29.05.2010
PARLOIR de Christian Morel de Sarcus
THEATRE du NORD-OUEST
13, rue du Faubourg Montmartre
75009 PARIS
loc. 01 47 70 32 75
Places : 20 & 13€
pour connaître les jours et heures des représentations consulter
www.TheatreDuNordOuest.com
Cycle de 36 pièces, jusqu'au 20 juin 2010
dans le cadre du cycle : DES PRISONS ET DES HOMMES.
Mise en scène : Eliezer Melul
avec : Muriel Adam, Constantin Balson, Simon Coutret, Christian Macairet.
Salle d'attente d'un hôpital parisien. Un jeune homme a été retrouvé dans le canal de l'Ourcq, les parents sont convoqués car il serait dans le coma.
La mère première arrivée, submergée par l'angoisse tente vainement de faire face à la situation à grand renfort d'alcool dont une flasque de dépannage sort de sa poche à intervalles réguliers.
Bruno, ami de son fils est là pour l'accueillir, avec sollicitude certes mais lui opposant un mutisme qui ne fait qu'aggraver la situation.
Arrivée redoutée du père, (Christian Macairet) incroyable de cynisme et de fausse désinvolture !
Bien entendu, ces deux là vont s'affronter. Les plaies du divorce mal cicatrisées se rouvrir et saigner à nouveau. Reproches, mépris, invectives, la machine à remonter le temps grince effroyablement.
Marc, le père jugé insupportable (ce dont nous ne saurions douter) fut jeté dehors par l'épouse ulcérée laquelle entreprit ensuite un long travail de deuil grâce à la psychanalyse. Le résultat n'est pas évident.
Or ce diable d'homme quand il n'insulte pas joue au chat et à la souris ... Ce poseur mégalomaniaque s'amuse à placer son ex-épouse sur le gril. Pourtant l'instant est grave et cette attitude en complet décalage avec la situation.
Les dialogues sont acérés et les flèches atteignent toutes leur cible. L'auteur traite ici d'un sujet qu'il maîtrise parfaitement et va entretenir le suspens jusqu'au moment où l'action va basculer mais si vous voulez savoir comment, il faudra aller voir la pièce car je me garderai bien de vous en dire plus.
Muriel Adam dans ce rôle de femme blessée est époustouflante de justesse et d'autorité. En dépit de ses apparitions feutrées, Simon Coutret qui joue Bruno (l'infirmier) fait preuve d'une belle présence scénique, qu'un physique agréable conforte. La grande difficulté se situe au niveau du rôle du père, personnage névrotique, instable qui fait tout pour être odieux mais a remplacé une situation qui lui échappe par l'obsession en laquelle cette famille éclatée refuse de croire.
Victor le fils (Constantin Balsan) est la victime expiatoire de ce couple raté. Le comédien n'a qu'une scène par laquelle il lui faut tout prouver car grâce à lui nous comprendrons enfin ce qui est arrivé. Le mérite de ce texte, démonstration à l'appui est de nous rappeler qu'il ne faut jamais se fier aux apparences ...
Reste à signaler (car elle ajoute à point nommé la dose voulue d'intensité à l'action) que la musique de scène est de Philippe Glass, empruntée à " Satayagrapha " opéra inspiré de la vie de Gandhi.
Simone Alexandre
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26.05.2010
Moi, fardeau inhérent de Guy Régis Jr.
LE TARMAC de la VILLETTE
Parc de la Villette
211 av. Jean Jaurès
75019 PARIS
Tél. 01 40 03 93 95
Pl. 16€ - T.R. 12€
du 25 MAI au 5 JUIN 2010
du mardi au vendredi à 20h.
samedi à 16h.
THEATRE - HAITI
Texte et mise en scène : Guy Régis Jr.
avec Nanténé Traoré.
Les yeux du spectateur s'habituent peu à peu à la pénombre ... il finit par deviner puis découvrir cette femme, debout qui attend tendue comme un arc, l'invective aux lèvres, blessée à jamais, clamant sa haine sous la lune et dont la pluie ne saurait calmer les désirs ...
Au delà de ce cas particulier, on pense immédiatement au sort de tout un peuple, à la tragédie qui s'est abattue sur lui non pas une fois, mais tout au long des siècles. Et cette femme est là, pour nous le rappeler, seule dans la nuit.
Le texte écrit par Guy Régis Jr est beau, abrupt, violent mais quelle épreuve !
Car il ne s'agit plus ici d'un tunnel racinien avec la perspective d'un dialogue au bout. Une comédienne n'est pas un jouet-robot que l'on remonte avec une clé mais un être sensible, fragile et qui - à fortiori - dans le noir capte le moindre souffle venu de la salle. Rude perspective. Jadis, on réservait ce morceau de bravoure aux " vieux routiers " puis les aléas de la situation économique ont fait que les monologues sont désormais confiés à des interprètes de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Certes, Nanténé Traoré n'est pas sans expérience elle le prouve du reste en rechargeant son énergie à mesure qu'elle avance dans le texte et nous découvrons alors un tempérament que nous ne soupçonnions pas au début. Le spectacle est étrange, déroutant, envoûtant parfois, d'autant que l'aventure est chaque fois unique car il faudrait une vie pour parvenir à exprimer tout ce que ce texte contient. Lors d'une interview accordée à Bernard Magnier l'auteur disait : ... " je ne crois pas que le subconscient crée et que l'esprit emmagasine tellement de choses qu'il nous faille les extraire. " En voici pourtant la preuve ! A voir avec le maximum d'attention que la démarche mérite.
Simone Alexandre
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25.05.2010
Dis-leur que la vérité est belle de Jacques Hadjaje.
LUCERNAIRE
Centre National d'Art et d'Essai
53, rue Notre Dame des Champs
75006 PARIS
loc. 01 45 44 57 34
du 19 MAI au 3 JUILLET 2010
du mardi au samedi à 21h.30
matinée le dimanche à 15h.
relâches exceptionnelles les 4, 20 & 27 juin.
Ecrit et mis en scène par Jacques HADJAJE
Texte publié aux Editions Alna
avec Isabelle Brochard, Sébastien Desjours, Anne Didon, Anne Dolan, Guillaume Lebon, Delphine Lequenne, Laurent Morteau.
Cette pièce tombe à point nommé alors que les remous créés par un certain film présenté à Cannes, cherchent incroyablement à diviser l'opinion. Ici, pas de polémique possible, mais simplement la vie d'une famille et l'immense tendresse que tous ces gens déracinés déclenchent pour peu que l'on apprenne à les connaître ...
Car que demandaient ils tous, sinon vivre tranquillement en famille, dans un pays qu'ils aimaient avec le soleil, la mer, l'illusion d'un paradis qu'un sort malin leur a fait perdre. Avec un titre optimiste jusqu'à la dénégation de la réalité, Jacques Hadjaje nous présente ses personnages attachants au possible avec la ferme intention de nous démontrer qu'en dépit de certaines preuves, la terre n'est pas peuplée de salopards ... Pourtant, le sort ne les a pas ménagés mais la joie de vivre demeure. Découvrons donc ces Chouraqui, juifs pieds-noirs qui ont dû comme beaucoup quitter l'Algérie en catastrophe afin de rester en vie, tout simplement. Ne vous méprenez pas, cette pièce n'a pas été écrite dans un esprit " mur des lamentations " bien au contraire et si nostalgie il y a parfois, celle ci est teintée de tendresse car pour la tribu " l'amour est obligatoire " alors on ne va pas se pourrir la vie et celle des spectateurs du même coup par l'énoncé de rancoeurs ...
Albert, joué par Guillaume Lebon (le bien nommé) est resté un grand enfant et attendra que sa mère disparaisse pour aborder l'âge adulte face à sa fille qui elle, a les pieds sur terre ! L'homme ne supporte la réalité que grâce à ses dessins de même que son père avait recours à Charly Parker dans le même but. Ce sont de grands rêveurs ... Les femmes en revanche sont plus lucides, plus actives aussi car il n'y a que les hommes pour penser que le mariage ressemble à " une chaise longue face à la mer." Olga avait des rêves de star et s'est retrouvée un beau jour mariée à un boucher. Un brave homme du reste qui ne fera pas même d'histoires quand elle s'offrira une petite escapade ... Nous découvrons tout cela sous forme de flash-back qui ici, fait exceptionnel ne réussissent pas à freiner l'action, c'est vous dire si la mise en scène est habile ! Pour décor, une sorte d'estrade inclinée et des pans de rideaux légers comme la brise au milieu desquels les personnages se faufilent, apparaissant pour animer une tranche de vie écoulée certes mais que l'on devine à jamais éternelle. Pourtant ils ont tous connu un temps l'horreur puis l'humiliation mais la délicatesse leur interdit de trop en parler car l'important ne se situait pas là mais plutôt sur cette obligation d'amour qu'il fallait à tout prix préserver. On se sent meilleur quand on rencontre des êtres comme ceux là. Il faut ajouter que les comédiens sont parfaits dans leur rôle respectif et qu'on les quitte à regret tant on se sentait bien avec eux.
Simone Alexandre
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23.05.2010
Premier avertissement de August Strindberg.
THEATRE de NESLE
8 rue de Nesle
75006 PARIS
(M° Odéon)
loc. 01 46 34 61 04
Pl. 20€ - T.R. 15€
les vendredi & samedi à 19h.30
jusqu'au : 26 juin 2010.
Mise en scène : Charlotte-Rita Pichon
avec Eliza Calmat (Rose) - Erik Chantry Herkenrath (Axel, le mari) - Séverine Bozkart (Olga, la femme) - Martine Delor (la baronne)
Quand on sait que toutes les oeuvres de Strindbergh sont des confidences, que l'écriture sert à se justifier ( à défaut de pratiquer l'auto-dérision ) il n'est pas étonnant que l'on s'amuse à découvrir (entre autres) ce personnage de baronne puisque lui-même épousa (un temps), Siri von Essen, baronne Wrangel alors femme d'un officier de carrière tandis qu'ici, l'origine du conflit est concrétisée par cet envoi de fleurs émanant d'un capitaine qui courtise la maîtresse de céans.
Car le mari, Axel en parfait nietzschéen souffre de la passion aliénante qu'il voue à son épouse, Olga. Comme il est absent à tout ce qui ne constitue pas cette obsession, le personnage attire bien entendu les femmes, à commencer précisément par cette baronne que le veuvage semble avoir rendue folle mais également aux yeux de cette gamine de 15 ans, Rose qui dirige en direction du maître des lieux, ses premiers émois.
Contrairement à Ibsen, Strindbergh malmenait volontiers la gent féminine et le reproche lui en fut assez souvent adressé.
C'est ici à la crise du vieillissement d'un couple que nous sommes confrontés.
Le mari s'absente souvent dans le vain espoir de se libérer et l'épouse tente de jouer de tous ses atouts afin de le récupérer puis de le conserver sans oublier d'utiliser comme arme l'excitation de sa jalousie, bien entendu.
Charlotte-Rita Pichon a choisi délibérément comme moteur à l'action, l'attirance physique ce qui justifie le chassé-croisé reliant les personnages entre eux n'hésitant pas à créer une atmosphère à la Bergman ...
Si l'on se bornait au physique, on oublierait presque la complexité nerveuse de l'auteur face à la solidité quasi terrienne de Erik Chantry Herkenrath.
Séverine Bozkart use et abuse de son charme pour retenir celui qui lui échappe (du moins le croit-elle).
Eliza Calmat est déjà plus dans le registre de Mademoiselle Julie que dans celui nettement plus ingénu de Rose mais en dépit de ce décalage, la comédienne fait preuve de belles qualités d'interprétation.
Quant à Martine Delor, cette dernière campe avec brio ce personnage hyper scabreux de femme dont les désirs inassouvis ont fait vaciller la raison.
Le lieu exigu prive certes, le metteur en scène des possibilités dont nous la savons capable. N'importe, nous pouvons difficilement rester indifférents à ce qui nous est donné de voir et entendre; souhaitons par conséquent longue vie à cette pièce qui reste peu connue du grand public.
Simone Alexandre
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18.05.2010
Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie de Vincennes
Route du Champ-de-Manoeuvre
75012 PARIS
M° Château de Vincennes
+ navette de la Cartoucherie.
loc. 01 43 28 36 36
mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h.30
jeudi à 19h.30 & dimanche à 16 heures.
jusqu'au : 6 juin 2010.
texte paru aux Editions de Minuit
dramaturgie : Benoîte Bureau
mise en scène : Pauline Bureau
avec Yann Burlot, Mikaël Chirinian, Nicolas Chupin, Sonia Floire, Régis Laroche, Marie-Christine Letort, Géraldine Martineau, Lionel Nakache, Marie Nicolle, Aurore Paris, Jean-Claude Sachot, Catherine Vinatier, Alexandre Zeff.
La première image offerte est surprenante, mettant le spectateur en condition de réceptivité maximale.
Deux gardiens philosophent à leur manière tandis que Roberto Zucco s'évade sous leur nez. A partir de ce moment précis, nous comprenons que le serial-killer vient de prendre son envol.
Tel un moderne Oedipe, le jeune homme a déjà tué son père et se rend d'urgence au domicile familial afin d'y récupérer son treillis. (entendez sa tenue de combat) Plus rien ne l'arrêtera pas même son ancienne tendresse pour sa mère ...
L'implacable destin mettra ensuite cette gamine sur son chemin, qu'il violera bien entendu car Roberto Zucco abîme tout ce qu'il touche et ce, sans état d'âme.
Une première famille détruite, nous allons découvrir la seconde, au grand complet.
Une soeur protectrice dont les sentiments frisent l'inceste, un frère qui, bien qu'il adore celle qu'il considère comme une gamine, n'hésitera pas à la vendre et enfin la mère qui cache les bouteilles du père lequel enrage à les chercher ...
Il ne reste plus à la très jeune femme qu'à plonger dans les nuits du Petit Chicago car ici, l'amour n'est pas rédempteur, bien au contraire puisqu'il favorise la descente aux enfers. Durant ce temps, Roberto poursuit sa cavale avec prise d'otages et nouvel assassinat. Celle qui l'aime le trahira bien entendu car c'était écrit, les dieux modernes n'étant pas plus cléments que les anciens.
La mise en scène de Pauline Bureau illustre parfaitement la dimension cinématographique de l'oeuvre. Grâce à elle et au texte bien entendu, nous passons d'une scène à l'autre, d'un lieu à l'autre avec un rythme soutenu.
Certes, la direction d'acteurs n'a peut-être pas encore acquis toute l'exigence souhaitable et si les cris sont parfois trop nombreux, en revanche, nous n'oublierons pas certaines images ici créées.
Jean Claude Sachot est parfait comme d'habitude et Marie-Christine Letort nous offre une composition de personnage très amusante.
Sans oublier, bien sûr, Alexandre Zeff qui prête ses traits et sa présence active au personnage-titre.
Simone Alexandre
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(photos : Antonia Bozzi)
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11.05.2010
OXU, d'après Le Baleinié, dictionnaire des tracas.
La Pépinière théâtre
7, rue Louis le Grand
75002 PARIS
(M° Opéra)
loc. 01 42 61 44 16
Pl. de 25 à 35 €
le mercredi : 25€
- de 26 ans : 11€
du mardi au samedi à 20h.30
matinée le samedi à 17h.30
Un spectacle de et avec Jean Claude Leguay, Christine Murillo et Grégoire Oestermann
d'après leurs livres Le Baleinié, dictionnaire des tracas, tomes 1, 2, 3 publiés au Seuil
et l'intégrale publiée chez Points.
Scénographie : Jean-Pierre Larroche.
Aucun doute, quand Christine Murillo pose des questions, juchée sur une chaise-à-trois-pattes qui la maintient en l'air par l'opération du St-Esprit, elle (je ne sais pas) mais les spectateurs (c'est certain) sont au 7ème ciel !
OXU ( prononcer : o-gzu ) est un mot qui signifie : " objet qu'on vient de retrouver et qu'on reperd aussitôt " - un peu comme les illusions en quelques sortes ?
Qu'est-ce que vous croyez, il n'y a pas que les académiciens qui cherchent des définitions, ces trois là, aussi. Il font mieux du reste puisqu'ils inventent des mots alors que nos vieilles barbes ne font que les valider.
Car la recherche commune de Jean-Claude Leguay, Grégoire Oestermann et la géniale comédienne sus-nommée est de trouver ce qui n'a jamais été dit.
Par exemple, vous aviez remarqué que les lettres de l'alphabet sont invariables au pluriel ? Il suffisait d'y penser pourtant mais jamais aucun professeur ne vous en a fait la remarque, bien entendu.
Autre sujet de réflexion,
- que pensent les poissons quand il pleut ? ...
Et les interrogations de ce genre tombent comme à Gravelotte.
Le public se remet à peine d'un fou rire qu'un autre lui tombe dessus ( aussi sec ! )Courbatures des zygomatiques assurées. La scénographie s'avère aussi décalée que la recherche de nos trois compères et comme apparemment les mots ne sauraient leur suffire, ils ont ajouté une partie musicale, à la fin très réussie, histoire que l'on parte avec le regret que ce soit déjà fini. Ce spectacle est idéal pour chasser la morosité. Courez-y vite !
Simone Alexandre
www.theatrauteurs.com
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