cour, inlassablement, suivies par une longue traînée d'étoffe blanche, elle aussi. Les bruitages et autre musique de scène feront le reste.

Une voix off que l'on assimilera à du grec ancien mais est en réalité du bulgare parlé à l'envers, s'élève alors, investissant l'espace scénique. Jusque là, le spectacle essentiellement visuel se résumait presque à du bruitage - disons de la musique pour les oreilles initiées - avec en prime ce qui nous était donné à voir. 

Le texte proprement dit joue les prolongations avant de prendre sa place.

Au centre du plateau une sorte de cuvette escamotable, en guise de lit nuptial et une phrase répétée en boucle : " je te ferai l'amour - je te ferai l'amour … " ( ad vitam ? ) tandis qu'un couple encore insatiable se prodigue des caresses. C'est le duo : Jason - Médée, ô combien éphémère ! 

Ensuite seulement, la tragédie se mettra en place utilisant parfois (m'a t-il semblé) un mode d'expression pouvant rappeler le No japonais. 

Le feu de l'enfer brûle désormais en Médée qui se sait délaissée pour les beaux yeux de Créuse, fille de Créon, lequel avait accordé sa royale hospitalité au couple. 

Rugissements de douleur de la lionne blessée, invectives et désir de vengeance.

Nous connaissons cette histoire racontée par de nombreux auteurs, reprise maintes et maintes fois tandis que dans la vie de chaque jour, au fil des siècles, certaines femmes trop amoureuses, trop passionnées, n'hésitent pas à sacrifier le fruit de leurs amours en de semblables circonstances. Cette monstruosité sera toujours hélas, d'actualité. 

Diana Dobreva est bulgare et son accent permet de faire passer ce que d'aucuns pourraient prendre pour des outrances, tant la notion tragique a déserté nos scènes depuis un demi-siècle et peut-être plus ? Pourtant nous puisons dans la mythologie grecque les bases de notre culture, certains peuples y étant d'évidence, plus que d'autres perméables. Ce n'est pas tant ici, la densité du texte que sa mise en espace qui retient notre attention. Pour une fois, le public n'a pas l'impression de voir seulement des comédiens jouant la tragédie car le rôle titre a vraiment le tempérament et les moyens d'expression adéquats. 

Cerise sur le gâteau (si je puis dire) : le casque de Jason, véritable oeuvre d'art, évocation métaphorique que l'on hésite à attribuer au bélier ou au taureau, accessoire aussi rutilant qu'impressionnant ! 

L'implication des interprètes m'a parue totale et si la mise en scène est ici aussi importante que le texte jusqu'à prendre le pas sur lui, nous hésitons à le déplorer tant l'intensité de l'action est réelle.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs

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10:56 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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