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09/10/2012

La dernière bande de Samuel Beckett

Krapp.jpgTHEATRE de l'OEUVRE

55, rue de Clichy

75009 PARIS


(M° Place Clichy / Liège)


Loc. 01 44 53 88 88


www.theatredeloeuvre.fr


Pl. 30€ -26 ans : 10€


A 21h. du mardi au samedi,

Matinée le dimanche à 16h.


 

Mise en scène : Alain Françon


avec : Serge Merlin.



 

Certains écrivent leur journal, d'autres l'enregistrent. Question de choix mais si on y revient des années plus tard, l'effet boomerang est identique. 

Krapp est désormais un vieux monsieur, un peu moins combatif, un peu plus râleur qui entre deux épluchages de bananes éprouve l'impérieux besoin de se retourner sur ce que fut son existence. Adoptant la même démarche, qui se déclarerait satisfait ? ...

Krapp est presque un vieux gâteux, obsessionnel et alcoolique. Il vit dans cette sorte d'antre où la lumière brille par son absence, grommelle, s'agite, dévore ses bananes dont il jettera la peau n'importe où, quitte à (dans cette obscurité) se casser le col du fémur. Pour un peu, retrouvant nos réactions d'enfant on le préviendrait presque : " regarde où tu mets les pieds ! ... "  d'autant qu'il est myope. Serge Merlin était le comédien idéal pour ce rôle avec sa belle tête de patriarche tourmentée refusant la sagesse comme un constat d'échec. Sa haute silhouette est  un peu vacillante mais son personnage fait preuve encore de belles rages, qu'il retourne contre lui-même faute de vis à vis.

- " 39 ans, - dit-il en s'écoutant -solide comme un pont ... difficile de croire que j'aie jamais été con à ce point là ! " 

Cette relecture auditive révèle un tel décalage entre ce qu'il fut et ce qu'il est fatalement devenu ... Pourtant une petite lumière apparaîtra au coin de l'oeil quand il évoquera l'être aimé, maintenant disparu. 

Beckett fut sans nul doute l'auteur le plus admiré et le plus détesté du 20ème siècle et ce, pour les mêmes raisons. Une seule et même personne peut du reste passer par tous les sentiments le concernant. Il fut l'auteur d'avant-garde qui exalta l'adolescence de certains. Les mêmes devenus adultes le méprisèrent prétendant qu'il était passé de mode et ces mêmes là, une fois devenus plus vieux à leur tour, découvrent des échos à leur propre existence. De là à conclure que c'est l'auteur de tout une vie, il n'y a qu'un pas. 

Bizarre quand même, j'écoutais Beckett et croyais voir Cioran. tant il est vrai qu'en matière d'expérience, tout est dans tout et réciproquement.

 

Simone Alexandre

www.theatrauteurs.com

 

LA DERNIERE BANDE-(c)Dunnara MEAS.jpg

(photos : Dunnara Meas)


16:52 Publié dans THEATRE | Lien permanent

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